Emotion·photo n&b·poésie

Bouche ouverte

bouche ouverte©Perle Vallens

Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Les pages du livre

livre©Perle Vallens

L’ascension ou la scène
on ne sait jamais bien le rôle qu’on nous a assigné
la patience comme os à ronger
la sensibilité feinte la moelle à sucer
Plonger ses mains dans le seau sans savoir
ce que l’on va repêcher
quelque chose à mordre ou qui nous mordra
Cracher au visage du livre qui danse au creux du ventre
toutes ces pages déjà écrites et effacées
toutes celles qu’on peut encore lire
toutes celles qui sont reliées entre elles
liasse comptable à parcourir
liesse parfois ou lassitude
toutes celles qui laissent supposer
l’abstention et le silence
Je serai encore là au prochain chapitre
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Danse de la pluie

terre sèche©Perle Vallens

Je ne suis pas tombée. Pas plus bas que terre. Pas de la dernière pluie. Elle n’est pas tombée non plus. Juillet est un cul sec que rien n’abreuve.

Tout se caractérise toujours par la sécheresse ou l’humidité. La sécheresse des mots ou de la voix, l’humidité des yeux et du cœur. Trop sec, trop mouillé pour faire un être humain qui dort debout, bien droit.

Je ne suis pas encore tombée. Je suis un être humain qui ne dort pas, qui attend, debout, bien droit. J’attends que la pluie tombe.
©Perle Vallens

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Ceux qui m’aiment (prendront le train)

ceux qui m'aiment (prendront le train)©Perle Vallens

Ceux qui m’aiment ne sont pas légion mais ils vont à pied ou en voiture. Ils prennent rarement le train. Ils n’arrivent pas fatigués. Leur langue ne pend pas. Leur sexe ne pend pas. Ce qui pend parfois est l’âme, mal rangée, elle se débraille toute seule. Elle pend comme une langue, plus rouge ou plus noire, cela dépend de la lumière et de l’oeil qui regarde. Elle pend de façon obscène et reposante à la fois qui hésite entre l’exhibition et la maladresse. Elle ne sait pas trop où aller alors elle bée pendue bêtement.
L’âme placide et flasque des amants pend souvent au mauvais moment.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Des nuages

des nuages©Perle Vallens

Le sac que je porte sur mon dos fait de moi une voyageuse. Il est lourd de tout ce qui a été vécu et s’alourdit toujours un peu plus. Chaque heure pèse davantage que chaque première année de vie. Chaque pas me coûte plus que le précédent. Il ne s’agit pas tant de fuir la mort que de l’affronter au milieu des nuages qu’il reste à parcourir. Chaque poème est un nouveau nuage à traverser pour atteindre l’inatteignable.
©Perle Vallens

Emotion·Non classé·poéie concrète / graphique

A double entrée

base 2

Tout calculer en base 2
c’est calculer sans à peu près
compter ses abattis
à chaque mesure prise
L’abus de binarité est-il mauvais
pour la vie à deux ?

Convertir la nature des êtres
selon un principe codé
une représentation essentielle
soi et les autres

Tu penses qu’il suffit d’écrire
de rationaliser les relations
La raison vraie dicterait
une déclinaison simple
de valeurs inversées
négatives sur le dos
de ses congénères

Mais il n’existe nulle
mémorisation du système
aucune conservation longue durée
aucun tableau  ni algorithme
pour ranger les âmes perdues
©Perle Vallens