Erotisme

Attente

attente

Sans mot dire, elle s’assied par terre, tire le bas sur sa peau diaphane, lisse une mèche de cheveux, s’agenouille enfin, jambes écartées, mains jointes sous les fesses, épaules en arrière, seins dardant sous la brise fraîche de la clim.
L’attente, excitante… Et ce regard dans son dos qu’elle sent, pesant, assombri mais où brille une lueur lubrique. Le silence accroît cette sensation dense et humide, presque tropicale, avec quelques degrés supplémentaires lui arrachant une perle sur la tempe, rougissant ses joues, gonflant sa poitrine autant que dilatant sa pupille. Elle inspire un grand coup, règle sa respiration qu’avait augmenté les battements de son cœur, ralentit cette galopade qui lui vrille les sens et progresse dans son ventre où gonfle cette boule pressante, vivante, exigeante. Elle devine cet afflux qui irradie son sexe, elle sent le miel couler dans la fente douce et renflée, ouverte. Elle prend conscience de cette eau douce qui coule sur ses cuisses, en jouit d’avance. Elle respire sa propre odeur de cyprine, en est troublée, redouble d’excitation, toujours suspendue, en alerte. Elle ferme alors les yeux pour savourer cette onde qui l’envahit entièrement, frissonnante et abandonnée. Désir né de l’attente…
©Perle Vallens

Erotisme·hommage à

Madame rêve (à la façon d’Alain Bashung)

ropes Jenna - Avalon

Madame rêve de jute
de cordes si longues
qu’elles courent sur son corps
que les brins affûtent

Madame rêve de liens
serpentins et rampants
d’une tension qui la maintient

Rêve de sifflement
de chanvre sillonnant
sa peau délicieusement

Madame rêve de caresses
et de lacets qui pressent
dansent et enlacent ses fesses

Madame rêve de plaisirs
élastiques, de sensualité lubrique
de murmures et de soupirs

Rêve de langueur
d’emprise et de vigueur
d’indomptables longueurs
©Perle Vallens

Ropes & pic Michele Paolo/Avalon, model Jenna

B-Sensory·Erotisme·fantastique·steampunk

Les mystères de Boulogne – Volet 1

Une série fantaisie steampunk érotique vient de paraître chez B-Sensory, épisodes mensuels où règnent mystère, fantastique et uchronie, avec des passages hot à se mettre sous la dent. Voici un extrait du premier volet.

mystères de Boulogne

Paris, 1888. La ville est en pleine mutation grâce aux travaux du Baron Haussman et de Monsieur Picard. Monsieur Eiffel est fort moqué et dénigré pour sa folie des grandeurs et sa tour métallique qui s’élève peu à peu au-dessus du sol. La semaine passée, une explosion s’est produite du côté de Boulogne, exhalant des gaz nauséabonds et toxiques. La catastrophe fait les gorges chaudes des politiciens et de la presse, fustigeant les laboratoires chimiques privés, cause d’accidents dangereux. Mais était-ce bien un accident ?

La brume envahissait le pont de la Concorde et un léger crachin flûtait sur ce matin de novembre humide et froid. Un spectateur intrigué par l’horaire incongru aurait pu admirer de loin la silhouette déliée et alerte d’une jeune femme qui pressait d’une main gantée un manchon de fourrure noire, abritée sous un grand parapluie qu’elle avait du mal à tenir. Cependant il n’aurait pas vu l’ovale de son visage, baissé pour se protéger des éclaboussures des rares voitures à cheval sur le pavé encore trempé. C’était l’aube grise d’une journée qu’aucun soleil ne viendrait éclairer. Elle pressa le pas en direction de la place de la Concorde où un homme à barbiche grise et haut de forme l’attendait. Lorsqu’elle l’eut rejoint, il lui tendit le bras. Tous deux filèrent sans attendre et à vive allure sous les arcades du quai des Tuileries. Désormais protégés des fines lames glacées qu’expulsait le ciel, il prit la parole.

La suite est à lire ici, sur B-Sensory.

Erotisme

Nuit d’orage

orageLes éclairs zèbrent le ciel sous une pluie battante qui semble ne jamais vouloir s’arrêter.
Je m’enfonce nue dans ce jardin que je ne reconnais pas, lacérée par les lames fraîches qui s’abîment sur mon corps. Je plonge dans la nuit torrentielle mue par un désir violent de toi. Mes pieds écrasent l’herbe qui fait comme un doux tapis. J’aimerais m’y rouler, m’y lover, renaître à la glaise chaude. Je m’allonge. Les yeux grands ouverts peinent à voir, devinent tout juste les ombres végétales, les immeubles voisins qui se découpent en silhouettes mouvantes, en lueurs vacillantes.
Je ne les vois pas en réalité, c’est toi que je vois. Penché sur moi quand ta main s’abat et agrippe, pince et fouille. Réminiscence. Soupir. Lumière floconneuse qui explose en moi. Allongée, jambes écartées, ma main posée sur mon entrejambe, glissant dedans dehors. Une double moiteur d’été. Mouillée dehors dedans.
Vois-moi, maintenant, portée par la puissance de mon désir. Les gémissements montent dans la nuit. A peine souillée de la terre comme d’un ciment, l’autre main caresse l’herbe et les feuilles de l’arbuste sous lequel j’ai élu domicile protecteur. La pluie coule sur mon visage, fuit sur mon corps, m’envahit toute. Comme le plaisir qui me tord et me tend, vers toi toute entière dirigée.

©Perle Vallens

Erotisme

Olisbos

olisbos.jpg

Blond et lisse, de bois façonné, jusqu’au détail du gland qui fait comme un renflement en son extrémité… son gabarit effraie autant qu’il attire l’oeil luisant, la bouche salivante. Sera-t-il plutôt une punition ou une récompense? Apportera-t-il plutôt du plaisir ou de la douleur ? L’eau à la bouche, le regard plein de convoitise, je l’ai entrevu une fois et depuis, il revient cerner mes pensées de temps en temps. Comme une obsession en demi teintes, un rêve éveillé, un fantasme long et dur, glissant dans un orifice comme un puits sans fonds. Le toucher des doigts, appliquer ma langue sur ce membre sculpté, prier cette divinité à genou, cuisses ouvertes, sexe béant, anus palpitant devant cet objet tendu qui appuiera un jour sur cette entrée ourlée, lisse, veloutée pour l’accueillir avec un suave soupir au fond de mon ventre. Distendue, écartelée devant ce sexe d’apparat, ce sexe de substitution, ce sexe indicible…

Erotisme

Pelure d’oignon

oignon

Eplucher, découvrir couche après couche, le coeur de l’oignon. Poser son nez dessus en aspirer sa fragrance jusqu’à l’écoeurement. Mordre à pleines dents dedans, croquant, juteux. Manger et boire à la fois. Saliver. S’approcher encore, plus près, toujours plus près de l’oignon ouvert. Gober le germe, qui émerge, à coeur. L’eau coule de l’oeil, salée et douce. L’oignon bat sa coulpe.
Quand ma peau prend la couleur de la pelure d’oignon, c’est que la trace s’est déjà effacée.
©Perle Vallens

Erotisme

Une bouche inconnue

sally mann

J’ai en face de moi cette bouche inconnue en ligne de mire, entreouverte, charnue, offerte, qui appelle le baiser. Je ne vois rien d’autre que cette pulpe rose un peu sombre, ourlée et cernée de poils courts que j’imagine raclant ma joue. Rien d’autre que cette entrée où l’on perçoit les dents, où l’on devine la langue douce. Rien d’autre que cette ouverture vers laquelle je tends un doigt imaginaire. Il glisserait sur ses lèvres pleines, il forcerait ce seuil lentement, sentant l’humidité sourdre, coulant le long de ma main, que je lècherais avec délice, avant de venir m’y aboucher. Je viendrais déguster, mordiller, mâcher ce fruit suave, en parcourir le contour, avant de glisser dans cette source et d’y boire l’eau qui affole, dans une rencontre de langues, picorant et savourant avec gourmandise. Cette découverte de l’autre que je devine mais ne vois pas, si intime, si sensible, et pénétrer ainsi son âme, violenter un peu, pour le plaisir de prendre possession et d’être prise en retour, captée, retournée, les sens en alerte, la chair en fusion. Mon esprit divague et bande, droit devant cette bouche charnelle. Décollage imminent.
©Perle Vallens

Illustration Sally Mann

Erotisme·poésie

Je ne cesse

jean pierre ceytaire

Quand l’aube a montré ses griffes
Et qu’au premier versant boisé
Qui ne reflète que frissons
S’ouvre l’abîme des hauteurs

Quand ta robe s’ouvre à pic
Donnant le jour à ton corps tendre
Offrant tes seins lustrés soumis
Tes seins qui n’ont jamais lutté
Renoncules tigrées de plomb
Eclipses fatales aux forts
Degrés d’hermine sacrifiée
Ou quand ton visage se trouble

Ce que j’aime dans ton visage c’est l’arrivée
D’une lampe ardente en plein jour.

Paul Eluard

Illustration Jean Pierre Ceytaire