Erotisme·poésie

Canicule

Elisa Lazo de Valdez

Chappe empesée sur mes épaules nues
La sueur coule en fine pellicule
Comme une larme à peine retenue
Une langueur de peau que l’air macule

Etuve majeure, atmosphère charnue
Dans l’attente moite, la canicule
Me cloue impatiente en terre inconnue
Du gel attendu d’un tentacule…

Désir de l’amant à moi revenu
Je nage à contre sens quand tout bascule
L’animal perd pied, déjà s’insinue
Me berce d’une fraîcheur qui m’encule

Le marionnettiste aux gestes ingénus
S’enlise et glisse dans mon cul majuscule
Tout un bestiaire marin méconnu.
Et il joue, il s’agite, il gesticule.

Déjà la houle gronde, enfle. Continue !
Sous les chairs saturées, il inocule
Le poison si brûlant qui m’exténue
Et poupée liquide, me désarticule

©Perle Vallens

 

Photo Elisa Lazo de Valdez

écriture·Erotisme

Langage amoureux

Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même) ; d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire duquel je soumets la relation.

Roland Barthes (Fragments du discours amoureux)

Actualité·B-Sensory·Erotisme·Nouvelle

Seconde chance

Mina est divorcée. Sa libido est au point mort, son amie Flore se met en tête de lui changer les idées en l’emmenant dans un club de Jazz à la mode.
« Leitmotiv de son amie Flore, transformée en entremetteuse depuis le divorce. GO de ses soirées, planificatrice de son agenda, secrétaire très particulière, elle gère ses contacts sur le site Elle&Lui. Elle y défriche le terrain, sélectionne les profils « intéressants », un vrai travail d’exploratrice ! Car la voilà sur le marché des célibataires sans plus trop savoir comment s’y prendre. Cela fait bien trop longtemps qu’elle n’a plus dragué. D’ailleurs, l’a-t-elle jamais fait ? Le plus souvent, c’était les hommes qui avançaient vers elle de façon plus ou moins agréable ou agressive, des approches grossières ou subtiles, des charmeurs/tombeurs ou des intellectuels futés. Comme c’était loin ! Elle avait tout oublié des ficelles masculines. Elle avait connu pas mal d’amants avant Jef. Mais depuis, plus personne n’était entré dans sa vie, a fortiori dans son lit. Pourtant, elle reste plus que « baisable » : la quarantaine bien conservée, nonobstant les traces évidentes de ses maternités sur son ventre, seins lourds de son âge, cuisses joliment galbées, des cheveux bouclés blonds cendrés, quelques rides au coin des yeux gris rieurs, Mina assume ces empreintes que les ans, l’amour, la vie ont laissées peu à peu, en sillons sur la peau et en fils d’argent dans sa chevelure. Un supplément d’âme et de charme, prétend Flore. Elle sait qu’il y a de la séduction en elle, c’est juste qu’elle doit ouvrir les portes en grand, créer un appel d’air dans son cœur refermé. »
©Perle Vallens


Nouvelle chez l’éditeur B.Sensory « Seconde chance »
Disponible ici https://www.b-sensory.com/librairie/auteurs/perle-vallens/seconde-chance.html

Actualité·Erotisme·Nouvelle

5 hommes

« Cinq hommes dans sa vie, c’est à la fois trop et trop peu. Du moins c’est ce que l’on croit, avant d’avoir essayé. On pense que l’on n’aura jamais assez de temps à leur consacrer, si ce n’est quelques heures volées ceci, delà. Les hommes ne s’usent que si l’on s’en sert ? Justement, si l’on distille ces instants passés, si l’on crée la rareté de ces relations préservées, si l’on ne galvaude pas le plaisir, si l’on redécouvre l’homme dans sa plénitude mâle, chaque fois, comme si c’était un premier rendez-vous, alors tout devient possible.
Je ne suis ni une bécasse, ni un top model. Je ne mets juste pas tous mes œufs dans le même panier. Et j’ai envie d’être aimée, adulée, cajôlée, bichonnée. De fait, je me laisse cinq fois plus de chance de l’être.
Je me demande parfois ce que cela donnerait si je les réunissais tous les cinq. Je me dis qu’ayant trois orifices et deux mains, cinq est un chiffre parfait si je souhaitais les honorer tous à la fois. Mais ce n’est qu’un fantasme…
Et l’amour, dans tout ça ? Il est là, caché, dans chacune de ces cinq relations, un fil invisible qui me mène de l’un à l’autre. Il y a tant de façons d’aimer… C’est aussi une façon de me protéger. L’amour, le vrai, le grand, l’exclusif, j’ai déjà donné. J’en suis morte. Puis ressuscitée. Au cinquième jour, au cinquième amant, quand j’ai enfin compris que cette vie-là valait bien la première. »
©Perle Vallens
A lire ici :
http://www.concours5ans.12-21editions.fr/concours/concours-5-ans-12-21/participations/489-5-hommes/lire
Erotisme·poésie

Hyménée (bis)

Le cou offert, elle était alanguie sous l’arbre
Miroitement de l’âme en son regard d’étain
Insensible aux caresses et baisers clandestins
A mes virils assauts la belle restait de marbre

De la poussière d’or clairsemait sa rousseur
La paleur de sa peau comme écrin au soleil
Vision enchanteresse, merveille des merveilles
Un sein rond dénudé sur son cœur ravisseur

Impatiente, ma main soudain vers lui tendue
Saisit le fruit oblong, le goûte et le mordille
La belle se pâmant, gémit et se tortille
Mon mirliton se dresse à sa croupe fendue

Je la prends alors, émerveillé par ses charmes
L’offrande est si douce, et la donneuse divine
Et l’hyménée joyeuse, et les noces sanguines
Et l’amante exaltée daigne rendre les armes !
©Perle Vallens


Versification classique mais Oulipo version Short Edition ^^ http://short-edition.com/oeuvre/poetik/hymenee-bis

Illustration Rodin by Pierre Valet