Erotisme·photo n&b·prose

Rêve, plein phare

Un homme est entré dans ton rêve.
Il n’a pas prévenu avant. Il n’a pas frappé à la porte. Elle était déjà ouverte mais personne ne sait dire si c’était pour lui.

Le rêve n’est pas écrit d’avance. Il n’est pas sensé dire quelque chose. Il est libre, non formaté, ne se nivelle pas par le bas, gagnera certaines hauteurs. Il faut apprendre à léviter pour les atteindre. Il faut apprendre le langage des cimes.
Il faut savoir s’enfoncer dans l’ombre du bout de la langue. Il faut s’entendre parler pour ne pas tomber. Les mots sont tes ailes, vastes, se développent en nappes phréatiques pour t’y baigner, t’y abreuver.

Le rêve caresse un espoir dans le sens du poil, dans le sens de la vulve ouverte comme une porte. Le rêve s’avère meilleur amant que l’homme.
L’homme ne caresse rien, il se contente de regarder. Il se montre cruel dans son immobilité, dans son mutisme. A un moment ses yeux se décrochent et roulent jusqu’au sexe. On dirait deux soleils inassouvis qui luisent dans l’ombre de la toison. Ils s’y perdront.
Tu sais, l’émoi se fait dévoration, creuse les chairs comme des puits. Ils finiront dans ton cul. Les yeux plus gros que le ventre, c’est bien connu. Le rêve le sait depuis le début.
©Perle Vallens

NB le texte a été écrit avec les contraintes de mots suivants : soleil, léviter, caresser, formater, cruel, inassouvi.

Actualité·Erotisme·lecture·Nouvelle·Prix de la Nouvelle Erotique (PNE)

Ce soir, lecture de Toucher à la hache

Ce soir, 1er avril à partir de 18h30, aura lieu à Nîmes le vernissage d’une exposition de peintures et scultpures, accompagné de lectures de nouvelles du Prix de la Nouvelle Erotique, dont la nouvelle lauréate, Toucher à la hache. L’événement est organisé par les Avocats du diable.
Je ne pourrai y être pour lire moi-même ma nouvelle mais je vous souhaite une bonne soirée !

Erotisme·photo n&b·poésie

Un ours

Il y a un trou dans mon ventre
dans le trou il y a un ours
ou un homme
un animal à fourrure
à sang chaud bouche à cran
à crocs et à griffes
à percussion instantanée
un bel outillage pour gestes
froissés à genoux

C’est le souffle
en premier qui saccade
ou la peau qu’on achète trop tôt
qu’on s’arrache bien après
plume et poil aux enchères
ou à l’œil
ce n’est que partie remise
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo n&b·poésie

Collant nylon

Collant nylon passé par-dessus bord
a filé son mauvais coton en zébrures
en échelles montées puis descendues
ses hauts et ses bas défaits
plissés tout au nord de mon sud
chausse défaussée parsemée de doutes
et de mauvaise foi en ses désirs
je ne vois rien par transparence
je cherche un tressaillement
pour redresser les torts
pour redonner du crédit à ce collant
sans couture son reflet rallumé sa brillance
cette synthétique symphonie des sentiments
©Perle Vallens

Actualité·Au Diable Vauvert·collectif·concours littéraire·Erotisme·Nouvelle·recueil

Toucher à la hache, au diable vauvert

Parution du recueil Toucher à la hache, du nom de la nouvelle lauréate, édité par les éditions au diable vauvert.

Y sont regroupés les 11 récits les plus appréciés par le jury de ce concours d’écriture, le Prix de la Nouvelle Érotique, que j’ai eu la chance cette année de remporter. Je l’avais annoncé ici et j’avais lu un extrait sur soundcloud.

Rappelons que l’écriture se fait sous contraintes, thématique (ici « soigner le mal par le mâle » ), de mot final (« enfer ») et de nuit (de minuit à 8h du matin). Le prix est organisé par les Avocats du diable depuis 2015.

Le recueil est disponible en commande auprès de votre libraire et dans la boutique en ligne de l’éditeur.

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La plume et la peau (fable)

Sur un lit de fer douillettement molletonné, s’étalait une ode à la sensualité…
Courbes rondes, opulence d’albâtre, cheveux de jais et front bombé,
La belle alanguie bercée par une comptine coquine, rêvassait.
La peau fine sur le poignet, translucide, appelait la bouche
et la fesse moelleuse, divers ustensiles prompts à allunir et aptes à l’attendrir.
Longue, droite, la penne entra en scène dans une main de vilain.
Flatteuse, elle promena sur la peau lisse, ses douceurs et caresses, avec tendresse.
La peau frissonna de plaisir, se chair-de-poula et s’offrit davantage.
Mouvante sur le muscle qui ondulait, elle faisait des vagues pour aller à la rencontre de la plume, sa nouvelle amie.
Or la plume ne l’entendait pas de cette oreille, elle fit volte face, et glissa cul pointu sur l’épiderme, fortement désireuse de marquer territoire et d’apposer sceau. Mais gare à la signature, qu’une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus.
Quelques traces dessinèrent, fendues, sur la soie d’un lobe laiteux, puis la plume disparut dans le sillon, parcourant les méandres liquides dont elle se barbouilla copieusement. Plongeant dans cet encrier improvisé, elle émergea, barbes ébouriffées et hampe humide, sourire large, pour venir graver quelques signes sur la peau marquée. Traînée fluide et rosée imprimant à la peau frétillante quelques lettres en forme de devinette, la plume allait bon train au creux de ces reins. Quand elle eut couvert toute la peau de lignes et de cyprine, la plume resta interdite, dans la main du vilain, dont elle vint alors taquiner le vit… Et la peau se retrouva toute chose, un peu perdue sans son amie.
Mieux vaut une main à plume, qu’un manque de peau.
©Perle Vallens

Cette fable est une vieillerie écrite en 2016, exhumée à l’occasion de cette édition de l’agenda ironique, avec le thème de la fable proposé par Max-Louis.

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Main. Tentaculaire.

Douce, moelleuse, chaude, fondante. Ouverte à la main qui s’imagine. La main qui imagine de son côté la chair douce, moelleuse, chaude, fondante. La main invente les contours, la mollesse, le soyeux, rehaussés d’un souffle chaud depuis le ventre. La main entend respirer du plat de la paume, voit se gonfler, la main sait les mots prononcés en rêve. La main visite de toute sa puissance inventive, captation d’une source intérieure, d’une douceur qui dissimule un grondement de fauve. La main se glisserait sans crainte de se faire mordre. Un doigt, puis deux. La main entière disparaîtrait en quête de nouveauté, exploratrice du plus profond. Peut-être pour s’y cacher ou s’y mettre à l’abri. Peut-être pour se vêtir de doux, de chaud, s’y enrouler. La main faite liane, longue, s’allongeant pour s’enfoncer.
La main en allées et venues, sur et sous la peau, entre les chairs, entremêlées, entre l’humidité et l’abîme, le moyen d’y pénétrer et de s’en extraire. La main tentaculaire gesticule, se colle, ventouse, dévale, dévide ses doigts. Une bestiole dans une bestiole. Hallucinées.
©Perle Vallens

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Toucher à la hache, nouvelle lauréate du PNE 2021

En décembre dernier, j’écrivais, de nuit, une nouvelle sur le thème « soigner le mal par le mâle, avec comme mot final « enfer ». Telles étaient les contraintes du concours d’écriture du Prix de la Nouvelle Erotique créé par les Avocats du Diable en association avec la maison d’édition camarguaise Au Diable Vauvert. Après une première étape où subsistaient 42 textes finalistes de l’épreuve, le jury s’est réuni le 18 juin et à l’issue d’âpres délibérations, n’est restée qu’une nouvelle au titre balzacien en diable : Toucher à la hache.


Je suis donc très heureuse de partager cette nouvelle avec vous ainsi qu’un extrait de la nouvelle en écoute sur soundcloud, en attendant la sortie du recueil papier des onze meilleures nouvelles.