atelier Laura Vazquez·écriture·Erotisme·photo n&b

Tombée

Il suffirait que tu dises les mots, prononcés dans le creux de l’oreille, dispersés le long de mon corps, de la nuque au creux des reins, tes mots en replis, en caresses, en cours sinueux, en rivières et en tumultes.
Il suffirait de t’entendre murmurer ce qui a été oublié, ce qui a été tu depuis si longtemps, les secrets, les étreintes, tous nos interdits.
Il suffirait de laisser glisser ta voix sur mes épaules, si lentement, ta voix devenue rauque, profonde, cette voix qui creuse mes entrailles, qui fait gonfler ma gorge, qui la remplit de toi par capillarité.
Il suffirait de lisser mes cheveux de ton souffle, revenu par saccades, à peine, une suspension, une attente.
Il suffirait d’un seul silence entre tes mots en errance sur ma peau.
Il suffirait que je te reconnaisse à ces mots, à ta voix, à ton souffle, à tes silences, que je te reconnaisse au sourire des mots, à leur lumière, à leurs sens cachés, au tressaillement de ces mots, à leurs modulations, à leurs injonctions, à leurs prières, aux percussions de ces mots, à leurs séismes, à leur urgence, à leur désir.
Il suffirait de si peu et de beaucoup à la fois, tu vois, pour que je flanche, que je sois submergée, que je tombe d’un coup.
Et pour que tu me relèves, à la force de tes bras, à la force de tes mots.
©Perle Vallens

Erotisme·photo n&b·poésie

A mes hanches

Un mirage se prêche genou en terre, à planter autre chose que des choux
La magie opère loin des tables de chirurgie où celui, où celle qui s’allonge
s’ouvre le ventre et les gorges déployées
S’il connaît son solfège qu’il me fasse chanter
D’un doigt l’accroché enserre mes hanches, ses largesses
diaphanes à profusion
y cueillir trèfle à quatre feuilles
me souffler dans les bronches
son air, mon air, celui de ne pas y toucher
mais défricher les jachères sous la peau
©Perle Vallens

Embarquement poétique/Jeudi des mots·Erotisme·lecture·poésie·prose·vidéo·You Tube

Nouaison dans le Jeudi des mots/Printemps des poètes

Nouaison est le poème choisi par Ghyslaine Elbe à l’occasion du dernier Jeudi des mots, (groupe de lecture de poésie emmené par Marilyne Bertoncini), une édition intitulée Un jeudi nommé désir, le thème de ce Printemps des poètes étant précisément le désir. Ici désir amoureux et charnel.

Nouaison

Il y a des bras plus grands que des bras.
Et des jambes plus longues qui arpentent les tailles, les torses, toute l’étendue de nous. Tenus, légers, que soulève l’impatience, frissonnants de l’épuisement à venir. 

Il y a les langues qui s’entortillent, se pressent à se dire des secrets, à saillir la joie. Les langues qui enchantent la musique de nos souffles. 
Nos bouches s’emmêlent, se mordent, se mâchent chaque fois pour garder longtemps le goût en mémoire. 

Il y a nos corps aux jointures qui se touchent, les flancs fouettés par la fougue, la houle que nous formons. Et la chair gonflée de notre chaleur, brusquement montée en crue. 

Il y a nos mains qui prennent la mesure des frénésies. Les doigts fendent et dansent, dans les fêlures, assignés aux carnages et à la lumière. 

Il y a ce qui claque hors sol, ce qui respire dans l’étreinte, ce qui se renouvelle, ce qui nous appelle, encore. Là où tout est comblé, où aucun vide entre nos corps encastrés. 
Nouaison, non prisonnière, je ne nie pas, je m’érige grandie de toi, amplifiée, augmentée par le désir. 
©Perle Vallens

Erotisme·photo n&b·poésie

Nature

Nature tu m’as faite, réduite à la peau, dans les broussailles nue. Captive pourtant de ne sait quelle emprise. Encore.
Nature l’attache invisible, ineffaçable.
Imprécise la nature dans laquelle je suis, insondable.
La place nue aussi, l’espace s’estompe, une folie douce peut-être. Mais une folie. Dévoratrice.
Nature je suis, et je reste en mes songes, possiblement dévastée.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo couleur·poésie

Respirer

Respirer quelque part le suint, la source, peut-être l’aisselle ou l’aine.
Respirer la voix, les voeux, les mots, le son viscéral scotché au ventre.
Respirer le secret, la place douce, le souffle, ce qui se confie de la bouche à la bouche.
Respirer la peau, l’impatience, l’impact de la main sur le corps.
Respirer la transe, les saccades, les traces.
Respirer les saccages, les salissures, les salaisons.
Respirer pleinement, à saturation, poumons prêts à exploser, faire le plein de tout de qui est, de tout ce qui advient.
Respirer jusqu’à l’absence même, jusqu’à la suspension.
©Perle Vallens

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Bouche, ouvre-toi

Ta bouche n’est pas vraiment une bouche. C’est à la fois une porte, une serrure et une clé. C’est une entrée et une sortie. C’est une route secondaire. C’est une aire d’autoroute.
C’est une paire de ciseaux. Ce qui coupe et ce qui est coupé. Ce qui mord et ce qui est mordu. Ce qui mâche, ce qui est mâché. C’est une arme à double tranchant.
Ta bouche, c’est un radiateur pour les hivers trop longs. C’est la braise et la cheminée, la chaleur du corps, le feu qui circule à l’intérieur, qui couve dans la trachée, qui tranche le froid au couteau.
La morsure de l’air se travaille mâchoire dégagée, ouverte sur l’inconnu. L’incision fait couler ce qui reste de vie entre les dents. Desserre, ouvre, dévore. Les bouches entravées ne sont bonnes qu’au silence.
©Perle Vallens

Erotisme·photo couleur·poésie

Un cul qui parle (hommage à William Burroughs)

fesses©Perle Vallens
Série photographique Nourritures terrestres©Perle Vallens

Un cul comme une bouche
s’ouvre et se ferme
les mots au bord des lèvres
la belle jactance
l’exigence remâchée
pour se faire entendre
Le miel culier arrondi
aspiration en O
qui dit tout le bien
qu’on en pense
Le cul parle sa propre langue
de glandes molles
Le cul se dégoupille
la grenade pressante
et la détente
l’estomac dans les talons
goinfre de toutes les substances
l’absolue saturation
©Perle Vallens