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Au prix de la peau

prix de la peau ©Perle Vallens.jpg

J’ai remis ma peau
celle d’hiver, celle déchirée
celle qui se détache de moi aux coutures
celle d’ourse mal léchée, de chair invendue
celle qui pelait sur le billot
celle qui pesait si lourd
celle qui n’a jamais bien collé aux os
celle floue effilochée
celle trouée de morsures
de morceaux d’histoires
J’ai remis ma peau pour voir
ce qu’elle vaut
©Perle Vallens

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Dis-moi dix mots : A main levée

Le texte A main levée a été retenu aux côtés de 4 autres narrations par l’équipe Anagramme organisatrice du concours « Dis-moi dix mots ». Il sera lu lors la soirée d’inauguration, préambule aux lectures radiophoniques des trois lauréats. Celle-ci aura lieu à la Tête Bleue à Grenoble le jeudi 11 avril 2019 à 19h. Voici les premières lignes de A main levée :

La peau était vierge sous la lumière pâle de la lampe qui éclairait d’un halo soyeux le double sillon des omoplates. Les cheveux noirs, raides, se rangeaient de chaque côté de la nuque, qu’une raie départageait, et retombaient par dessus les épaules. Le dos était parfaitement dégagé, magnifique dans son opale nudité.
La page blanche sur laquelle l’homme s’apprêtait à écrire tremblait légèrement. L’épiderme soulevé de vagues s’apaisa. Il y passa la main pour lisser les dernières ondulations. La caresse arracha un ultime frisson qui redescendit en vibrations le long de la colonne, jusqu’au creux des reins animé d’une petite fossette tout sourire. Les fesses en contrebas, fermes et charnues, ne bougeaient pas.
(…)
©Perle Vallens


Edit « A main levée » s’écoute sur soundcloud
https://soundcloud.com/user-632733430/a-main-levee-perle-vallens

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Orpheline

orpheline Perle Vallens

Le ciel pleure parfois des larmes de sang, des gouttes de couchant. Touchée au front, la tâche s’émerveille, s’étoile en rigoles sur la plaine du visage.
La blessure née d’hier ne se referme pas, c’est une brûlure à haute tige qui ravage la chair et effrite la gorge. Tu le sais pourtant, tatouée de cris et de serments tus, coeur taillé à la serpe, une marque tenace en signature.
Orvet en collier, orpheline d’un baiser, la morsure cruelle laissé en partage d’un amour pillé.
©Perle Vallens

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Roten Lippen

roten-lippen

Die Lust erklärt die Sehnsucht
Die Lust erzählt die Frucht
zwischen den Beinen
Eine Luft fliegt unterwegs
die Flucht in die Brust
Balsam auf der Haut
scheint weit von dem Grau
So ein Licht drauf
bricht meine Lippen
ein roter Ruß wie heißer Kuss
Blau ist der Geist
wenn er erntflieht
©Perle Vallens

Traduction proposée :
La luxure explique le désir
La luxure raconte le fruit
entre les jambes
Un air vole sur le chemin
l’évasion à la poitrine
Le baume sur la peau
l’éloigne de la grisaille
Une telle lumière
brise mes lèvres
une suie rouge comme un baiser chaud
L’esprit est bleu
quand il s’évade

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Chatte-perchée

Pas de chasteté en chambre intérieure, je me pare nue des plus anciens vices, je pends à ma bouche les charmes sales, la chaleur des gouffres violents. Débauche de seins qui dérobe l’âme, dépose les bas fonds de la vertu entre les mains.
Je promets des baisers de nuit et de flamme pour que tu reviennes jouer les autres mi-temps, d’autres jeux interdits.
J’arpente la chair, j’adore l’archange, j’entends encore les choeurs ardents.
Recluse entre deux cieux, j’erre entre les bruits du monde, la nuque close à ta bouche. L’emprunt du regard creuse la faute éternelle.
©Perle Vallens

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Une chemise

Une soie couleur chair, bras en écharpe autour du cou.
Les doigts fourmillent le long de l’échine, sur les vertèbres qui vibrent en percussions silencieuses. Dessous, le cœur martèle plus fort contre le satin qui soupire et l’étoffe qui bâille. Tirailleurs de peau à peau, à boulets rouges, à brides abattues. Que sifflent les abeilles et que brillent les abatis ! 
Se laisser assaillir, corps franc affolé, avant de se laisser cueillir en première ligne et glaner ses lauriers.
Le soleil fait reluire l’armure des corps, éparpille ses rayons, grand démantèlement dans le fouillis des draps. L’accalmie sera de courte durée avant la battue. 
Dans les flots blancs, il n’y a rien d’autre que sa chemise ouverte sur ton torse en bataille.
©Perle Vallens