Emotion·Erotisme·poésie

Plat du jour

oreille nb

La nuque s’étale, s’allonge, s’emballe de chevelure. Magie du feu, l’encolure brunie au gel de la brûlure. Au sol, une phalange soulève un linge, s’aventure, prolonge plus loin l’assaut, tranche le souffle en deux, assaille les chairs. La vie se brouille en double vue, tracé de près en lignes courbes. Un giratoire cafouille dans les plis. Doigts piégés bougent à peine, assagis. La raison chancelle et s’affole entre deux arpèges, fléchit et se morcelle, émiettée dans les effluves tièdes d’une narration bien connue, d’un chant familier.
Chuter en silence, s’alléger du fardeau de l’absence, manger seule un festin anonyme.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Matière grasse

matière grasse

J’aimerais trouver des mots gras, t’en tartiner la panse, beurrer ta couenne. Des mots denses pour t’enduire la carcasse, t’en vêtir, t’épaissir un peu de moi, te farcir de mes pensées. Des mots gluants qui collent à ta peau pour te tenir chaud. Je ne trouve que des mots lisses, mous, qui glissent, s’effacent si vite. Des mots légers, des plumes sur l’oreiller, de l’air plein les joues, des voyelles envolées. Des chants sur le bout de la langue, des flots qui hésitent à se lancer et s’éteignent sous le palais. Un mantra silencieux pour télépathes. Des mots qui brillent en silence, qui se respirent à grande goulée. Des mots muets.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Floralie

Volkan Aslan
Volkan Aslan « Je suis agité comme ceux qui ne peuvent pleurer leurs morts » (Laver les roses – Arles – vidéo 2018)

Il fleurit ma peau du toupet de son pinceau, de la pulpe de ses doigts, de la musique de ses mots. Toucher de soie, reflet de lame, stries et langueurs. Ombres parsemées comme les pétales de l’âme.
Sur la toile, il couche ses noirceurs, étale ses états drames en fleurs digitales et grand fuseau d’amer.
Mon corps prend toutes ses couleurs de sang et de feu, de nuages et de fleuves, de tiges et de sève.
Il passe ses roses à l’eau sur mon dos. Il m’arrose de ses pensées, essore ses obsessions, essuie sa folie douce. Il m’inonde d’un lavis de lumière.
Refleurir encore. Avant que le cœur ne s’effeuille, avant qu’il ne se fane.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme

Un souvenir

amour et psyche Rodin
Auguste Rodin – Amour et Psychée

Je repense à cet après, dans la fraîcheur des draps blancs. J’ai aimé alors cette sensation de ta force déployée, de ton corps pesant sur le mien, m’immobilisant, m’obligeant à rester collée à toi, dans cette intimité de peaux, de sueur, de fluides en coulures séchées ou encore humides. Nos jambes entremêlées, tes mollets emprisonnant mes cuisses pour que je ne m’enfuis pas, que je reste là, le nez enfoui dans ton ventre, le nez plongeant, fouissant dans ton odeur, les joues caressant les poils. Comme un apaisement entre deux larmes noires en sillons sur mon visage.
Parfois, j’y repense comme à un rituel qui adoucirait mes peines, mes doutes et le manque de toi…
©Perle Vallens

Erotisme·poésie

Hemerocallis vulva

hemerocallis vulva PV

C’est le pétale qu’affole le souffle
l’insolent sillon du vent
une jalousie sans pareille
pour la vibration volatile
des ailes d’un papillon

Origami déplissé à la peau déliée
lys d’un jour dans les plis du soleil
brille d’abondance au seuil lisse
du lent tissage des songes
qu’un pistil acquiesce
fugace esquisse, la saillie d’un sourire
©Perle Vallens

Erotisme

Femme-grenouille

Huile2 PV

Elle entrebâille puis écarquille les cuisses, une équerre tout sourire qui s’ouvre d’un coup. Elle se penche pliée sur elle même et observe la trace qui s’agrandit et qui prend le contrôle de son regard. Cela fait une tâche moitié humide moitié opaque sur la culotte. Le truc qui faisait dire « c’est sale » quand elle était petite. Elle lape dans le vide et sa langue claque.
Elle mouille, cela coule d’elle à flocons. Si elle quitte sa culotte, cela glissera à la lisière, en haut des cuisses, c’est sûr !
Elle se saoule de cette souillure. Elle ne dessille pas. Les yeux grands ouverts hypnotisés ne se lassent pas et boivent ce liquide qui s’épand d’elle.
Elle ne touche pas encore l’ourlet des lèvres abreuvées qui se voilent d’un masque blanchi, un peu gluant. Des filaments s’étirent dans l’ouverture qui glapit. Ils explosent en gouttelettes sur les parois satinées, un peu grasses et lisses, un entrefilet dans les pages béantes qui racontent le vertige.
Elle s’ouvre juste, écarte le tissu de la culotte, poisse ses doigts, les agite dans le clapotis de l’onde, dans la moiteur tiède qui gagne du terrain. Sa pupille s’accroche au piton moelleux de sa vulve, ne lâche pas sa prise, pâle surprise rugissant rouge à vu d’œil. En visée, les abords glissants, sans ventouse.
Elle s’enfle et se travaille en profondeur, batracien ambitieux qui barbote dans l’esquisse saumâtre sans bouée de sauvetage, pour atteindre les grands fonds. La barrière de corail s’épanouit sous le plongeon, sous la poussée sauvage d’une véritable équipée. Quatre doigts, pas moins ! Et le pouce appuie sur la perle qui s’empourpre.
Un imaginaire marin plisse les yeux reptiliens, fouisse dans l’antre amphibien. L’univers se rapetisse dans ce centre première classe, un firmament annonciateur de milliers d’étoiles. Une seule obsession, suivre cette sente, toute luisante de déraison consumée, de cette lente montée des eaux qui finit par l’éclabousser jusqu’au poignet dans un silence bercé de chuintements.
©Perle Vallens