Il est de toutes les saisons, dénudé ou fleuri, s’égraine et se disperse en rosettes étoilées.Il tapisse les prairies et sentiers, les talurs et trottoirs, d’un envahissement tel qu’il est impossible de ne pas le piétiner. Je l’enjambe dans le jardin et je me penche vers lui, hissé sur ses longues tiges dressées en touffe autour du pied, sa racine épaisse solidement ancrée. En dormance hivernale, il persiste dans son vert, ses feuilles ciselées, lancéolées, au pourtour hérissé, ses « dents de lion » qui ne mordent pas. J’imagine la sève qui remonte, puissante en de début de printemps, dans le pédoncule creux, duveteux, vers son capitule fécond, ses rangées de fleurs jaunes que viendront bientôt butiner les pollinisateurs des environs.
Quand les fleurs laissent place aux fruits, le pissenlit s’auréole d’akènes prolongées de soies. Volatiles et légères, ses aigrettes se détachent et se dispersent au moindre coup de vent. Sa tête joufflue et blanche, fragile,me fascine, comme lorsque j’étais enfant. J’aime toujours souffler dessus, par jeu. Je lui entame une joue pour ne garder qu’un demi visage, avant de faire disparaître l’autre. En deux bouffées, j’essaime totalement sa chevelure folle qui s’envole d’une bourrasque, un peu comme la mienne, et qui vient coller ses mèches aériennes dans mes propres cheveux.
Perle Vallens
(écrit en cours de Master création littéraire écopoétique)