écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie·prose

Nuit, nous

La nuit déployée lente aile battante
lente de souffle lent de silences contenus de nécessaires ardeurs tues
la nuit ses caresses incertaines dont on ne sait si douce ou mordante
si nous couvre ou nous rejette
dans nos incertitudes
la nuit chasse nos vêtures nous met à nu tellement fragiles
tellement faillibles mal définis ou nourrissons
avant renaissance
la nuit vaste semble descendre et remonter des profondeurs
jusqu’au ventre remue reflue noire et dense
vers l’ossature
la nuit nous brûle ou fait-elle semblant du moins nous consume
la nuit sans effroi mais le coeur gonflé
de percevoir tant de sons infimes microscopiques
la nuit acoustique ses basses fréquences et ses échos
nous tambourinent peau de vibrations
en résonance
la nuit nous danse
elle nous dessine de ses ombres
pas même un mot et tous les sens
en fusion ou en transe
la nuit est la nuit et nous la nuit
sous hypnose

La nuit n’est pas si noire qu’on le dit, elle n’est pas seulement obscurité et trouble, dans l’ombre on décèle si l’on plisse les yeux, une lumière qui décolle les cils, un à un

Perle Vallens

Atelier Mater avec Sandrine Cnudde

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Caresse d’écorce

Photo Prax lou – Modèle Perle Vallens

Là, ce qui siffle c’est lui déjà
sous le vent
ce qui craque sous les pas
l’aiguille par le chas de mes poumons
et sa voix ventriloque par mes lèvres
j’aspire le même air
l’arbre sa lente oraison
son appel à renaissance
feuillaison de jeunes pousses
je sais du vert fluo sa force
sa fraîcheur accrochée au limbe foliaire
l’éparse anatomie la vivace au ciel
aère ma boîte crânienne
à ma main accrochée sa chamade
l’écorce bat dans son crissement
éreinté de centenaire
parle son langage muet des pinèdes
que je bois comme le mot premier
adossé à ma bouche
vers lui j’avance et je me colle
ma source ventre à terre
meuble de ses racines longues
leur lente progression souterraine
sinueux d’insectes et de rampants
par ses interstices la sève
la saveur de résine me bascule
à ma tête enfouie la sienne envolée
hisse toujours plus haut
le tronc à la caresse
sa persistance
ma refloraison
Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie·vidéo·vidéo-poème·You Tube

Ma peau avec Miel Pagès/Mater

Ma peau est un des deux textes écrits en atelier/visio avec Mater poésie (créé par Hortense Raynal), le dernier épisode en compagnie de Miel Pagès. Il a donné naissance à un vidéo-poème diffusé sur la chaîne youtube Perle Vallens (engendrant de fait une programmation décalée du prochain ciné-poème).
Voici donc ma peau, texte slamé et montage vidéo :

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Le calme revenu

J’ai vécu cette nuit là à trouer les morceaux de ciel de mes doigts
J’ai traversé en long en large les espaces confinés
le passage de mes rêves jusqu’au visage
désiré jusqu’à vouloir ses lèvres
Je suis allée aux mots
je suis allée au ventre
J’ai mis de l’eau dans le vin de mes rêves
Je les ai dissous à force de rêver
Il sont revenus pierres dans le ressac du jour
Ils reviennent toujours là où je suis
quelque part entre hier et aujourd’hui
Ils reviennent vainqueurs entre les grands fonds
et la grève où roulent les vagues qui m’éloignent
entre cette trêve du cœur et l’assaut du sexe
entre les aboiements des mains et le calme revenu
soudain dans les veines
le vacillement me surprend encore entre l’œil et l’oreille
me prend la chair au dépourvu m’empoigne toujours
davantage dès que je me laisse aller au carnage
je me laisser aller au désir
exilée volontaire entre lui et cet en-dehors
qui me déchire
©Perle Vallens

d’après consigne de Lorena Bur/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie

Rage de chien


Au cas où l’image ci-dessus ne serait pas lisible, voici le texte sans sa mise en page :

Mon corps est un chien mort
Un chien hurlant sa bave
me dégouline

J’ai sa rage qui s’inocule dans mes veines
Je vois clair entre mes lèvres
je vois les ronces percer les mots
je vois la morsure du serpent à travers
est-ce que tu vois toi aussi les sangsues sortir de ma bouche ?

Ça gueule tous crocs dehors à l’intérieur
Ce cri noir cette lave en crue
ce qui monte sans que je ne
puisse
rien
faire

cette colère nue ce souffle bref
ces nerfs à vif
c’est un vent fou forcené qui rampe qui colonise en bactérie
qui me virusse qui avale tout
il me brûle
il devient mon oeil il devient mon ventre
il m’envahit
respire plus len-te-ment
laisse le calme revenir
laisse la meute se retirer loin
dans sa forêt sombre brumeuse forêt
là où les monstres se taisent

Il y a cet os rongé au milieu de mon squelette
Cet os surnuméraire
C’est à cet os que l’on me suit à la trace
il brille dans la nuit mais je ne le savais pas

d’après consigne de Héloïse Brézillon/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Je t’écris

Je pense à toi vivante encore dans l’espace                décent
dans l’innocence                   d’une chambre d’enfant
aujourd’hui désertée

Je pense au feu qui nous a uni                    le jeu et les joies
(avant nos gémissements et nos cris)

Je pense à toi ma sœur                       je respire                   dans ton souffle
éteint je reprise ton corps           déchiré                              je compte
tes cicatrices

Je pense à toi autant que tu as souffert entre leurs mains
J’ai souffert aussi                           (plus ou moins que toi, qui peut le dire)

Je t’écris de cette plage tombale                       où je trie                        les grains
de sable                                              un à un
comme une ivraie sans fin
la mort est ivresse pour qui boit                        son lait amer

Je t’écris de là où je suis tombée                        un trou noir
enterrée vive                             un purgatoire

Je t’écris là où je n’ai plus peur où je n’ai            plus ni reproche               ni regret
J’ai attendu longtemps pour renaître                                 et t’écrire
pour ce paradoxal chant            expiatoire
j’exhorte           je m’évertue           je me délie (la langue)            je me fais polyglotte
        pour toucher ton ciel
                     pour te consoler

J’aimerais que tu renaisses à ton tour pour que tu                        m’entendes
mais de là où je t’écris je n’espère           nulle réponse          de ta part

         Je t’écris d’une voix soluble dans l’espace
                         Je t’écris d’un corps qui n’est pas le mien
©Perle Vallens

d’après consigne de Ada Mondès/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·poésie·vidéo·vidéo-poème·You Tube

Je te suis

Je te suis comme je t’ai toujours suivie
depuis le début
comme je te suivrai toujours
je te suis à la trace
je te déploie comme tu ouvres tes ailes
comme tu trouves les courants favorables
(tu t’ouvre aux)
l’air lourd qui te porte
droite courbe sinueuse
tu suivras ta route ligne ou lignée
tu seras celle que l’on suit comme guide
celle qui tient l’os (comme son ombre)
ceux qui t’aiment te suivront
de près
pas à pas
passe-passe ce tour de la vie
à suivre sa destinée
Perle Vallens

Sur consigne de Mélanie Leblanc pour Mater atelier

écriture·Mater Atelier·poésie

Métro (sexuel)

I
l’heure de pointe à Saint Lazare
je me pole dance suspendue à la barre
alu 100% humidité corporelle
je sue comme tout le monde, et alors ?

II
je ne descend pas à l’arrêt prévu
je reste coincée sous l’aisselle
d’un grand black en t-shirt Kooples
noir sur noir (je vois des étoiles)

III
bam le portillon m’a claqué
le postérieur et je pense à toi
rien d’étonnant à Gare de Lyon
je zieute insta où tu n’es pas

IV
si j’étais à Gare de l’Est je chercherais
ce plus long quai de déculottée
plus c’est long plus c’est bon, je me dis
ma vulve acquiesce quelque part sous tissu superflu
Perle Vallens

 

sur consigne de Rim Battal/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·photo retouchée·poésie

Du vert

tu vois tout ce vert
ce vert ratisse large
il tresse une sensation de fraîcheur
d’humide de mastication bovine
ce vert est une dérive
c’est une dérive dans le paysage
qui mène au rêve
il y a du vert jusque dans mon ventre
du vert partout jusque dans le fond de mon œil
la vie me colle des lunettes vertes
il y a du vert partout jusque dans le rouge
du vert sapin au vert bouteille
tu peux deviner la couleur
d’ailleurs on se perd dans le vert
toi aussi tu es vert
ce n’est pas la rage qui t’agite
c’est ce putain de vert qu’on respire
du vert sans arbre et sans fleur
du vert sans blé sans bétail
juste spores et pollen
juste prolifération du vert ailleurs
c’est peut-être un détail pour toi
tout ce vert à perte de vue de raison
est-ce que le vert environnant connaît une limite ?
est-ce qu’il connaît une panne une interruption de ses programmes ?
qu’est-ce qui pourrait empêcher le vert de progresser
jusque dans nos chambres ?
qu’est-ce qui pourrait empêcher le vert d’envahir nos vies ?
tout ce vert que tu vois
©Perle Vallens

d’après consigne Anna Serra/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·montage photo·photo couleur·poésie

Passée au rouge

Montage à partir de plusieurs de mes photos

laisse l’envol d’un pétale de coquelicot
soulever un pan du rêve la passe de cruauté
banderille la chair rougie au gel
akènes grains de grenade picorent la brûlure
de gueule et d’os dégouline le langage
le long de la colonne
mot pour mot tu dis comme obscur objet
extinction du désir ou rallumage du sexe
au moteur brandies les bougies
irriguent pulsent en zone sacrée
la pulpe et le jus vermeilles irradient
chakra ou cœur illiaque la caresse
cogne dur
martèle dans l’éclat
acier de la douleur
déraille ou désarticule dans l’attente de
l’embrasement
ce qui fait planer ailleurs que dans les nuages
ce qui fait briller les plaies anciennes
ma queue d’animale étriquée inutile
l’ancestrale sans notice
sans argument pour ou contre 
je me replie dans mon ossature
je bloque toutes mes cloisons autres que nasales
je hume dans mon propre souffle un peu de 
son magma de l’incandescence
quelques gouttes sur mes bassesses
mieux qu’un baume pour colmater l’absence
pour répondre aux questions non
posées façon pierres chaudes
sur la peau répandre la magie
(c’est un genre de rituel)
pourtant je ne sais pas qui vient
traverser ma caverne
qui visite ma terra incognita
impénétrable
rien n’effleure ni n’affole que le vent
et ce fantôme revenu hanter mon corps
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Margot Ferrera/Mater Atelier