Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Pommes pourries

Il est une flottaison continuelle du temps, l’écoulement inclassable qui ne permet pas la pleine possession des instants précieux.

La fabrique des jours ignore les appels, les efforts prévisibles, la précision des secondes. Elle se dilue, dévale les pentes, déplie le ciel..
Elle se défie des attentes, ignore le lendemain, réfute toute impatience. Pas d’affût, pas de démission. Le flou laisse la place à toutes les possibilités.

Le défilement des paysages se tissent de sol sec et d’humus, l’humide empreinte, les meurtrissures et les oraisons. Il se fiche des branches sur le passage, il s’effiloche dans l’ombre de pierres empochées. L’offrande de l’arbre effeuillé tombée au pieds..
Les pommes ont roulé et pourrissent d’un sourire à la terre.
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Froid

Il a fait froid.
Le sommeil est tombé sur le versant ouest sans se relever. La nuit l’a surpris éveillé tout transi quand les oiseaux se sont tus.
Le vent a piaffé dans les feuillages. Au matin, le cœur s’était pris dans un gel de roc qu’il a fallu chauffer au feu rallumé.
La faim a trompé le froid. La soif a creusé loin, sans remblai, jusqu’au désir profond, grands rouleaux rallumés de brandons.
Alors, l’ébranlement dans l’ombre de la main du pas né du jour.
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Forêt

forêt©Perle Vallens

La forêt est un corps. Un corps nu et rêche, rustique et fort, solide comme la souche première qui le fit forêt.
La forêt est un être autonome et autosuffisant.
La forêt n’a besoin de personne pour vivre.

Tous les animaux restent sur place, drive-in et déjeuner sur le pouce.
La forêt recycle elle-même ses déchets. Toute branche morte tombe, tout animal mort finira par s’enterrer de lui-même.
Tout ce qui grouille et fouille la terre retourne à la terre.

Tous les arbres poussent dans le même sens en se nourrissant de la même chose. De là, du bas, de l’intérieur du sol vient la vie. Et du ciel aussi. C’est pourquoi tous les arbres regardent dans la même direction. Ils attendent l’eau qui étanchera leur soif. C’est pourquoi ils s’étirent et poussent si haut. Il se dit qu’ils dansent avant l’orage, agitant leurs feuillages. C’est la danse de la pluie.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·nature·photo retouchée·poésie

Etre rivière

rivière©Perle Vallens

Renaître de chaque pluie
Dévaler les vallées
entre chaque rang de pierre tombée
entre chaque rive de chaque lit
Courir le jour comme la nuit
dans la clarté de l’eau
Chanter parfois doucement
le cristallin entre les cuisses
Passer à travers champs
à travers voix
Sentir l’aube se refléter sur la peau
Pâlir sur le flot des chairs
Gagner à gros bouillons l’estuaire
Aller jusqu’à la mer
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo n&b·prose·Short Edition

Le souffle du printemps

l'enfant et l'arbre©Perle Vallens

(…) Le temps s’écoulait lentement dans cette enfance méditative. Le garçon ne se lassait jamais, il ne quittait rarement son poste de guet agenouillé dans la verdure que pour la hune d’une haute branche de cerisier. D’en haut, tout lui paraissait à la fois plus simple et plus lointain. Il faisait corps avec ce promontoire de bois et de chair qui le faisait sembler plus sylvestre qu’humain (…)
©Perle Vallens

Un texte court à lire sur Short-Edition. Un peu de légèreté poétique par là-bas…