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Kissing ball

vieux tronc©Perle Vallens.jpg

Il n’y aura pas de gui cette année
Toute la sève a été sucée
Il ne reste plus qu’un tronc à l’écorce trouée
un nichoir grand ouvert
aux heures creuses et à tous les vents
un réconfort pour les oiseaux au bec tendre
un baiser de plume pour passer l’hiver
Il ne reste plus qu’une trace d’ours
ancienne et presque effacée
la morsure d’un nid de frelons
une croix gravée sur le tronc qui s’effrite
Il faudra attendre un printemps de plus
pour laver à grande eau
le temps qui passe
©Perle Vallens

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Bataille rangée

Bataille rangée ©Perle Vallens

Déployé le soleil, les ailes des oiseaux, les silences noyés
Je déplie un à un mes cils battants sous le ciel
en persiennes, en morceaux de lumière
La place qu’occupe les habitants du monde ne cesse de grandir
voraces menant leur combat dans l’air brutal
grand bleu mordant des ventres à terre
Pigeons, corbeaux, mouettes, moineaux, le même acharnement
les accrochages et les chocs dans le contre-jour blanc
Leurs becs comme jadis nos bouches
dans le regard des étoiles absentes
©Perle Vallens

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Cantate nocturne

Envol ©Perle Vallens
Photo ©Perle Vallens

Et que ça piaille, que ça piaille. Mais ça ne bouge pas une oreille.
Ça se planque dans les grandes ombres noires avant l’orage, ça se recroqueville. Unique cri pour mille pattes. Ça gratte dans les feuillages.
Ça écrit l’histoire sur les troncs, ça patiente, ça feinte des jours durant dans les peupliers, dans les platanes, dans le creuset des longs départs. Puis ça s’envole dans les couleurs délavées du ciel, la nasse rincée des nuages. La trace désordonnée de leur voyage.
©Perle Vallens

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S’ôter les mots de la bouche

S'ôter les mots ©Perle Vallens

S’ôter les mots de la bouche et gober ses émotions une à une, sans respirer, sans même y penser.
S’étouffer de la beauté des choses, fleur bercée parmi les fleurs, dans le flottement du matin.
Chanter encore si l’on peut et se repeindre un sourire.
Murmurer ce qui n’a jamais été dit, les secrets que l’on confie à la providence.
Offrir un orchestre à la voûte du ciel, lancer ses vœux, gagner ses rêves attrapés au lasso.
Ecouter la résonance des cymbales, le sifflement continu d’un vent ivre de nuages.
Certain de l’assurance de l’azur, aspirer la couleur du silence.
©Perle Vallens

 

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Pétrichor

coquelicot minéral ©Perle Vallens

Les mots sclérosés restent accrochés aux rocs quand l’écho s’est tu, quand le silence s’étend.
Des mots respirés à s’en gonfler les poumons qui expirent du manque d’air.
Des mots fossiles qui sentent la poussière, encore humides de leur vie sur terre.
Des mots froissés comme les pétales fragiles des fleurs déjà fanées.
Des mots qui flottent entre deux eaux et gagnent les profondeurs.
Des mots qui exhalent l’odeur des nuages en soupirs murmurés.
Des mots qui restent en suspens à la fin du voyage.
©Perle Vallens

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Décours dans Lichen

décours ©Perle Vallens

La revue poétique Lichen enrichit son sommaire de mots moches et de mots oubliés, rares, régionaux ou trop lointains.
Je participe de temps à autre avec des poèmes et dans le Lichen de Mai 2019, je proposai le mot « décours » pour la rubrique « espèce en voie de disparition », où vous découvrirez aussi l’expression « courir la prétentaine ».
Dans le numéro de Juin qui vient de paraître, vous trouverez encore le poème Voyeuse.

Décours (n., m.) : décroissement de la lune  ; le temps qui s’écoule de la pleine lune à la nouvelle. « C’est un préjugé dans les campagnes qu’il y a des plantes qu’il faut semer ou cueillir, les unes pendant le croissant, les autres pendant le décours de la lune. »
« Il y a de petits dieux qui font descendre la lune dans le décours. » (Voltaire, Dial. XV, 4).
Le mot s’emploie également pour désigner le déclin d’une maladie. On utilise encore en science le concept de décours temporel : laps de temps entre une cause et son effet.
En voici une interprétation poétique, toute personnelle :

Je décompte le long fleuve
le lent décours de mes heures
creuses du vide de la nuit
perdues jusqu’à l’aube
au premier point du jour
©Perle Vallens