atelier Laura Vazquez·écriture·noir·photo n&b·prose

Marée noire

La nuit est noire, profonde, visqueuse, poisseuse. Elle se répand. Elle s’étend aux arbres nus et grelottant d’hiver. Le noir nappe chaque branche, dégouline sur le tronc jusqu’aux racines qui soulèvent l’asphalte, noire et granuleuse, la joue râpeuse de la rue sous la semelle.
Le noir fond en surface, il oscille, avance dessous. Et nous marchons, le pas incertain, instable, à se laisser envahir, à se laisser engloutir par la chaussée molle, dégoulinante, où s’agglutinent les ombres. Cela suinte sous la botte, cela colle, glue noire qui déborde et nous mord.
Noir le glacis de la nuit tombée à terre. Noir le pétrole épais sur les murs. Noirs les pas qui s’enfoncent dans le latex liquide. Noires nos silhouettes floues, noirs nos cheveux, nos regards.
Voir noir. Voir le noir partout. Marée noire qui monte jusqu’au cou, jusqu’aux yeux. Tout ce noir nous submerge. Tout ce noir noyé dans le noir.
©Perle Vallens

noir·Nouvelle

La forge

Le froid a saisi tout ce qu’il pouvait de branchages et des dernières fleurs survivantes. Cela sent l’hiver précoce jusque dans les marais environnants. Les oies sauvages les ont quittés depuis plusieurs jours, suivis par les cygnes et les canards. Le vent se lève, roucoulant et feulant en animal conquérant dont c’est désormais le fief. Il allonge les roseaux, dociles sous la caresse, les érige brutalement en éructant par rafale.
Dans le village, le vent se montre timoré, freiné dans ses atteintes par les hauts murs d’enceinte. Il affronte seul la tour dite haute, où ne sonne plus que rarement la cloche de tourmente. Ici, on a foi dans la force des tempêtes et l’on craint les éléments. (…)

La suite se lit sur Short-Editions. La forge est un texte écrit pour le prix « Court et noir », sur le thème de la « fournaise ».