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C’est quoi ?

C’est quoi une main
une zone de contact pour découvrir le monde
ou
une zone de contact pour l’effacer

C’est quoi un oeil
un angle d’attaque de la lumière pour faire pression sur les ombres
ou
un clignement pour limiter les effets d’un trop grand ensoleillement

C’est quoi un sourire
une minute de silence qui peut durer longtemps
ou
une impatience des mots pour qui cela ne va jamais assez vite

Le regard saisit par capillarité selon que les cils sont rabattus ou non, selon que la paupière close, la pupille à l’image jointe

Perle Vallens

Actualité·corps·Non classé·poésie·Revue littéraire & fanzine

Un poème dans le Nouveau Décadent

Fanzine créé par Julie Facquier, le Nouveau Décadent réunit textes et illustrations  » érotiques, surréalistes, ésotériques.. ». Dans ce second numéro, je partage un poème sur le corps, ses explosions, dont vous pouvez lire le début ci-dessous, en vis à vis d’une oeuvre de Laurence Marie.
Vous pouvez soutenir l’édition de ce livret en l’acquérant directement auprès de Julie, par mail juliefacquier@gmail.com.

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Te coucher nu

je pourrais contourner les principes de ta timidité
avec mes jambes
je pourrais te contaminer la moelle d’endorphines
dégeler ces terrains vierges qui s’enterrent sans épitaphes
je pourrais te retourner la peau par le biais d’un seul baiser
ce précipice arrosé de mon essence pour prendre feu
(tout brûle même le pyromane)
je pourrais vaincre tes états-dames qui brouillent mes pistes
ouvrir tes frontières sans sauf-conduit
tes langueurs tendres
je pourrais te bombarder le corps
ramasser des morceaux de toi émiettés
jusqu’aux orifices non officiels
(façon naissance de tes mondes)
je pourrais vidanger tes noirceurs à l’ombre
de mes territoires faméliques
je pourrais te coucher – nu – sur le papier
sans trahir le texte
Perle Vallens

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Dans l’angle

partout il existe un angle d’attaque
qui mesure la vision exacte des choses
que l’on peut corriger pour ajuster notre façon
d’envisager la vie
un angle non mort pour éclairer d’évidence
l’origine peut-être du bonheur
ou de ce qu’on nommerait harmonie
un angle de vue net de toute bavure
pour dégager l’œil de toute responsabilité
un champs visuel accessible au plus grand nombre
d’où il se murmure que
l’amour existe
©Perle Vallens

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Mes fesses

Hommege aux fesses de Andréa Ferréol dans la Grande bouffe de Marco Ferreri

Tu sais pourquoi je les aime bien mes fesses ?
Parce qu’elles sont confortables
bien rembourrées d’un coussin naturel
fesses ostensibles réputées incassables
leur galbe arrondi comme moulé
sur mesure l’amabilité en prime
(mes fesses savent sourire)
le muscle tonique dessous
et ce grain de douceur
garanti peau et main d’œuvre 
100% chair fraîche et afflux de sang
de tissu adipeux de fibres battants
froid les difficultés de la marche
sauf effets du vent glacé
sauf rafales délétères du mistral
qui bat la mesure sur mon postérieur  
sauf contractures longue durée
sauf traitements inavouables
son dévouement sans faille à la cause
du plaisir
Et toi, tu les aimes mes fesses ? 
©Perle Vallens

Et évidemment, comment ne pas penser à BB chez Godard ?

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Inktober 2021, 5 par 5 (5)

17 bouche double d’où nait
le brasier l’embrasement solaire
un système génésique à double polarité
le baiser est jaillissement
dans la constellation du désir
est collision astrale d’où l’étincelle fuse
deux bouches accolées dans l’explosion
d’où nait nova rouge
©Perle Vallens

18 La lune comme illusion
d’échapper à la nuit
comme performance mensuelle
comme trajectoire infinie
son cycle son obstination
son éternelle agenouillement
devant la terre seulement jeu
seulement déjà vu sa face cachée
devant les projecteurs ou
derrière les barreaux
la lune gravit ses échelons
chaque mois dégrafe nos chaleurs
découpe nos flancs en tranches de vie
nocturne en chasse au pire
en désordres d’organes
en chantiers incendiaires
en grands chamboulements
la lune joue mais ne triche pas
avec nos hormones
©Perle Vallens

19 il y a un moment où même la boucle
fait un angle aigu un angle radical
un angle mort dans un coin précaire
de notre vie au pied du mur
On cherche le contrepoint la note accolée
celle qui gagnera l’écriture harmonique
la résonance d’une rondeur
retrouvée sur la partition
©Perle Vallens

©Perle Vallens

20 est-ce qu’on sait
ce seuil de la chair
la chasse précoce
l’effleurement d’une peau
comme une porte ouverte
une entrée à genoux
est-ce qu’on sait
ce qui fait jaillir les eaux
et fait germer le sperme
©Perle Vallens


21 Ce que je préfère c’est la voie trouble
que tu prends sans savoir où tu vas
la voix hésitante le regard flou
Ce que je préfère c’est la confusion
le fouillis de tes mains à tâtons
ton branle-bas sans combattre
Ce que je préfère c’est l’anarchie
de la chambre et son joyeux saccage
le foutoir de ton foutre
et toutes tes imperfections
Ce que je préfère c’est ce petit bordel
que tu laisses au bord de ma peau
©Perle Vallens

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Rage

Colère cryogénique
te fige dans ta rage
rien ne bouge que l’arc circonflexe
au front déformé du ressentiment
rien ne gicle que le fiel par tous les trous
du corps par tous les pores

La rancœur encastrée tient tout
d’un bloc serré comprime l’humeur
qu’une croûte vile recouvre
d’un gel sous contrôle
que rien ne pourrait rompre sans risque

On ne peut briser la glace d’un coup
pas la hache pas trancher vif
il faut réchauffer tout doucement
porter le cœur à température ambiante
de peur qu’il ne casse
net
©Perle Vallens