S’il te plaît, dessine moi un mouton
un « bah bah black ship » avec une grande langue bêlante entre mes cuisses
un mange-ortie noir d’encre, un broute-tout entêtant
S’il te plaît, dessine moi des mains et des mains
qui s’agitent et pénètrent et devinent plus loin
que le bout de leurs doigts
S’il te plaît, dessine moi une ascension
une orbite lunaire, une fusée, un spoutnik
pour visiter mon ciel étoilé
S’il te plaît, dessine moi un truc à moteur
un balai magique, une brosse électrique
une léche-frite pour viande embrochée
J’attends. Il n’y a plus rien à attendre et pourtant, j’attends. Peut-être que cela s’appelle l’espoir ? Un message dans le noir, une lumière dans les mots, une surbrillance dans ma nuit.
J’attends l’esprit tapageur qui ravage ma raison.
J’attends les saisons, celles des couleurs que l’on pose sur la joue, à la bordure des lèvres, à l’orée du cœur, à l’ombre d’une mémoire, repeinte, toute fraîche. Le pinceau coule encore…
J’attends une résurrection qui ne vient pas. Je n’attends même pas une rédemption. Juste un sursaut, une pulsation, une vraie. Pas juste un battement sourd et biologique, pas juste cet organe qui pompe le sang par habitude.
J’attends que l’on m’ôte le poids de l’absence. Cela pèse trop lourd sur le cœur. Il faudrait le faire dégorger pour le rendre plus léger, ponctionner le trop plein, distiller ce qui reste de vie.
Est-ce que je l’attends encore, celui qui tambourine à l’intérieur, caisse de résonance, vibration du corps, amplificateur de voix ?
Il faudrait arracher l’épiderme et écarter les chairs sous les côtes, inciser sans flancher, extraire et raccourcir, panser et recoudre. A quoi bon attendre, il est là, en moi, niché à cœur, bien caché, tapi sous la peau. Il surgit sans crier gare, toute griffes dehors, à l’assaut de mon cou dénoué, qu’il étrangle de sanglots.
J’attends qu’il sorte ou qu’il reste, qu’il disparaisse ou qu’il adhère, qu’il me parle ou qu’il se taise, qu’il me tue ou qu’il me vive. Est-ce que je sais ce que j’attends ?
J’attends l’abandon de la douleur.
J’attends le silence dans les veines et la neige sous la paupière.
J’attends l’hiver, la glace qui anesthésie les chairs, qui cautérise les plaies, qui emprisonne la peine, qui empêche les fleuves de couler.
J’attends le désert, sans un souffle, sans un heurt. J’attends le ciel nu, sans étoiles, sans feu, sans rêve, sans âme. J’attends juste une trêve.
Il n’était pas là l’instant d’avant et maintenant, il prend toute la place. Il occupe tout l’espace.
Il avait quitté ma tête un moment. Je respirais sereinement, regardant loin devant dans la lumière blanche d’après midi. Et je l’ai senti, brusquement, brutalement. Sa tête à l’orée de la trachée, heurtant, cognant à l’huis de ma gorge. Un étau si large, un écho si grand. Lui au fond de ma poitrine, les cheveux chatouillant mes profondeurs, les yeux d’une fixité mobile, roulant dans mes entrailles, sa voix emprisonnée dans ma cage thoracique, les dents cliquetant entre deux côtes. Je me suis mise à suffoquer. L’air ne passait plus. Ni les sanglots. Ni les mots. J’ai voulu crier, lui dire qu’il me tuait mais aucun son n’est sorti.
J’étouffe en silence. Comprimée, si pleine de lui, j’expire, j’explose de l’intérieur.
Le bleu ne fait pas de bruit. C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi, l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce, et se noie sans se rendre compte de rien.
Je crois en l’homme, cette ordure,
je crois en l’homme, ce fumier,
ce sable mouvant, cette eau morte ;
je crois en l’homme, ce tordu,
cette vessie de vanité ;
je crois en l’homme, cette pommade,
ce grelot, cette plume au vent,
ce boutefeu, ce fouille-merde ;
je crois en l’homme, ce lèche-sang.
Malgré tout ce qu’il a pu faire
de mortel et d’irréparable,
je crois en lui,
pour la sûreté de sa main,
pour son goût de la liberté,
pour le jeu de sa fantaisie,
pour son vertige devant l’étoile,
je crois en lui
pour le sel de son amitié,
pour l’eau de ses yeux, pour son rire,
pour son élan et ses faiblesses.
Je crois à tout jamais en lui
pour une main qui s’est tendue.
Pour un regard qui s’est offert.
Et puis surtout et avant tout
pour le simple accueil d’un berger.
Thomas descend les escaliers qui mènent à la Chambre des Amours. Un joli nom, très romantique pour une plage. A cette heure-ci, il n’y a pas grand monde. Une famille sur la droite, un couple à plusieurs dizaines de mètres et à gauche, tout près, une femme seule allongée sur les galets. Il rejoint stratégiquement ce maillot de bain noir que prolongent des cuisses galbées sous une croupe tentante. Cette anatomie lui plaît… A l’approche, les mollets ont l’air soyeux et les chevilles, si fines, attirent la main. Les siennes le démangent carrément. Mais Thomas n’a rien d’un dragueur, il est même très mauvais ; il ne compte plus les râteaux qu’il s’est pris… Dans l’immédiat, il se contente de poser sa serviette à quelques mètres et de se déshabiller un peu honteux de son corps-cachet d’aspirine. Il continue d’admirer sa voisine à la dérobée. Allongée sur le ventre, elle ne laisse rien voir de son visage, couvert d’une chevelure brune éparpillée par le vent. Sa respiration est régulière, elle semble assoupie. Thomas se dit qu’il a tout le temps. Il se lève et s’élance vers le rivage. Le jeune homme redevient l’enfant sautant dans les vagues, s’éclaboussant et plongeant dans l’eau fraîche. Sa tête ressort hirsute et il s’ébroue comme un chien sans prêter attention à la femme qui s’est levée à son tour. Elle sourit devant ces manifestations enfantines contrastant avec un corps d’homme vigoureux. Elle le détaille derrière ses lunettes de soleil, étudie les membres… » Perle Vallens
Une rencontre « hot » sur fond d’Atlantique pour l’appel à texte Wyylde/B-Sensory « sex on the beach ».
Retrouvez L’inconnue de la chambre des Amours sur le site B-Sensory.