7 octobre échangerais trajet aller-retour contre possibilité incessante de se dire les choses déchirer ce qui a été cacheté il y a longtemps l’échéance ne dure qu’un laps de temps ce qu’un espace trop grand ne sait combler mais que la durée du voyage prolonge échangerais un manque de précision entre hier et aujourd’hui contre un baiser PV
9 octobre L’oiseau né sans ailes n’a d’autre choix que de tomber du nid PV
10 octobre grincheuse ta langue grince ses gonds de mots mal huilés tu devrais la déshabiller nue elle saurait seule trouver cette justesse qui t’échappe PV
11 octobre Chant du cygne ou de l’aigle A chacun sa déchéance sa chute de l’héraldique L’arbre généalogique a perdu toutes ses plumes PV
Ce que j’ai photographié. La petite enfance, l’adolescence. Ce que je ne photographierai peut-être pas. L’âge de femme ou de mère, la vieillesse. Ce que j’ai photographié. Les gros plans du visage, l’œil, le nez, la bouche, jusqu’à l’appareil dentaire, les moues, les mimiques. Aussi la chevelure ramassée ou celle qui danse, qui lance ses longs filaments dans l’air, la nuque toujours émouvante dans sa pliure, le cou dans son essor, le glissement du soir sur la clavicule. Et photographiées en pied, de face, de dos, s’approchant, les bras le long du corps, la main levée, saisissant ou montrant le chemin. La main, les ongles, longs de menace, et le poignet se cassant, et le coude replié. Personnage partiel ou entier devant l’objectif n’est pas personnage, mais mon propre sang qui pulse à la veine.
Ici, la pose est sienne, son idée, son désir. La mise en valeur de sa chevelure. Depuis qu’elle pose pour moi, elle s’affirme, pleine, entière acceptation de son corps, de son être, elle devient ce qu’elle est. Cette photographie est emblématique, exemplaire de ce qui se vit avec elle de création artistique. Le déclencheur est à dimension double. Elle sait donner le tempo. Elle sait guider la photographie, elle a acquis cette sensibilité. Ce qui se joue de part et d’autre de l’appareil, ce qui se noue entre elle et moi, ce qui se répond d’instinct.
Plongée, contre-plongée, qui impose au modèle et au photographe postures acrobatiques. Toutes les possibilités qu’offre leur corps. Toutes les torsions, les sauts, les arabesques, les étirements. Toutes les contorsions possibles. Allongées, accroupies, droites ou courbées, salies de sable ou d’encre, de terre, d’ocre, embellies de fleurs, traînant dans la poussière. Ce qui se dit faire corps. Avec les éléments, les paysages. Voltiges et vertiges. Et encore la silhouette au loin. Jour ou nuit, couleur ou noir et blanc, nettes ou floues dans leur course ou leur immobilité. Des centaines de photos, celles qu’on hésite à jeter à cause d’un regard, d’un geste, d’une émotion qu’on ne saura pas retranscrire.
Celle-ci n’est pas ma préférée (techniquement mauvaise, mal réglée) mais c’est une des siennes, celle qui tisse ses secrets dans l’absolu de la danse, c’est par tendresse que je la choisis, elle plus qu’une autre, ce qui naît dans la complicité et la demande par elle formulée d’être immortalisée dans les postures qu’elle affectionne. C’est par amour seulement que je la choisis. Signe le mouvement dans le flou même, l’extension du corps, l’effort, le muscle bandé, la légèreté, la souplesse, l’embellie dans le soir tombé. Ma dancing queen, la bien nommée.
Les gouttes d’eau sur l’épaule, les ombres d’un feuillage sur un dos, un flottement, une impression fugace, l’imperceptible de la lumière fuyante sur un morceau de buste ou sur un pied sur lequel on aurait zoomé. Un pied qui s’avance. Un pied qui découvre, va à la rencontre de la vie. Qui s’abîme au contact (pied pédillé ou pointe de danseuse). Ajuste la focale dans sa fixité même sur le mouvement. Réglages compris, cadrage au plus près. L’extrême proche de la peau, presque à la toucher, à la sentir. L’impalpable chair de ma chair qui s’ancre numérique, déployée, sensible, distanciée et pourtant présente, offerte dans cet instant qui fut. L’instant pulse son image, est une caresse, une pensée douce, un souvenir, une trace pour se souvenir. L’intime se compte en pixels, des milliers pour retracer la joie. Celle d’un sourire, d’un espace parcouru seule ou à deux. Là où mon œil les couve, là où je les niche, au creux de mon appareil-photo, qui bat sur ma poitrine, tout près du cœur.
Celle-là, son abandon dans le plein soleil d’août, un balayage doux, une caresse. Elle tire sa force du rocher sur lequel elle repose, ses humeurs de pierre, ses joies de pure lumière, fille d’eau croît mieux en pleine nature. Se laisse manger par l’ombre et régurgiter par le rayonnement, née à elle-même chaque jour dans la nuit totale comme dans la clarté renouvelée du jour.
M’en voudront-elles ? L’impossible mère-photographe, les poses improbables, les longueurs, les courbatures, les lassitudes, les impatiences. Pourtant, c’est là que se tisse un lien plus serré entre elles et moi, les inclure dans ce qui importe, ce qui est cher. C’est histoire de transmission et de partage, c’est histoire de se raconter des histoires. Se maintenir en équilibre entre l’imaginaire et le réel. C’est un jeu de funambules, elles, moi, au-dessus des mêlées du monde. Perle Vallens
soleil péroxydé ploie descend en rase motte se pense oiseau de proie à cuire toutes les ailes à nous brûler vifs
planche de salut ressemble comme une sœur au supplice de la cale coulée d’aplomb de l’océan son infini de bleus la profondeur de l’œil nous tourbillonne aiguillonne son à-pic
grandes brassées ou embrassades la caresse nous appuie la tête la maintient enfoncée sous l’eau épicentre pile du baptême ou de la noyade Perle Vallens
si ce matin tout roule si tout contribue à la légèreté apparente de l’air tout gambade galope et roucoule on ne peut qu’applaudir à chaque enjambée d’une souplesse animale qui bouge avec cette lenteur calculée d’un ralenti plein de douceur tout le monde semble nager et c’est dans la fluidité du courant que la quiétude nous appelle alors pile au moment où nous nous pensions un peu triste Perle Vallens
pure et féconde (d’aucuns disent chaste) mais désirante pourvoyeuse l’abeille pour sa colonie glane denrées célestes le lait et le miel paradisiaques laborieuse l’abeille travaille plus que 35 heures présente au monde comme l’homme s’en accommode mais pas des hydrocarbures pas des métaux lourds qui pèsent sur ses conditions de butinage de stockage des ressources le meilleur et le pire que la cire accumule ubiquiste l’abeille quand son baiser se pose partout à la fois mais ne brise de ses mandibules aucune mer gelée Perle Vallens
le temps passé seule à renforcer le muscle du désir la fabrique des histoires qu’on s’invente à l’inspire on bloque la respiration on expulse un reste de libido qui s’évapore dans l’air dans l’ordre des choses dans l’agencement de quelle hypothétique sagesse ce mur hissé trop haut pour le franchir tant de briques qu’on rêve d’abattre à nos jeux de chamboule-moi qui me tenait lieu de drogue chavirée chancelante (ne lâche pas ma main) j’écris en écho au mythe du premier baiser Perle Vallens