Inktober·photo couleur·poésie·prose

Inktober 2022 (5 par 5, 3)

12 octobre
Don’t you forget about me 
Vieille chanson vintage
défile sur mon smartphone
pour faire rimer Instagram
avec mélancolie
Dans forget il y a get
Il y a get laid et get in touch
Il y a aussi get rid of
Guess what I prefer
Sûrement pas que tu m’oublies
que tu me passes aux oubliettes de ta vie
Je suis un esprit simple mais pas simpliste
parfois juste un peu autiste dans mes addictions
je me répète en boucle
Don’t you forget about me
PV

13 octobre
c’est très gentil à toi merci vraiment gentil je te remercie encore tu es très gentil merci-merci-merci je ne te remercierais jamais assez tu es la gentillesse incarnée gentillesse personnifiée jamais croisé quelqu’un d’aussi gentil thanks a lot my dearest friend so kind of you t’ai-je déjà dit à quel point je te trouvais gentil vraiment trop gentil A-DO-RABLE
PV

14 octobre
Muscle lâche.      D’un coup sec.
Sa reliure défilée.      S’offre définitive.
Le long de l’ossature.       S’effiloche.
Les chairs s’en détachent.      Déchirées.
Roule et pousse l’os.    Comme caillou.
A vide.
PV

15 octobre
Les tatous ne vivent pas dans les grandes villes. Il arrive qu’ils s’y égarent mais ils préféreraient être ailleurs.
Ils ne prennent pas le métro. Ils ne portent pas des sneakers en cuir souple et à coussin d’air placé au niveau du talon. Ils ne jouent pas au basket-ball. Jouent-ils ?

Ils ne boivent pas de sodas, ne mangent pas des sandwiches chauds et gras dans des fast-foods. Ils ne s’alcoolisent pas, ne se droguent pas, ne crachent pas leur tripes au sol. Ils ne sont pas en manque et ne se cachent pas pour suer leur misère. Ils se cachent pour échapper aux prédateurs.

Ils ne dorment pas la nuit dans des chambres d’hôtel miteux. Ils ne se réveillent pas dans une marre de vomi. Ils ne zonent pas dans des ruelles mal éclairées. Ils n’abusent pas de lames coupantes sur leurs congénères. Ils se méfient de tout et poussent des cris stridents à notre approche.
Les tatous ne vivent pas dans les grandes villes.
PV

16 octobre
volaille ou valetaille
qui nous prend pour des perdreaux de l’année
coqs de basse-cour de basse extraction
d’exaction de vilenie mieux vaut
revendiquer sa cruauté
que de s’en cacher
PV

Inktober·photo couleur·photo-poème·poésie

Inktober 2022 (5 par 5, 2)

7 octobre
échangerais trajet aller-retour contre
possibilité incessante de se dire les choses
déchirer ce qui a été cacheté il y a longtemps
l’échéance ne dure qu’un laps de temps
ce qu’un espace trop grand ne sait combler
mais que la durée du voyage prolonge
échangerais un manque de précision
entre hier et aujourd’hui contre
un baiser
PV

9 octobre
L’oiseau né sans ailes
n’a d’autre choix
que de tomber du nid
PV

10 octobre
grincheuse ta langue grince
ses gonds de mots mal huilés 
tu devrais la déshabiller
nue elle saurait seule trouver
cette justesse qui t’échappe
PV

11 octobre
Chant du cygne ou de l’aigle 
A chacun sa déchéance 
sa chute de l’héraldique
L’arbre généalogique a perdu
toutes ses plumes 
PV

atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·photo n&b·prose

Elles (Photofiction #2)

Ce que j’ai photographié. La petite enfance, l’adolescence. Ce que je ne photographierai peut-être pas. L’âge de femme ou de mère, la vieillesse.
Ce que j’ai photographié. Les gros plans du visage, l’œil, le nez, la bouche, jusqu’à l’appareil dentaire, les moues, les mimiques. Aussi la chevelure ramassée ou celle qui danse, qui lance ses longs filaments dans l’air, la nuque toujours émouvante dans sa pliure, le cou dans son essor, le glissement du soir sur la clavicule.
Et photographiées en pied, de face, de dos, s’approchant, les bras le long du corps, la main levée, saisissant ou montrant le chemin. La main, les ongles, longs de menace, et le poignet se cassant, et le coude replié. Personnage partiel ou entier devant l’objectif n’est pas personnage, mais mon propre sang qui pulse à la veine.

Ici, la pose est sienne, son idée, son désir. La mise en valeur de sa chevelure. Depuis qu’elle pose pour moi, elle s’affirme, pleine, entière acceptation de son corps, de son être, elle devient ce qu’elle est. Cette photographie est emblématique, exemplaire de ce qui se vit avec elle de création artistique. Le déclencheur est à dimension double. Elle sait donner le tempo. Elle sait guider la photographie, elle a acquis cette sensibilité. Ce qui se joue de part et d’autre de l’appareil, ce qui se noue entre elle et moi, ce qui se répond d’instinct.

Plongée, contre-plongée, qui impose au modèle et au photographe postures acrobatiques. Toutes les possibilités qu’offre leur corps. Toutes les torsions, les sauts, les arabesques, les étirements. Toutes les contorsions possibles. Allongées, accroupies, droites ou courbées, salies de sable ou d’encre, de terre, d’ocre, embellies de fleurs, traînant dans la poussière. Ce qui se dit faire corps. Avec les éléments, les paysages. Voltiges et vertiges. Et encore la silhouette au loin.
Jour ou nuit, couleur ou noir et blanc, nettes ou floues dans leur course ou leur immobilité. Des centaines de photos, celles qu’on hésite à jeter à cause d’un regard, d’un geste, d’une émotion qu’on ne saura pas retranscrire.

Celle-ci n’est pas ma préférée (techniquement mauvaise, mal réglée) mais c’est une des siennes, celle qui tisse ses secrets dans l’absolu de la danse, c’est par tendresse que je la choisis, elle plus qu’une autre, ce qui naît dans la complicité et la demande par elle formulée d’être immortalisée dans les postures qu’elle affectionne. C’est par amour seulement que je la choisis.
Signe le mouvement dans le flou même, l’extension du corps, l’effort, le muscle bandé, la légèreté, la souplesse, l’embellie dans le soir tombé. Ma dancing queen, la bien nommée.


Les gouttes d’eau sur l’épaule, les ombres d’un feuillage sur un dos, un flottement, une impression fugace, l’imperceptible de la lumière fuyante sur un morceau de buste ou sur un pied sur lequel on aurait zoomé. Un pied qui s’avance. Un pied qui découvre, va à la rencontre de la vie. Qui s’abîme au contact (pied pédillé ou pointe de danseuse).
Ajuste la focale dans sa fixité même sur le mouvement. Réglages compris, cadrage au plus près. L’extrême proche de la peau, presque à la toucher, à la sentir.
L’impalpable chair de ma chair qui s’ancre numérique, déployée, sensible, distanciée et pourtant présente, offerte dans cet instant qui fut. L’instant pulse son image, est une caresse, une pensée douce, un souvenir, une trace pour se souvenir.
L’intime se compte en pixels, des milliers pour retracer la joie. Celle d’un sourire, d’un espace parcouru seule ou à deux. Là où mon œil les couve, là où je les niche, au creux de mon appareil-photo, qui bat sur ma poitrine, tout près du cœur.

Celle-là, son abandon dans le plein soleil d’août, un balayage doux, une caresse. Elle tire sa force du rocher sur lequel elle repose, ses humeurs de pierre, ses joies de pure lumière, fille d’eau croît mieux en pleine nature. Se laisse manger par l’ombre et régurgiter par le rayonnement, née à elle-même chaque jour dans la nuit totale comme dans la clarté renouvelée du jour.

M’en voudront-elles ? L’impossible mère-photographe, les poses improbables, les longueurs, les courbatures, les lassitudes, les impatiences.
Pourtant, c’est là que se tisse un lien plus serré entre elles et moi, les inclure dans ce qui importe, ce qui est cher. C’est histoire de transmission et de partage, c’est histoire de se raconter des histoires. Se maintenir en équilibre entre l’imaginaire et le réel. C’est un jeu de funambules, elles, moi, au-dessus des mêlées du monde.
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Oiseau de proie

soleil péroxydé ploie 
descend en rase motte
se pense oiseau de proie
à cuire toutes les ailes
à nous brûler vifs

planche de salut ressemble 
comme une sœur au supplice de la cale
coulée d’aplomb de l’océan son infini de bleus
la profondeur de l’œil nous tourbillonne
aiguillonne son à-pic

grandes brassées ou embrassades
la caresse nous appuie la tête
la maintient enfoncée sous l’eau
épicentre pile du baptême
ou de la noyade
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Ce matin

mod. Aaron

si ce matin tout roule
si tout contribue à la légèreté apparente
de l’air
tout gambade galope et roucoule
on ne peut qu’applaudir à chaque
enjambée d’une souplesse animale qui bouge
avec cette lenteur calculée d’un ralenti
plein de douceur
tout le monde semble nager
et c’est dans la fluidité du courant
que la quiétude nous appelle alors
pile au moment où nous nous
pensions un peu triste
Perle Vallens

photo couleur·poésie

bee B[a]P a lulla[by]

pure et féconde
(d’aucuns disent chaste)
mais désirante
pourvoyeuse l’abeille
pour sa colonie glane
denrées célestes
le lait et le miel paradisiaques
laborieuse l’abeille
travaille plus que 35 heures
présente au monde comme
l’homme s’en accommode
mais pas des hydrocarbures
pas des métaux lourds qui pèsent
sur ses conditions de butinage
de stockage des ressources
le meilleur et le pire que la cire
accumule
ubiquiste l’abeille
quand son baiser se pose
partout à la fois
mais ne brise de ses mandibules
aucune mer gelée
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Chamboule-moi

le temps passé 
seule
à renforcer le muscle du désir 
la fabrique des histoires qu’on s’invente 
à l’inspire on bloque la respiration 
on expulse un reste de libido qui
s’évapore dans l’air dans l’ordre des choses 
dans l’agencement de quelle hypothétique sagesse 
ce mur hissé trop haut pour le franchir
tant de briques qu’on rêve d’abattre 
à nos jeux de chamboule-moi
qui me tenait lieu de drogue
chavirée chancelante 
(ne lâche pas ma main) 
j’écris en écho au mythe 
du premier baiser 
Perle Vallens