atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Qui sait ce qui

Ce qui bruisse
ce qui passe devant tes yeux
ce qui te traverse ce qui s’espace 
ce qui danse dans l’instant
ce qui s’obstine dans l’ombre
ne souhaite pas se dévoiler entièrement
reste une issue possible
laisse une trace en suspens
dont on ne sait par quel bout la prendre
ce bout du bout cette extrémité ultime
ne cesse de montrer son nez

D’instinct on la repousse
on prend ses distances 
on prend des dispositions 
on adopte des mesures drastiques 
L’espoir perdure dans ce qui te lève la tête
dans ce qui te lave le cœur

Rien ne se délaisse durablement 
dans nos entreprises de délestage
rien ne se met à la casse qui ne revienne
en pleine face façon boomerang
ce qui s’encrasse durablement dans nos mécaniques instables dans nos masses tectoniques
est du ressort des circonstances
non atténuantes puisque en connaissance de cause

Nous passons un temps infini de flottaison
à éviter ce qui tombe en pluie 
qui nous atteint par capillarité 
nous étreint dans une caresse 
qui confine à la noyade
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

La bête à l’intérieur

J’écrivais des berceuses pour ne pas tomber
dans les hurlements
pour ne pas trahir la bête que je nourris
jour après jour
qui pose en souriant et me mord au sang
l’instant d’après
les images retiennent leur souffle
c’est l’obturateur qui empêche
ce noir total avant disparition
souvent je me perds en chemin
souvent je me suicide à petit feu
je marche et je me noie
dans mon propre vide
c’est seulement pour faire taire la bête
pour la décimer avant qu’elle ne me décime
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Vie en vigne

Vendanges
Ils sont par grappe, les hommes et leur panier, les femmes et leur sécateur. Ils sont par grappe et coupent et perdent le fil des conversations. Absorbés par la vigne. Des rangs dansent dans leurs pensées, des rangées comme rames de train. Le soleil tape. Casquette vissée. Passer sous silence l’épuisement et le dos cassé. Poursuivre jusqu’à la fin de la journée. A la fin, les mains noires. C’est le grenache, sais-tu, qui colore autant mes journées.

Vinification
Ils ont retroussé leurs manches, ils ont engrangés les vendanges. Ils ont pressé jusqu’à ce que sorte le jus, dru. Eclaboussant rouge vif. Perles sur les mains. Jusqu’aux avant-bras la teinte, pelliculée, peaux de vin en devenir.
La fermentation émet des sons jusque dans mes rêves, des bulles, des micro-explosions. Si dors, pense à la cuve demain.

Pigeage
Déverse, déplisse ses peaux, recouvre son chapeau. C’est le geste de ratisser. Moût en surface, en suspension. Puis la plongée en pluie rougie, pelage frais du raisin, tant de baies dans la béance des cuves. Il faudra de la force pour l’enfoncer dans cette obscuristé creusée. J’y gagne du muscle ce que j’y perds en notion du jour.
©Perle Vallens

Inktober·photo couleur·photo n&b·poésie

Inktober 2021, 5 par 5 (7)

27 Ce qui sourd de moi quand je rêve de toi
ce qui s’ouvre aux vents serait une rafale
tu sais la bourrasque qui emporte
les restes de nous
(si nous il y a eu)
ce qui tempête encore à l’intérieur
ce qui brûle ce qui brille
on dirait des lucioles
leurs étincelles encore vives
sous la paupière
avant extinction totale
©Perle Vallens

28 la langue frise
son effusion de mots
croustillant sous les crocs
affamés voraces pressés
de mâcher de recracher
comme appris par cœur
si crus qu’ils craquent aux coutures
lâchent leur nudité de mots malotrus
de mots sales indécents
que la langue fricote avec délice
©Perle Vallens

29 Il y a au-dessus de ce rêve
de lave séchée de cette parcelle en friches
la partie immergée du volcan
qui menace sans cesse
d’explosion imminente
entre cendres et scories
un reste de braises
©Perle Vallens

30 L’obscurité coule noire
saoule de sa propre nuit
se répand en nappes d’huile
en glue moite en quête d’un reste
de lumière d’un semblant d’étoile
glisse sur le bitume
traverse en douce
son âme de pétroleuse
©Perle Vallens

31 Pas d’impact, pas d’affect.
Chacun conduit ses petites affaires comme on conduit un train avec risque de déraillement possible.
Chacun mène sa barque avec agitations passagères sans se soucier des sillons voisins.
On trace des parallèles qui ne se croisent pas. Il y a des cercles vains et des routes qui tournent en rond. Le pied peine à suivre les pistes, il préfère les orgies de verdure des chemins en friche.
©Perle Vallens

C’est la fin pour Inktober words 2021. Rendez-vous sans doute en 2022…

photo couleur·poésie

contrebande

sentiment clandestin 
son labyrinthe secret
son laboratoire monstrueux 
son trafic llicite ne perce pas les mains 

sentiment souterrain 
c’est sans savoir que l’on s’y avance 
ce jet de corps ne se perd pas en chemin 
bien caché dans le regard pirate borgne
de l’autre côté du cœur 

ne regarde que d’un œil
et avec circonspection 
ce grand champs laissé en friches du désir 
qui dort de son sommeil éveillé
dans son enclos d’agneau sans loup

passé ni vu ni connu 
ce sentiment de contrebande 
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Le ciel fait silence

Le ciel de gravats ne parle pas
fait la gueule faut croire
fait la grève
se déglingue sans rien dire
se désagrège tout doucement
sonnerait son propre glas
tombe bas d’épaule sur mon dos
des aigreurs de bile
un ton grave un air morne
aucune récolte à la clé
aucun éclair blanc
aucun cri porté par le vent
dans la voûte haute
aucun orage à déclarer
à ses frontières ni en dehors
calme plat dans ses entrées
triste à pleurer qu’il ne pleure pas

Le ciel a choisi la saison muette
a rangé ses miettes sous la nappe
a balayé devant sa porte
a traversé sans regarder
sans m’adresser la parole
aucune prière n’a été prononcée
à l’heure des promesses
aucun petit profit
aucun premier baiser
aucune prison ouverte
il garde toutes ses fenêtres
fermées son noir de grimace
tout ce gris d’avance la poussière
parsemée sur ma tête brûlée
rien ne passe d’encre de fuite
entre mes bras ma faute se lit
dans le plus sombre des lits
de rivière morte

Toi tu le sais,
le ciel fait silence
©Perle Vallens

corps·photo couleur·poésie

coeur nu

je suis la ligne du cœur
le pli en plein milieu
les pointillés détissés
je suis la découpe des liens
la cicatrice la signature
ce nom qui tiraille
une salaison au soufre
brûle jusqu’aux lèvres
si on le prononce
je suis le poids intercostal
la pointe nue de l’organe
qui a mangé la langue
qui a mâché la chair
qui l’a digérée jusqu’à sclérose
jusqu’à disparition progressive
je suis la face externe
du ventricule le viscère noir
fraîchement vidé de ses épines
génétiquement programmé
pour battre encore
je suis ce muscle débraillé
impudique dévasté
j’écarquille ce roc fendu
j’écarte chaque pan d’hier
tiré pour l’en couvrir
j’arrache chaque grillage des côtes
qui l’empêcherait de tenir seul droit
ce jour où il reposera dans ma main
©Perle Vallens

montage photo·Non classé·photo couleur·poésie

Jamais les mots

jamais les mots séchés
sur le fil des conversations
jamais les mots ne franchissent vraiment
jamais ne s’acharnent plus loin que nécessaire
se voient dépareillés déshabillés pleine désolation
jamais ne naviguent au-delà préfèrent se noyer
toujours tremblent leur balbutiement
trempent comme soupe en bouche
pâtes-lettres d’étrille entre quatre dents
trop sans chanter ou dire leur fait
feraient tache dans leur acharnement
feraient jaser sur le très rouge de la langue
flamme nue en plongée dans les yeux
les mots s’y noient en jet de pierre
ricochent encore leur bruit de gorge
la trancheront bien proprement dans le sens du désir
si le tranchant des phrases bien aiguisé
si leur chant court à la corde
vocalisent d’été baisent dévoreraient pleines lèvres
puis épuisés mordus décimés si disette
si amnésie minute avant amoncellement
si excision déforme l’angle d’attaque
défibrille le tissu laryngé sa densité basse
qui saigne déjà d’encre abondance
traces possibles de flux inversé
qu’on appellerait romance
monceaux de mots s’entassent atones
essoufflés leurs spasmes à peine passage frayé
décharge personnelle de mots-détritus
espacement insuffisant pour protéger
l’avancée valse par valse ou déjouer la danse
à moins d’un prodige
©Perle Vallens