photo couleur·poésie

motif favori

motif favori
le vent nous dit de nous abaisser
pour mieux voir d’en bas
les bras devenus buissons
devenus lambeaux durs
devenus tentatives de naufrage
une brutalité d’ouverture pour embrasser le ciel
une perspective de plus dans le ruissellement
motif à repeindre aux couleurs qui ne mènent nulle part
motif à préférer la lumière d’orage
à friser la mélancolie
à rafler toutes les mises
finalement
motif à refleurir
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo couleur·poésie·prose

Comme si, mes mains

Comme si la lumière naissait dans mes mains
Comme si la chaleur allongeait le pas sous les miens
Comme si la caresse du soleil soudain s’impatientait

Comme si chaque silence me poussait entre les lignes de vie comme un arbre
Comme si le vent soufflait sur mes feuillages pour y voir de la vie
Comme si chaque pensée passait d’une main à l’autre, un tressaillement dans les branchages

Comme si chaque chose était à sa place au bout de mes doigts
Comme si chaque image à toucher y trouvait son juste révélateur
Comme si chaque parole déjà bue revenait naître dans mes mains

Comme si dans le creux de mes paumes pouvait surgir une source
Comme si tu pouvais y boire comme un animal sans peur
Comme si ta langue léchait mes mains d’une soif oubliée

Comme si chaque sensation volait une part de moi pour la distribuer
Comme si tu pouvais saisir au vol chaque parcelle de ma peau
Comme si tu pouvais faire tien chaque énoncé de mes ongles

Comme si ton visage apparaissait ici juste entre mes deux bras d’appelante
Comme si l’invoquant de mes mains il était là l’instant d’après
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·prose

Borne kilométrique

On ne sait quelle latitude atteindre, ni quelle longitude
Je n’ai pas la bonne application
Je m’en tiens aux bornes sur la route pour m’indiquer la bonne direction
celle des cimes
et le temps estimé qu’il reste à parcourir

Aucun autre fuseau horaire
que celui dans lequel on se glisse
arrivé au sommet 

L’imprécision convient à la route en lacets, aux circonvolutions, aux incertitudes
Et à une vue dégagée par grand soleil
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo couleur·poésie

Où est-elle la vie ?

Où est-elle la vie
qui surgit à l’improviste
derrière toutes nos portes

Où est-elle la vie
qui sème ses graines
de désir et de force

Où est elle la vie
qui ouvre en grand
les barrières des chemins

Où est-elle la vie
qui nous aspire
et nous serre dans ses bras

Où est-elle la vie
qui nous promet
tant de ciels

Où est-elle la vie
qui nous renverse
et nous secoue

Où est-elle la vie
qui nous aspire
dans son tourbillon

Où est-elle la vie
qui a quitté ma peau
qui déserte mon corps

Où est-elle la vie
qui dit quand
elle reviendra
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·recueil

Le cri des fleurs

Le sec cassant de la tige
sèche d’avoir tant manqué
vidée de substrat
exsangue de sa douceur
ce velours qui fait que la fleur
se balance d’avant en arrière
berçante indolence
de sentir le vent jusque
dans ses nervures
ces bulles d’air qui éclatent
et que tu ne vois pas
ces vibrations dans ses tissus
cette souffrance et ce cri
que tu n’entends pas
tu ne sais pas toi que la douleur
de la plante se classe entre
« sec, coupé, intact »
tu ne sais pas que le sol geint aussi
par empathie
au passage tu écrases une tige de plus
et sa colonie de fourmis
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

Aube

L’aube détachée en lambeau
un bandeau aux cheveux
l’aube desserrée en lien lâche
d’immensité patiente
lentement montée
si hissé les couleurs
en ouverture le ciel de mèche
avec mes cheveux
haut de crâne à découvert

danse du vent
sa frange invisible du dehors
remâche les dedans
toutes créatures confondues
à redresser les mentons
à se lever d’un même allant
à recracher la boule de noir
avalée cette nuit
©Perle Vallens