soulever la terre lente
au sortir du caveau
écoper les pierres
charrier la lourdeur
tombée en poussières sur les épaules
se frayer un passage
entre les voies possibles
on ne compte que sur soi pour
choisir la meilleure
on tremble dans nos propres mains et
dans les peurs croisées au détour
des murmures sur les bouches
©Perle Vallens
Catégorie : photo couleur
Femme-brasier

Chair tiède autour
une torche faite femme
brûle depuis l’intérieur
faite brasier ou soleil
par temps de lune
une brume chaude à envahir
les désirs froids
©Perle Vallens
motif favori

motif favori
le vent nous dit de nous abaisser
pour mieux voir d’en bas
les bras devenus buissons
devenus lambeaux durs
devenus tentatives de naufrage
une brutalité d’ouverture pour embrasser le ciel
une perspective de plus dans le ruissellement
motif à repeindre aux couleurs qui ne mènent nulle part
motif à préférer la lumière d’orage
à friser la mélancolie
à rafler toutes les mises
finalement
motif à refleurir
©Perle Vallens
Ménade

déborde ménade
bois ce qu’il reste à boire
tes vertus se purgent
dans la forme quotidienne du ventre
dans le volume gonflé du sang
dans la forme verticale du corps
déjà passé par trépas plusieurs fois
tu t’en fous il te reste neuf vies
©Perle Vallens
Bien dégagé autour

coupe courte
bien dégagée autour de l’os
il n’y a pas à pousser
pour tout faire entrer dans la boîte
tout replier dans le bon sens
le supposé des choses
si les tripes dépassent
c’est qu’il reste sans doute
un peu de vie
©Perle Vallens
Comme si, mes mains

Comme si la lumière naissait dans mes mains
Comme si la chaleur allongeait le pas sous les miens
Comme si la caresse du soleil soudain s’impatientait
Comme si chaque silence me poussait entre les lignes de vie comme un arbre
Comme si le vent soufflait sur mes feuillages pour y voir de la vie
Comme si chaque pensée passait d’une main à l’autre, un tressaillement dans les branchages
Comme si chaque chose était à sa place au bout de mes doigts
Comme si chaque image à toucher y trouvait son juste révélateur
Comme si chaque parole déjà bue revenait naître dans mes mains
Comme si dans le creux de mes paumes pouvait surgir une source
Comme si tu pouvais y boire comme un animal sans peur
Comme si ta langue léchait mes mains d’une soif oubliée
Comme si chaque sensation volait une part de moi pour la distribuer
Comme si tu pouvais saisir au vol chaque parcelle de ma peau
Comme si tu pouvais faire tien chaque énoncé de mes ongles
Comme si ton visage apparaissait ici juste entre mes deux bras d’appelante
Comme si l’invoquant de mes mains il était là l’instant d’après
©Perle Vallens
Borne kilométrique

On ne sait quelle latitude atteindre, ni quelle longitude
Je n’ai pas la bonne application
Je m’en tiens aux bornes sur la route pour m’indiquer la bonne direction
celle des cimes
et le temps estimé qu’il reste à parcourir
Aucun autre fuseau horaire
que celui dans lequel on se glisse
arrivé au sommet
L’imprécision convient à la route en lacets, aux circonvolutions, aux incertitudes
Et à une vue dégagée par grand soleil
©Perle Vallens
Où est-elle la vie ?

Où est-elle la vie
qui surgit à l’improviste
derrière toutes nos portes
Où est-elle la vie
qui sème ses graines
de désir et de force
Où est elle la vie
qui ouvre en grand
les barrières des chemins
Où est-elle la vie
qui nous aspire
et nous serre dans ses bras
Où est-elle la vie
qui nous promet
tant de ciels
Où est-elle la vie
qui nous renverse
et nous secoue
Où est-elle la vie
qui nous aspire
dans son tourbillon
Où est-elle la vie
qui a quitté ma peau
qui déserte mon corps
Où est-elle la vie
qui dit quand
elle reviendra
©Perle Vallens
Le cri des fleurs

Le sec cassant de la tige
sèche d’avoir tant manqué
vidée de substrat
exsangue de sa douceur
ce velours qui fait que la fleur
se balance d’avant en arrière
berçante indolence
de sentir le vent jusque
dans ses nervures
ces bulles d’air qui éclatent
et que tu ne vois pas
ces vibrations dans ses tissus
cette souffrance et ce cri
que tu n’entends pas
tu ne sais pas toi que la douleur
de la plante se classe entre
« sec, coupé, intact »
tu ne sais pas que le sol geint aussi
par empathie
au passage tu écrases une tige de plus
et sa colonie de fourmis
©Perle Vallens
Aube

L’aube détachée en lambeau
un bandeau aux cheveux
l’aube desserrée en lien lâche
d’immensité patiente
lentement montée
si hissé les couleurs
en ouverture le ciel de mèche
avec mes cheveux
haut de crâne à découvert
danse du vent
sa frange invisible du dehors
remâche les dedans
toutes créatures confondues
à redresser les mentons
à se lever d’un même allant
à recracher la boule de noir
avalée cette nuit
©Perle Vallens
