photo couleur·poésie·prose

Marche

Je marche et la nuit marche avec moi.
Je marche dans l’ombre des lits profonds.
Je marche le long de ma chevelure.
Je marche au centre de mon propre reflet sans m’y retrouver.
Je marche suspendue à ma perte de repères.
Je marche eu cœur des labyrinthes et des belles aventures.
Je marche en équilibre sur tant de rêves qui se chevauchent.
Je marche sans y voir à trois mètres.
Je marche au-dessus des gouffres et parfois je tombe.
Je me relève alors et je marche encore.
©Perle Vallens

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Non conforme

Le document est non conforme.
Le premier paragraphe est illisible. Le deuxième paragraphe est raturé. Le troisième paragraphe est irrégulier. 
La signature est effacée. Paraphez ici et là, la pièce b est manquante. La pièce c est mal calibrée. La pièce d est falsifiée. 
Le document est non valide. Ne répond pas à la norme. État civil incertain. 
En cas de prescription, vous devez vous présenter au premier guichet venu. Vous devez rectifier l’original et déposer tout justificatif requis. Vous devez suivre le bon fonctionnement des usages, vous devez confirmer votre nom, vous devez vous conformer à la bonne procédure, aux procès d’intention, aux processus d’auto-identification.
Veuillez présenter toute pièce comptable de vos faits et gestes, toute pièce jointe en partage d’expériences, toute pièce rapportée en monnaie d’échange, en gestes répétitifs pour assurer la transmission.
Veuillez vous abstenir de toute pièce vitale, vous astreindre au strict nécessaire. Tout excès proscrit, tout plaisir classé superflu. Tout accès à la vraie vie vous est désormais interdit.
En l’absence de certification, vous ne pouvez pas vous présenter. En l’absence d’identité reconnue, vous n’existez pas.
Dispersion dans le vent d’un état civil non prouvé, d’une attestation non certifiée. Tout âge et tout nom abolis.
Une photo ne suffit pas à faire une identité. Mais trouver en soi l’affrontement, la force, les failles, creuser dans les profondeurs. Mais trouver le ciel et la terre. Et la multitude.
©Perle Vallens

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Scintillement

Chassée, chérie, ployée, je m’y emploie mais j’ignore, je ne sais plus. Je m’y essaye, je m’y assois. Je m’y suis essoufflée, ralentie, avec mes bras trop courts, à pendre par la fenêtre, à perdre même les mains. A perdre conscience, à s’assembler, à se disperser dans la voix qui revient en rafales. Le rebours est retors, à réhabiliter les nuits et les jours. L’amorce de plus, un semblant, un sursaut, et passent et repassent à la suite les images. Un scintillement serait à bonne distance, un enracinement, une renaissance.
©Perle Vallens

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Brûler le givre

Nul alignement mais éparpillement du regard. Où l’oeil se courbe.

La lumière brûle le givre. Elle le ronge à sa première occasion matinale. Elle traverse le vivant, c’est sa raison d’être.

La lumière rue, tire à vue, vire au rose, solarise, explose, exulte. C’est là qu’elle trouve sa pleine page. C’est là qu’elle ouvre la peau, sur nos os rougis. C’est là qu’elle laisse chaque souvenir d’ombre disparaître.

Le scintillement fond, humide nudité, le reste d’une nuit blanche.
©Perle Vallens

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Elle dit (3)

Elle dit. Et c’est encore un semblant de blessure dans l’accent, dans ce qui se prononce derrière les mots. C’est ce qui se fragmente. L’essaim se morcelle, s’éparpille en miettes qu’il faudra bien ramasser pour en faire quelque chose. Il y a quelque part une variable d’ajustement qui danse sans se fixer. Ce n’est pas compromission, ni paresse mais trace en suspend, l’instinctif essai d’accéder à la grâce d’un seul coup. Elle est déjà dans une autre dimension. Une perception d’intensité, d’immensité en soi. Un paroxysme peut-être.
©Perle Vallens

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Un autre langage

Reçues en partage, les forêts dansent. Au plus sombre, les arbres surgissent et pensent en nous-mêmes. Ils apparaissent en sons, en mots libre dans nos bouches.
Nous jouons avec les esprits. Nous cachons nos langues dans nos mains. Nous inventons un nouveau langage noué dans l’écorce. Nous y gravons de nouveaux sens versés dans l’eau des pluies. Bientôt ils germeront. Alors.
©Perle Vallens

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Personne. Seulement.

Un rayon par heure suffirait, une zébrure suffisante de lumière, un feu extérieur survenu qui survient encore au bout des doigts. Suffisamment pour dessiner le contour de nos vies.
Personne pour supprimer nos prisons. Personne pour supprimer l’inertie, personne pour définir mieux que nous le provisoire. Personne pour boire mieux que nous à la source. Personne pour s’élancer. Seulement le soleil.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo couleur·poésie

Respirer

Respirer quelque part le suint, la source, peut-être l’aisselle ou l’aine.
Respirer la voix, les voeux, les mots, le son viscéral scotché au ventre.
Respirer le secret, la place douce, le souffle, ce qui se confie de la bouche à la bouche.
Respirer la peau, l’impatience, l’impact de la main sur le corps.
Respirer la transe, les saccades, les traces.
Respirer les saccages, les salissures, les salaisons.
Respirer pleinement, à saturation, poumons prêts à exploser, faire le plein de tout de qui est, de tout ce qui advient.
Respirer jusqu’à l’absence même, jusqu’à la suspension.
©Perle Vallens