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Les nuits m’allongent

les nuits m’allongent 
depuis un temps moins sage qu’il n’y paraît
jambes sans drap leurs dérapages
dans les chaleurs

j’allonge mes nuits exprès sans trouver le sommeil
chambres nues d’une nudité électrique
l’étreinte atteint son point culminant
l’arc de l’orage me traverse sans m’éteindre

Allongée dans mes nuits d’insomnies
la pluie tire du rêve son principal atout
mouillée dans l’éveil d’un ventre
qui engloutit jusqu’à la nuit-même

sache quand les nuits s’allongent
qu’une vivacité me fait me sentir vivante
quand elles raccourcissent reste l’été
au fond des veines son avant-goût d’automne

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·prose

Ocre

Horizon ocre rougeoyant, ocre de lave sous les pieds, ocre perlé de sueur, ocre cassant de fémur, ocre bien ou mal manipulé, ocre vertébral. Descente horizontale. Une seule ligne, n’en choisir qu’une seule, la tenir. Prise la ligne pour seul horizon. Creuser. La foulée décisive, un cran plus loin. Cri du souffle, se perpétue dans l’ocre rouge de la piste. Persistance du cri dans les tendons, loin la tessiture dans les fibres, le feu de la foulée. Ocre le cri. Ocre morsure de la piste. L’à peu près musculaire. Crissement de la chaussure en dérapage, déplier, déployer à hauteur d’épaule, délester la fatigue, la faire glisser. La faire ramper dessous. Arpenter plus longues distances sans crainte de l’ocre. L’enjambement, la jointure. Il faut savoir sauter. Se dessine un essaim dans l’air. Un essaim de poussière qui se respire aux pieds. Le tracé comme l’empreinte. Sur la piste se dessine une prière. Égrener rosaire sableux, ses graines d’ocre. Graines de fièvre où pousse la passion et les médailles. L’œil boit son ocre et rêve, aplanit l’obstacle. L’œil erre et respire. Air d’ocre, opaque, qui claque les poumons comme une voile. Vent accélérateur de particules d’ocre. Dans l’air, l’odeur des victoires. Alentours de carrières de verdure. Visages de pierre. L’ocre aussi sait sourire.

Perle Vallens

Ecrit durant « l’anthologie d’été-40 jours » du tiers livre, sur consignes d’écriture proposées par François Bon

atelier Laura Vazquez·écriture·corps·photo couleur·poésie·prose

Une fulgurance

dans la nuit, rien, le calme, la quiétude
et puis d’un coup le rouge envahit tout
dans le blanc de l’œil se tend et repeint les murs
couleur sang
une fulgurance
la mâchoire de fer d’un animal s’est refermé sur moi
ses dents ne se comptent pas elles son des dizaines elles sont indénombrables
elles sont mobiles et se déplacent sans que je sache où à l’avance
elles s’assemblent en un point précis pour mieux mordre
plus en profondeur
elles ne veulent pas lâcher ma chair ce qu’elles veulent : la déchiqueter
elles sont affamées
elles en veulent à mes muscles
comme quelque chose de lent et d’incisif à la fois
qui se tortille et me tord dans l’indéfini
quelque chose qui me triture
m’emprisonne entre quelques millimètre de parties molles
depuis la cage s’élève en ondes en ailes froissées
irradiation d’un oiseau malade qui progresse par à-coups
ses secousses résonne de sa déraison
quelque chose me contraint plaquée à terre
et me ceinture de son emprise de sa brûlure
ce qui flotte n’est rien d’autre qu’un feu qui me ronge
un feu déjà vu qui revient à la charge

Perle Vallens

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peggy m., photo de couverture

Certaines personnes se sont interrogées sur la photographie de couverture (signée Perle Vallens) de peggy m., elle n’est pas gratuite, sans signification. Sa raison d’être se dévoile dans le récit.

L’oyat (ammophila arenaria), également nommé jonc des dunes ou roseau des sables est une plante vivace qui pousse en terrain sablonneux grâce à un système racinaire très profond. Elle joue un rôle important dans la formation et la fixation des dunes. Elle a aussi son rôle à jouer dans peggy m.

Au dessus, des herbes sauvages, joncs des dunes, roseaux des sables.
Autrement dit la vie.

photo couleur·poésie

Résurgence printanière

l’épisode manqué du feuilleton
ce qu’on a sauté d’images et de vie
non vécue           ce qu’on n’a pas habité
ce qu’on n’a pas bu
 
la source pourrait se tarir 
même si résurgence         même si
abondamment humecté
 
la terre fraîchement retournée
après jachère          friches enviergées 
ensemencées de neuf           gonflées à bloc
son stock de graines resté intact
 
ce qui repousse d’inattendu
d’exhalaisons racinaires          d’exaltations de surface
semble résurgence printanière où je 
existe encore

Perle Vallens
atelier Laura Vazquez·photo couleur·photo n&b·poésie

Scène de famille

Ce qu’on pensait : les sentiments 
comme voie prioritaire comme passage à niveaux 
tandis que les mots détournés    sans issue 
leur giratoire et l’impression de revenir sur nos pas
mots mensongers par omission 
le souvenir ne dit rien du réel 
trop battu en brèche       trituré 
nos sens nous trompent dans les grandes largeurs 
membres raccourcis de rancœur bras étriqués de ne rien retenir
la main attrape lambeaux         s’y agrippe
pour se retenir à ce qui fuit par l’oreille 
chaque bribe ouvre nouvelle piste
où l’enfance se perd

Ce qu’on ne savait pas 
la pesanteur des choses du ventre 
pleines de secrets          de partitions intimes 
qui retentissent au cœur une histoire fabriquée de toute pièce 
la transmission facile du leurre
une langue balbutie et butte
sur cette vérité qu’on ne pouvait pas voir 
invisible puisque muette      puisque muselée
puisque trop fort retenue 
dont celui-ci laisse échapper l’écheveau sur lequel tirer 
et tout vient avec     d’incompréhension      de colère 
de décennies de déceptions      de silences 
le fil déroulé         son odeur de cendre 
la bouche décousue de l’arracheur de dent
mâche son travail         de bourreau 
et on ne sait jusqu’où avance la vérité 
ni jusqu’où elle nous fera trébucher 

Je marche mais ce sont sables mouvants
mauvais rêves devenus réalité    rembobinée
des années en arrière à se demander 
la bande son déraille dans une voix éraillée 
détails effacés quand d’autres s’impriment durablement 
auxquels je n’aurais pas cru        non jamais 
qui me font passer pour absente
ou ignorée 
dans l’effacement on se contorsionne pour exister
on se hausse au niveau du noir pour mieux voir la lumière 
les boues que l’on creuse        et l’impudeur
à fouiller pour mieux contourner la silhouette où je cherche son visage 
je crois que je lui en veux d’avoir gardé pour elle 
les blessures        les tremblements 
son image abîmée me la rend plus faillible 
plus profondément indomptée
toutes les fractures         les plaies ouvertes 
et toute sa force au centuple 
dont je tire péniblement la mienne 

Ce qui ne se dit pas n’est pas morsure 
mais nous ceinture plus sûrement qu’un corset 
dont on ne se dégage que si la parole  entièrement nue           se libère 
s’ôter bâillon alors et prendre son élan 
couper court à ce qui freine        ce qui hésite 
entre la peur et le doute
désosser toute prudence      décapiter net les illusions 
décaper les murs de nos maisons jusqu’à la chair rougie 
la chaux vive des phrases qui nous rongent
ce qui est tu brûle plus que tous les incendies de famille

Perle Vallens

photo couleur·poésie

Wifi

Prendre la parole via wifi
Oui-fi
comme faire fi faire front mais de biais
via ligne longue distance
comment raccourcir
comment réduire les mots à leur véritable expression
comment sans fioriture dire comment sans le superflu et le foutage de gueule sans le jargon procédurier la novlangue qui pourrit nos bouches comme une carie mal soignée
comment chevaucher comment dompter chevaux
de troie ne pas enfoncer portes ouvertes
ne pas non plus verrouiller les sens perdus
parle avec toi-même tu te sentiras moins seul

Perle Vallens 

Poème minute – longue plage horaire hôpital Bégin

photo couleur·photo-poème·poésie

sequins et paillettes

Sentiments à sequins et paillettes émotions 100% lamé
ce qui brille ne se voit pas à la lumière du jour
Reversez-moi un peu d’obscurité pour mieux faire scintiller ces traces d’illumination 
joie en multiprises à déclenchements simultanés
dont je dénude les fils pour meilleure prise de feu

Perle Vallens


(poème minute, Le parvis, esplanade de Beaubourg, Paris, écrit le 1er janvier 2024)