photo n&b·poésie

Patchée

ta bouche
patch sur ma bouche
effet placebo
ou giclée de vie brute
mes lèvres se couchent en travers
chienne d’ivresse
la chaleur se chante
le fourmillement gagne le torse
par la trachée
mon corps se rappe sur ton tempo
c’est la rythmique qui fait la durée
(dure ou douce)
sur mes doigts je dompte
heat parade
décompte selon directives
selon dérives
organes indigènes ou corps 
étranger
Perle Vallens

photo n&b·photographie

Série au porte-jarretelles (photographie)

Comme annoncé hier, j’envisage de rapatrier tout le volet du blog Photographie ici. J’alternerai donc entre textes (généralement illustrés d’une de mes photographies) et séries issues de shooting divers.
Ci-dessous la série dite « au porte-jarretelles », réalisée avec le modèle Alix, dont j’apprécie la plastique et surtout l’extraordinaire regard.

photo n&b·poésie

Vies frelatées

On prie le dieu du vite fait bien fait 
on nous sort les jeux et le pain à toutes les sauces
dans lesquelles on trempe notre belle assurance 
la satisfaction d’une confiance en soi touillée
au jus doux des conditions générales de vente 
(ni reprise ni remboursée) 
notre ego réutilisable  
chaque jour recomposé d’un matériau 100% recyclable 
ce qu’on poubellise ce sont les vocations inexistantes le manque de désir
ces silex inutiles desquels aucun incendie ne jaillit 
(les containers ne risquent pas de prendre feu) 

Le cynisme est une route risquée
glissante 
et nous avons beau mettre des crampons au semelles du réel
une chute n’est jamais exclue
pente jamais douce qui nous prend au dépourvu 
de nous-mêmes en dépit de tous nos efforts 
pour rester accrochés arc-boutés au dos 
d’un mieux ancré que nous 
tantôt parasité tantôt parasitant

On ne se dit jamais qu’on est l’enfer d’un autre 
que la sécheresse naît dans nos mains 
que ce moindre geste n’encourage pas
nous ne savons pas s’il se nomme apocalypse
ou apothéose 
nous sommes ce toit percé du monde par ou coule le sang de notre prochain 
termites ou frelons

Nos vies frelatées valent encore de quoi
valent encore la peine
nos vies passées par pertes et profits 
totalisés dans les panneaux excel 
s’indéfinissent dans l’extrême contemporain
caractérisé par indifférence caractéristique
aveuglé s’aveuglant avançant à tâtons
le regard trouve quelque chose
qu’il ne cherchait pas 
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Dans l’obscurité

C’est là, ici même. C’est là précisément. Peut-être s’éterniser. Là où. Un souffle, un rythme. On le ressent fort quand on y pénètre. Notre œil se fait caméra pour percer l’obscurité. Zoome avant, balaie, dans un long travelling horizontal, mesurant l’espace. Il ne s’agit pas de dénombrer la largeur, la longueur du lieu mais de se laisser porter, de le laisser jaillir à l’intérieur.

Ça bat au plus profond, ici, dans le ventre, en écho à la persistance rétinienne, en écho au silence teinté de parole du lieu. Car le lieu parle, n’en doutons pas. Il s’adresse à nous, il se confie. Sa voix caverneuse résonne en nous. Il se souvient. Il savoure l’échange. Nous nous imprégnons de son âge, de ses destinées, sa plénitude minérale, inatteignable, site immémorial et pourtant proche de nous. Avec lui, nous nous perdons dans la nuit des temps. Avec lui nous flottons et nos os claquent mais ce sont applaudissements.

Le lieu porte un visage inscrit dans son antre, dans ses creux. En surface nous sourit et nous sourions en retour. Il n’y a rien d’inquiétant dans son noir. Noir n’est pas noirceur. S’il l’est, noirceur n’est pas totale obscurité. Si elle l’est, obscurité n’est pas fatalement obscurantisme.

Perle Vallens

écriture·Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 2023 (5 par 5, 4)

21/10 chaînes
De toutes ces chaînes qui nous enferment
dont nous sommes prisonniers
les plus fermement closes sont celles
qui emprisonnent notre volonté
PV

22/10 rugueux 
La vieille peau usée rugueuse des mots
à répétition leur terre asséchée
aride leur sens déserté
par quelle parole nouvelle les remplacer
PV

23/10 céleste
Le mur d’en face est une faille céleste
le mur du fond s’efface sur sa propre fissure
s’ouvre sur une dimension passée
où ma figure s’encastre
PV

24/10 superficiel
Taire ses blessures même superficielles qui elles aussi percent, laissent voir, creusent comme les plus profondes, leurs galeries de fragilités que l’on souhaite garder cachées. Taire est subterfuge ou dissimulation, est surtout pudeur dis-tu. Taire et s’en tenir aux choses extérieures.
PV

25/10 dangereux
Tu sais que le désir qui te pousse est dangereux, que la vie même est dangereuse. Vivre c’est risquer, mais craindre de vivre c’est mourir à petit feu. La peur est une plante toxique aux ramifications vénéneuses, elle se plante en toi et t’empoisonne par lente paralysie.
PV

photo n&b·poésie

A ras-bord

je remue les mousses salivaires
dans les pièges tendus des lèvres
je ne sais plus ce qui est baiser
ou mot
dans la bouche qui palpite
je ne sais plus qui a tort ou raison
tant la voix prime sur les autres bruits

j’hésite entre le cul sec et la noyade
quand bien même mouille la scène au bord
des yeux où se barbouille le crâne
d’images floues
la bobine défilée crève dans la fonte
des événements
saigne sur l’écran cramé
dans l’alcool qui saoule à flot

aucune vidéo à la demande n’offre
un tel ventre plein de tiraillement
aucune séquence filmique ne trame aussi bien
les caractéristiques du manque
ce creux ménagé pour accueillir
toutes les dents acérées par la faim
les glandes ont la sécrétion persuasive
et on se dit mort de soif

rien ne gâte comme le sucre l’accès
à la mémoire comme
un coma éthylique où
pris de boisson on ne se rappelle rien
des raisons de la veille
quand déjà l’ivresse est loin
ce sable alcoolisé où on s’enlise
où on s’ensevelit

on dérive on dégueule ses tripes à la fin
quand bien même on a l’estomac
et le cœur vides
on continue à boire et remplir la vie à ras bord

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Sur cintre

Texto arrivé sans verbe
avoue ton corps revêtu
décousu d’habitudes
plusieurs versions de toi encore
disponibles

ton corps sur cintre du désir
demande la main qui froisse
les grands désordres
et d’autres corps entrés en rêve
sans efforts

ton corps en devanture de mémoire
tremblant dans l’ombre du désamour
tant d’indices abandonnés
errants sur les routes numériques
je décide de n’en adopter aucun