écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie

Rage de chien


Au cas où l’image ci-dessus ne serait pas lisible, voici le texte sans sa mise en page :

Mon corps est un chien mort
Un chien hurlant sa bave
me dégouline

J’ai sa rage qui s’inocule dans mes veines
Je vois clair entre mes lèvres
je vois les ronces percer les mots
je vois la morsure du serpent à travers
est-ce que tu vois toi aussi les sangsues sortir de ma bouche ?

Ça gueule tous crocs dehors à l’intérieur
Ce cri noir cette lave en crue
ce qui monte sans que je ne
puisse
rien
faire

cette colère nue ce souffle bref
ces nerfs à vif
c’est un vent fou forcené qui rampe qui colonise en bactérie
qui me virusse qui avale tout
il me brûle
il devient mon oeil il devient mon ventre
il m’envahit
respire plus len-te-ment
laisse le calme revenir
laisse la meute se retirer loin
dans sa forêt sombre brumeuse forêt
là où les monstres se taisent

Il y a cet os rongé au milieu de mon squelette
Cet os surnuméraire
C’est à cet os que l’on me suit à la trace
il brille dans la nuit mais je ne le savais pas

d’après consigne de Héloïse Brézillon/Mater Atelier

photo n&b·poésie·résidence d'écriture

Résidence d’écriture : neuvième jour

Back to… Plutôt de la poésie ce matin.

la nappe de ciel flotte blanc, c’est la feinte du jour
son drapeau de brouillard impossible à décrocher
avec les mains
plus propice à la noyade l’oeil
agrippe une apparence de neige
un peu de l’odeur saline à hauteur de cuisse
j’ai cherché les percées sur le green de salicornes
où s’ensablent si facilement les inconforts
où se ramassent à la pelle le collagène nos infortunes
on se renvoie la balle de nos feux de forêts
à peine éteints que déjà les braises entament
la couche supérieure de l’aurore (elle aussi éteinte)
misty mood mieux que bad mood
on dirait bien mud mais ce serait abuser
ces boues qui nous encorbellent on les réserve pour les draps
froissés défroissés nous ensorcellent un peu comme l’esprit humide
de la lande d’ici
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Décimée

Je suis comme ces arbres centenaires
décimée
par des incendies à répétition
consumée par chaque reprise de feu
j’ai trop brûlé
(jusqu’aux racines)
l’air que je respire suffit à embraser
d’un rien
l’humidité ne suffit pas à l’extinction
celui qui lance ses fausses alertes
celui qui démarre des brasiers
peut tout aussi bien s’attaquer au flanc
pour circonscrire par contre-feux
plus rien pour nourrir la flamme
tout est dans le contrôle (technique imparable)
jusqu’à ce jour où toute tentative de rallumage
se solde par une sécheresse durable
qui croit encore en la combustion spontanée ?
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Grand calme

C’est une heure creuse. Elle boit nos eaux vives. Elle nous vide, jusqu’aux orbites par lesquelles nous voyons l’ordinaire. Nous volons de nos propres ailes. Nous devenons ce que nous étions l’instant d’avant. Tu vois ce que je veux dire ? Nous devenons nouveaux mais d’une nouveauté tenue. Du neuf d’après brouillon. D’après bouillonnement de secondes (celles que nous n’avons pas vues).

C’est une volonté. Elle se dit farouche mais nous ignorons pourquoi tant elle faite d’audace. Elle n’a pas peur. Elle ne pleure pas ses arguments, elle les campe au contraire. Elle se veut claire, précise. Elle a cette saveur de bonbon acidulé. C’est pour qu’on la garde encore un peu avant de la partager.
Elle ne se mâche pas des jours durant, ne se crache pas, elle s’échange. Elle se troque contre toute autre pensée adjacente, sensible, contraire ou non, qui la ferait avancer. La pensée marche son petit trot ou son pas rapide dans ceux des autres.

C’est un vœu (ou une prière). Il s’étale sur un trottoir sale. Il se développe sous la semelle d’une chaussure sale. Il naît de la saleté et nous ne savons pas si cela nous rassure. Il naît de sa propre bordure, de son recoin sale, d’une frontière commune avec la vie. Sans quoi il n’est rien.

C’est un souffle. Il se veut court. Il crée un arc en partant du cœur. On ne sait pas trop jusqu’où il va, jusqu’où il est capable d’aller, s’il se rallonge à mesure de la respiration. Il percute quelque chose de dur. C’est dans la gorge que ça se passe, que ça tressaille. C’est en spirale (et tourne tourne), ça donne la nausée ou bien ça court plus vite qu’une danse et cela t’entraîne vers le bas. Vers la chute.

C’est un vertige. C’est ce qui te tire, ce qui t’entoure et te tourne la tête. La prise dans le filet d’un tout petit être (comme une pêche au large). L’orage te gronde à l’intérieur. Rien ne digère, tout grossit. Il y a une sérieuse menace d’explosion. Il y a un instinct de survie. Il y a aussi cet espace entre le marchepied et le quai où tu te laisses glisser.
On le sait, c’est toujours comme ça avec les vertiges.

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Entre les rails

Il y a des mots gris entre les rails 
qui me dégrisent d’un coup
décochés de loin
l’arc pourrait casser (pas assez de recul sans doute)
sans atteindre sa cible à temps
Depuis zone portuaire ou gare routière où le mot
grève résonne si fort
les cars ont tous été annulés
taxi driver Mister descend sa trame musicale 
sa transe le long du Rhône 
On pourrait prendre le monde à partie plutôt qu’à revers mais à quoi bon
le prendre en grippe 
Tout est dans tout dis-tu et je ne comprends pas 
ce que tu veux dire par là
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Un insecte mort

dans ma maison il y a un insecte mort
je l’ai pris dans ma main ça lui a fait un cocon
un cercueil
j’aurais préféré qu’il soit vivant mais il est mort
j’aurais préféré qu’il soit vivant et que ma main soit un tarmac
un pont d’envol
un avant-poste pour s’élancer
pour défier les lois de la gravité
pour déguerpir dans les airs
pour butiner tranquille et bourdonner
sur la première fleur venue
sur ma main l’insecte mort a l’air si mort
il a l’air si carrément mort qu’on serait tenté
de le ressusciter
à quoi lui servent ses ailes maintenant qu’il est mort ?
est-ce qu’un insecte fantôme peut voler ?
est-ce qu’il peut butiner des fleurs-fantômes ?
est-ce qu’il peut voler dans un ciel sans limite ?
©Perle Vallens

inspiré par la même consigne qu’ici mais dont je me suis un peu éloignée…

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie·prose

Hey, petite !

Hey petite, tu me tires en arrière, tu m’aspires, tu me démembres. Trois fois moins, petit être, cette soif d’avant, inversée. J’innerve chaque instant de ton vœu que je crois mien mais je me trompe, c’est toi toujours devant, moi derrière. Je trempe mon doigt, celui de ta main anachronique. Tu dénombres à rebours mes secondes décomptées, combien de temps encore me reste-t-il, le sais-tu ?
Hey petite, tu me tires en arrière et c’est sans circonstances atténuantes que je me laisse traîner dans ce qui me berce d’enfance.
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Zoé Besmond de Senneville/Mater Atelier