écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie

Escalier roulant

ne fait qu’avancer ne sait s’il recule tu crois qu’il recule mais ne fait qu’avancer
on ne sait pas trop comment il fonctionne qui le sait moi je ne sais pas ce tapis
roule sa bosse n’est pas ascenseur qui veut n’est pas doté d’une force supérieure
Escalator n’est pas un nom de super héros
roule des mécaniques et sa jeunesse son esprit d’escalier
on n’a d’yeux que pour ses nids de poules rainurés stries qu’on embrasse du regard
sa roue de paon son hypnotique boucle sans fin ses rouages dessous
est-ce un piège a trap où tomber s’il s’emballe si quelque chose
se coince là tu sais Isadora Duncan accident mortel broyé entre les pals acier de l’escalier roulant
combien d’accidents par an qui le sait sa construction robuste sa fermeté sous les pieds
ses tôles poncées dans le sens de la marche
qui dit qu’il ne s’éventre pas sous tes pas moi je le dis en sautillant sur la dernière marche
©Perle Vallens

d’après consigne de Florentine Rey/Mater Atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Saccage

Pourquoi regarde-t-on de si loin
nos mains nos membres
ce qui saccage se voit sur les images
ou à l’œil nu on n’a pas besoin de loupe
ni de télescope

Pourquoi la réparation qui s’impose
semble impossible
Ce sont des gestes qui ne peuvent pas être défaits
ne peuvent pas être repris
le chemin inverse n’existe pas

On essaie de ramasser nos gestes
à la petite cuillère
une goutte d’eau dans notre océan salé
dans l’effondrement dit
dans le feu de l’action la fonte des glaciers

On ouvre la bouche mais on ne sait plus prononcer
on ne sait plus dire ce mot
on se demande pourquoi
ce cri de colère ne veut pas exploser
Est-ce que tu sais pourquoi ?
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

Faim

nous revenons aux draps aux corps
au sortir (nus) des nuits
rien n’éteint
les bruits dérivent le long des
dents le silence mordu de la faim
la soif court quelle marée on ingère
quelle meilleure fureur nous tient
à distance
aucune chambre ne hante
nos forêts poussent un arbre sa courbure
brute entre tes jambes
je crains le crissement de la caresse
une douceur excessive me perce des tympans
jusqu’au cœur
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Bye bye

Bye bye baby
Bye bye ton air buté, ta brutalité
ta façon de braire sur moi
de me traiter de branleuse
de bouche à pipe 
Bye bye les bleus les ecchymoses
tes cours d’estampes sur peau
tes pluies de juron
tes déjections verbales
tes vertes et tes pas mûres 
Bye bye tes bruits dégueu
tes dégueulis quand t’as trop bu
tes prises de bec avec le monde
jamais refait jamais repeint
toujours haï (moi la première)
Bye bye ta guerre de tranchée
(dans le vif)
tes coups hauts de boxeur
tes coups bas de sournois
ta castagne tes pains quotidiens
tes arrachages de dent
Bye bye tes mensonges éhontés
tes faux semblants tes faux sourires
tes faux armistices et faux espoirs
tes fausses promesses de faux amis
tes amours fausses
pas de faux départ je te dis
bye bye
bye bye you’re not my baby
anymore
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

On marche avec nos morts

On marche avec nos morts
lourds et morts depuis longtemps
On marche avec nos fantôme plantés dans la peau
harpons de mots accrochés à nos lèvres
On sait le fardeau et la peine qu’on a
à porter nos morts sur le dos
leur poids sur nos épaules
la charge de leur histoire
On sait la force qu’il faut et l’endurance
pour résister à les poser là
à les laisser loin de nous
Alors on endosse nos morts et on avance
©Perle Vallens

Erotisme·photo n&b·poésie

Se débrailler

ce dépôt de rouille sur la chair
sclérose ou lésions réversibles ou non
rien ne dure que le durcissement
j’assouplis mes lèvres je travaille le baiser à venir
j’élabore le déraillement
dépoitraillée sous lambeaux de tissus
on dit simple appareil
pour la nudité
je préfère le complexe d’un drapé
de jambes autour de mes hanches
avant de dévoyer des mollets pour mieux
m’acquitter de l’emprunt à la jouissance usufruitière
de son regard adjacent
on se débraille toujours mieux devant un œil
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Les ombres

Je ne sais pas ce qui me plaît autant dans les ombres.
Peut-être le fait qu’elles marchent avec moi.
Je n’ai jamais su si elles me suivaient ou me précédaient. Parfois je leur marche dessus, comme ce chien qui n’avance pas assez vite ou qui zig-zague juste devant (et l’ombre marche sur l’ombre du chien).
Peut-être parce que les ombres bougent tout le temps. Sans le souffle du vent, sans les jeux conjugués du ciel et du soleil, les ombres ne bougeraient pas autant. Elles déjoueraient la lumière.
Les ombres ne sont jamais totalement immobiles mais elles hésitent, elles volettent, elles vont et viennent autour de moi, elles ont l’air d’arrêter un instant puis elles repartent. Jamais elles se se superposent parfaitement, jamais elles ne font corps. On a toujours l’impression qu’elles nous fuient sans nous quitter. Elles ne savent pas ce qu’elles veulent.
Elles ont l’air de mener une garde rapprochée, parfois très rapprochée. Plus proche, il faudrait se couper un pied, ou une main. Si on se réduisait ainsi, notre ombre se réduirait d’autant.
Des contes existent où les ombres disparaissent et c’est une catastrophe sans qu’on sache vraiment pourquoi. Une perte d’ombre peut-elle être mortelle ?
Peut-être que l’ombre me rassure. Tant qu’elle est solidement, indéfectiblement attachée à mon corps, je ne suis pas encore morte.
Les morts ont-ils une ombre ? Ou ne sont-ils eux-mêmes que des ombres. C’est ce qu’on dit.
Ou dire que je suis l’ombre de moi-même, si je suis à peine vivante.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Oxymorée

La vie se paie au prix fort
toute taxe prélevée 
au sang à la sueur 
à la suie laissée sur les mains 
à la surface de la peau qui se vend 
chairement qui se chasse 
à coups de collets de clés de bras
kick’n heartbreak

La vie pose ses pièges 
pour qui se pense loup
ou agneau le même péril 
la même fin 
avec ou sans mâchoires 
pour mordre dedans 
la vie se charge de nous mettre 
tous dans le même sac puis 
tire ses jetons au hasard

La vie aime jouer au dé
et à la roulette russe
La vie aime les oxymores
elle trouve ça plus seyant 
©Perle Vallens