CHIFOUMI est un poème écrit à l’occasion des ateliers de Laura Vazquez, auxquels je participe maintenant régulièrement depuis plus d’un an mais qu’elle a lancé au début du tout premier confinement en 2020.
Je l’ai mis en images et j’en ai fait un très court vidéo-poème visible, comme toujours sur la chaîne youtube Perle Vallens. Il associe des vidéos de météorites, ainsi que de photographies, d’animations et montages photos personnels. J’espère qu’il vous plaira !
Catégorie : photo n&b
Jamais ne neige sur mon visage

voix auto-reverse
long travelling sur la route
ce glapissement des flocons sur la vitre
il neige rarement sur mon front de mère
jamais ne neige sur mon visage
tout glisse sur la passementerie
de mes lèvres cousues mains
tissage bien serré dessus-dessous
ce sourire comme une transhumance
où paissent mes souvenirs
tu vois par transparence
la hauteur de canine qui perce
le jour même c’est la morsure
qui éveille le mieux
©Perle Vallens
Compter les sourires

face camera il y a un visage qu’on ne voit pas
hors champ on procède au comptage
des sourires
il y en a tant qu’on peine à les dénombrer
cela génère des sauts dans l’image
comme des faux profils
des figures mal identifiées
on pourrait prendre le personnage pour un autre
on pourrait le prendre pour son propre reflet
©Perle Vallens
Cette main

cette main baptise de son désir
de sa lenteur l’amante
méconnaissable
cette main allusive
indécise dans ses désillusions
cette main tombée épuisée
usée de lumière de transparences
de peau percée trop écrite
ou pas assez
marquée au visage
seule gravure au cuir
plus que tanné
manuscrit
©Perle Vallens
A la voix

l’instant convulsionne
à revers du corps
sans pudeur
s’écroule sur ses fondations
enterrées
réitère sa voie fixe
rampante intime
sur fond blanc d’écran
là où le clip démarre
en version originale
sans sous-titrage
de surface l’image saute
et la langue
comme passage de haie
dépasse la tessiture
de toute sa hauteur
le rythme se saccade
dans le tremblement du timbre
rien ne dit le désir en dehors
de la voix off
©Perle Vallens
Pleine lumière

tête posée en pleine lumière
nourrie du cœur son néant
ou sa chaleur
néon cherche son parasite
pour nouvelle perspective
sa voie d’éclairage comme
battement ou fantasme
d’un rayon de soleil
fige son visage aux ailes arrachées
engendre un changement d’instinct
et de nos jugements tremblés dans l’ombre
l’onde ne menace pas c’est le mouvement
c’est la proportion décomptée
la portion congrue de ciel
que l’on s’offre sans résignation
©Perle Vallens
Sculpter les silences

sculpter les silences comme des muscles
bandés à l’extrême
en tension dans l’attente
c’est l’espace qui se distend saturé
self défense un peu plus dense moins poisseux qu’un mensonge
on peut toujours passer un coup d’éponge sur les pots cassés
et ramasser les mots comme monnaie d’échange
amassées sonne et trébuche contre
s’agenouille et empoche ce qui reste
de chaleur entre les soupirs
©Perle Vallens
Vérités digestives

ces mois en r propices au plaisir
à la chair délestée de ses humeurs nocives
à la mâche riche en oxygène
persistance aromatique intense
cette perception de l’amosphère à l’aveugle
te guide vers la bouche
bien imbibée la métaphore se goûte mieux
tu la glisses sous la langue et elle se met à se dire
elle s’éclaire à vue d’oeil sur les papilles
elle clignote avec un maximum de sincérité
la métaphore dirait tout ce qu’on attend d’elle
on la mangerait de bon appétit
on distillerait son jus d’image et sa clarté
jusque dans les gorges
elle scintillerait dans l’oesophage
elle faciliterait la digestion des moments difficiles
on ajouterait des descriptions pour lui tenir compagnie
on tirerait les ficelles des mensonges
on se raconterait des histoires basées sur des faits véridiques
qu’on réinventerait dans les ventres
cela nous ferait des creux et des bosses abdomidales
comme montagnes russes que l’on masserait
puis que l’on boxerait à mains nues pour que
finissent par se dire vraiment
nos vérités
©Perle Vallens
Dans l’oeuf

on enfonce du pied la peur dans le sable
on enfouit l’effroi qui vient de l’oeuf
celui qui nous pousse que l’on couve
de l’oeil pour l’empêcher de naître
on avorterait bien de cet enfant
qui ne nous veut pas que du bien
nos frayeurs varient avec l’âge
prennent de l’embonpoint
dans nos ventres
c’est un régime d’excès
c’est le poids de l’hypocondrie
et la peur de la mort
c’est vieux comme le monde
on se défait de ces phobies
qui nous servent de peau
nus de nos paniques pelés à vif
on ne s’enfuira pas
on trouvera assez d’influx
électriques
assez de jus pour déjouer
le manque de courage
©Perle Vallens
Eclaboussée

je me dirige à la baguette
je ne me passe rien
posture droite rigide du corps
et de l’âme verticalité
impeccable
je parque tout un troupeau
au garde-à-vous
dans mon ventre
toute vie contenue
rien ne dépasse
le vent souffle à travers sans rien déranger
il ne manquerait plus que ça
une tempête un tsunami
qui gronderait tout au fond
qui organiserait sa propre fronde
se lève descend en toi – même –
brise les ponants supprime le nord
ce grand désordre ourdi
cet affolement dans les flux
dans le flot qui jaillit
tout t’échappe tu ne gagnes plus rien
à empêcher
je me laisse ravager submergée par
quelque chose que je ne connais pas
la vague peut-être
de la vie
déferle devenue typhon
là où j’étouffais
mes poumons explosent
d’un rire inconnu
dans le gras du corps
un ras-de-marée
abrase l’horizon
et lance une lumière
douce elle coule
à mes pieds
je suis inondée
je patauge dans la joie
éclaboussée
©Perle Vallens