photo n&b·poésie

Lierre

Je ne confonds pas vitesse et précipitation
la végétation me mange des poux sur la tête
je me laisser envahir par le lierre
qui oblitère mes joues joyeuses et fraîches
mes joues de matin mal rasé
je me laisse envahir par l’étrangeté de la situation
par le jeu des plantes qui ne se lasse jamais
de grimper leur libre circulation
ruissellement par le bas de celles herbacées
qui veulent bien de moi parmi elles
belle fleur ou semi fanée
et cette voix de sémaphore
haute dans ma nuit
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·montage photo·photo n&b·prose

On dirait

On dirait que je serais une image, un effet transitionnel d’un esprit plaqué sur du papier. On dirait que je me découperais selon une ligne verticale pour me séparer en deux côtés, ou alors que je me replierais sur moi-même.
On dirait que quelqu’un cracherait son chewing-gum entre les deux moitiés de moi-même. On dirait que ça me collerait de l’amour entre les parties visibles du visage.
Là, à l’endroit exact de la bouche, sur les lèvres se déposent un baiser chaste qui hésite, qui a l’air de ne pas vouloir. C’est une autre bouche, celle qui a mâché le chewing-gum, celle qui se refuse à laisser plus de salive.
Mais là, on dirait que la salive arriverait par flots continus, par cascades, que ma bouche en serait remplie, qu’elle boirait tout et que cela déplierait la photo de mon visage, que ça le remettrait dans le bon sens, avec ma bouche en plein milieu.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Petite

je suis petite par nature
l’armure creusée dans la roche
dure et tendre de l’amour
trouvé sous le pas anthracite
sous la pression du pouce
sa pulpe jaunie de chaleur
sur mon visage mâché
Je suis une petite nature
une prise au vent brise ténue
prise par devant par surprise
comme soulevée de terre
de très forte amplitude
au ciel promise repliée
sur elle-même la petite
que parsème poudreuse la lumière
ivre sa poussière s’étincelle
grain à grain ses arguments
valent certains discours
fluides folâtres sur moi flottent
leur souffle me couronne
ceinturée au millimètre
soudainement reine
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b

L’oeil et le photographe

Chambre noire. Bains chimiques, l’image s’imprime sur le papier qui flotte. Lumière rouge. Voix basse. Le photographe dialogue avec son propre oeil.

Le photographe : Pigments ou pixels parfois, mon oeil, tu fais semblant de ne pas distinguer. Tu te perds dans les noirs, dans leur profondeur. 

L’œil : Je suis décidé, je me décille à mesure que je pénètre dans les noirs. Entièrement. Je m’y fonds. Je deviens le noir. Toi, tu restes en bordure. Tu te raccroches aux gris. Tu ne te laisses pas absorber facilement.

Le photographe : Je suis attentif au motif, à la forme, à l’architecture, à l’esthétique. Mais surtout, je m’applique à traverser les moments qui s’offrent, là où se trouve aussi la vie. Toi, tu ne prêtes attention qu’à l’abîme du noir.

L’œil : C’est faux, offre-moi la couleur et je jubile. Ma pupille s’exerce à voyager dans toutes les demi teintes, dans toutes les nuances. Je bois le souffle de la couleur, je m’emplis d’elle. Vois comme ma pupille se dilate, j’y fais entrer tout un univers. 

Le photographe : Mais c’est le mien ! Tu t’appropries ce que je vis, tu restitues au mieux ce que cerveau te dicte. Il te dirige comme je dirige l’objectif de mon appareil. Cet œil second, cette ouverture sur le monde. Entre toi et lui, je vois double. 

L’œil : Les procédés techniques ne m’intéressent pas. Je veux juste l’ombre et la lumière. Je veux sentir leurs variations sur mon cristalin, je veux juste les sentir palpiter. Vois comme mon iris s’agrandit. C’est pour toi, pour que tu profites au mieux de ce qui t’es offert.

Le photographe : Merci mon oeil de t’ouvrir ainsi, de toucher de la pupille les émotions du monde. Sans toi, je serais aveugle, quel sens aurait ma vie ?

L’œil : Sans moi, tu aurais cette discussion avec ton oreille. Sans moi, tu serais peut-être musicien.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Des images

C’était un mirage sans doute. Une image mais floue, que l’on déflore d’un œil suffisamment perçant, un oeil comme une lame. Une image comme une peau que l’on s’empresse de dépecer. Peu à peu, la pellicule en surface s’en va. Il suffit de peler suffisamment. Alors on atteint le cœur des choses. 

En fait, on pourrait voir avec les mains plongées dedans. La façon un peu sale de voir vraiment, aussi avec le ventre. Elle sait qu’on ne peut parvenir loin qu’en y mettant les doigts, qu’en se confrontant au sang. C’est là, dans la chair et le sang qu’elle y voit clair. 

Je dois exercer ma vue. Voir en profondeur. Ce serait comme développer un don de clairvoyance, tu vois ? C’est une histoire de vision au-delà des apparences. Parce que ce que tu aperçois n’est qu’apparence. Je sais, dit comme ça, ça a l’air con. Tellement une évidence. 
Ce sont les aveugles qui voient le mieux car ils ont acquis une sorte de double vue. Je devrais me crever les yeux mais je n’en ai pas le courage alors souvent, je les garde fermés. Je les ouvre seulement pour moi-même.

Elle ignore la pelure de peau qui recouvre les souvenirs. Ils sont un cahier d’images foutraques, bordéliques, consultables à l’envers, ou au hasard. Feuilleter de façon aléatoire, c’est bien aussi, pense-t-elle.
Merci mon dieu de placer autant de faits réels dans mes mirages, autant de réalité dans mes déserts.

Elle ignore exprès que les souvenirs ne sont qu’une version revisitée des choses, qu’elles n’ont de réalité que l’apparence sensorielle, qu’elles sont aussi éloignées émotionnellement du réel qu’une oasis. Mais elle fera semblant d’y boire. Elle fera semblant d’y croire. 
©Perle Vallens

Erotisme·photo n&b·poésie

Un ours

Il y a un trou dans mon ventre
dans le trou il y a un ours
ou un homme
un animal à fourrure
à sang chaud bouche à cran
à crocs et à griffes
à percussion instantanée
un bel outillage pour gestes
froissés à genoux

C’est le souffle
en premier qui saccade
ou la peau qu’on achète trop tôt
qu’on s’arrache bien après
plume et poil aux enchères
ou à l’œil
ce n’est que partie remise
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Froid

Fuis, froid
ton humeur broie
ce trop blanc
gel à prise rapide
fige trop vite dans les veines
ce que tu laisses à ma peau
bleuie cassante
crisse comme cristaux
me scie en surface

ton souffle gris
m’atteint avec la précision
de mille lames
m’entame ton vent
vif pure glace agglomère
en congères intérieures
m’entaillent gués à découvert
stalactites ou couteaux
ni ne montent ni

ton baiser n’a rien
d’ardent rien mais mord
dedans ma chair
frigide ce givre
que tu sculptes
dans mes entrailles
tes élégies me laissent
de marbre plaquée
dans mon hiver

mon feu finira bien
par te faire fuir
©Perle Vallens