atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Racines

réseau racinaire infiniment morcelé 
rhizomes enfouis enflent dans l’ombre
dans le souffle de la terre 
vivace sa tige est une lèvre 
dont on ne sait ce qu’elle embrasse 
si elle pousse vers le haut ou vers le bas 
ne sait où elle s’enfonce où elle perce 
des défenses invisibles
se berce respire les mystères 
traverse la roche se niche 
dans ses anfractuosités
ses ramifications y saillent s’incarcèrent
dessinent un labyrinthe de sève et de sang 
tissé des secrets de l’obscurité 
ses filets d’Arachné muscles tressés
lacis nerveux dessus-dessous 
sa vie dressée à l’envers 
dans le creux du monde
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

Ma carte du ciel

Je m’accouche chaque nouvelle lune
je m’extraie au forceps
à la seule force de mes pas vers l’avant
sauf volonté contrariée
sauf décision contraire
Ma naissance est un exploit à chaque fois
une épopée cyclique comme une roue solaire
Je lis des signes dans ma carte du ciel
aucune planète visible à l’horizon
Je me fie à la position du soleil
Je me fous des trous noirs
Je cherche toujours ma bonne étoile
mais la voûte est trop sombre
pour y voir quoi que ce soit
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

fac similé

quel dispositif quel processus s’enclenche
quel cri quelle vérité crue à éradiquer
pour que se poursuive cette course que tu appelles vie
quelle lame pour percer la couche de gel
quelle arme blanche pour rompre la glace
pour tirer sur cet hiver la nécessaire couverture
trouée pourtant de partout mitée à la corde
quand même la couverture se défile
plus rien ne se reprise que la bordure signée de ton nom
aucune action à reprendre là où on l’avait laissée
aucune suspension ne trouve sa suite grand luxe
dans cet hôtel des courants d’air
tu entends comme ça craque entre tes membres
tu entends comme le vent fait battre les volets de ton dos
il te faudrait une nouvelle peau vierge à coudre au corps
épurée de tout débris d’âge de tout défaut de fabrication
il te faudrait un fac similé pur sang
aux flancs puissants à se cabrer contre les marées de colère
crin blanc dans le chas de l’aiguille robe haute couture
tout critère valide pour se rhabiller une saison
pour contrecarrer les conciliabules contre toi-même
une trêve d’hivernage deviendrait une bifurcation
mais tu ignores encore quelle en serait la meilleure route
©Perle Vallens 

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b

Le cœur de la ville

C’est sous le trottoir, sous le bitume froid, sous les couches de sédiments que bat le cœur de la ville. Il palpite dans les veines souterraines d’invisibles élans, de pulsions de vie, de vibrations. Sa voix basse murmure en nous sans que nous le sachions. Dans ses bouches naissent des mots indicibles qui remontent en sourdine, aux surfaces d’asphalte, aux immeubles de béton. Chaque mot inaudible sa direction qui nous fait mettre en pied devant l’autre, par quoi nous tenons au sol, qui fait de nous, arpenteurs urbains, ses disciples muets et disciplinés, dans l’obtuse obscurité des choses. Le cœur angulaire bat et brille dans sa nuit de catacombe et personne ne le voit.
©Perle Vallens 

atelier Laura Vazquez·écriture·montage photo·photo n&b·poésie

Basculer

A l’extrême limite, tout prêt de basculer
il y a le tressaillement, et il y a le souffle accéléré
Il y a la voix qui me grimpe aux tempes 
Il y a les mots hachés, happés par ma bouche
et puis il y a la peau, le grain, le grossissement de la loupe de mon oeil sur chaque parcelle du corps, la pupille éclatée de tout vouloir boire
Crâne encastré à tes bordures, à flanc de tes montagnes, accrochés à tes cratères où je glisse
Mon abîme de chair, là où je voltige, haute volée, plongeon de cœur
S’il n’y a pas cette terreur soudaine
cet essoufflement brutal ce vertige 
s’il n’y a pas cet arrêt sur image 
là où subsiste encore cette possibilité d’une fiction
Je pourrais me dissoudre entièrement 
Qui sait s’il y aura encore des espaces grands comme des espoirs, si nous serons sauvés du vide qui grignote tout autour, si nous nous sauverons nous-mêmes du pire
Se perdre surtout, s’absenter de soi-même pour regagner ses rives plus forts et continuer de marcher en funambule, sur cette corde raide, deux à deux, en aveugles, c’est comme cela qu’on voit le mieux les choses
Il faudrait avoir le courage de ne pas baisser les bras, de briser tous les tabous, d’abattre tous les murs qui se dressent au bord
Il faudrait encore basculer, encore brûler, encore tomber, là, dans tes abysses, yeux grands ouverts
Et puis les fermer
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Oeil pour oeil

Ne pas prendre de gants quand l’armure est tombée
les mains sont nues et le corps dévore cru
l’œil se frotte à l’image exposée
explore à vif le donateur
toujours frais de son vivant
encore frétillant sous la griffe
l’ayant droit y gagne son pain quotidien
dévorateur présomptif
mangera sa chair noire ou blette
mangera à sa fin
l’offert en partage
©Perle Vallens