A l’extrême limite, tout prêt de basculer il y a le tressaillement, et il y a le souffle accéléré Il y a la voix qui me grimpe aux tempes Il y a les mots hachés, happés par ma bouche et puis il y a la peau, le grain, le grossissement de la loupe de mon oeil sur chaque parcelle du corps, la pupille éclatée de tout vouloir boire Crâne encastré à tes bordures, à flanc de tes montagnes, accrochés à tes cratères où je glisse Mon abîme de chair, là où je voltige, haute volée, plongeon de cœur S’il n’y a pas cette terreur soudaine cet essoufflement brutal ce vertige s’il n’y a pas cet arrêt sur image là où subsiste encore cette possibilité d’une fiction Je pourrais me dissoudre entièrement Qui sait s’il y aura encore des espaces grands comme des espoirs, si nous serons sauvés du vide qui grignote tout autour, si nous nous sauverons nous-mêmes du pire Se perdre surtout, s’absenter de soi-même pour regagner ses rives plus forts et continuer de marcher en funambule, sur cette corde raide, deux à deux, en aveugles, c’est comme cela qu’on voit le mieux les choses Il faudrait avoir le courage de ne pas baisser les bras, de briser tous les tabous, d’abattre tous les murs qui se dressent au bord Il faudrait encore basculer, encore brûler, encore tomber, là, dans tes abysses, yeux grands ouverts Et puis les fermer ©Perle Vallens