son sexe est un colis piégé au dernier étage de la bouche par où passent inaperçus certains gestes comme celui d’enfoncer l’escroquerie de la chair son chant des sirènes bombe à retardement qui m’a explosé le cœur plutôt que cet état de précarité amoureuse fais de moi une relique aucune mendicité ne sera acceptée sur le trottoir chaotique mal cartographié du corps je ne risque plus aucun claquage durant la reconstitution de la scène de crime
on a ce sentiment d’appartenir à la même espèce qu’on pense supérieure et qu’on imagine pas en voie de disparition comme d’autres moins résistantes et moins désirables cette impression de suprématie de l’homme-pathogène notre estomac à digestion rapide des autres êtres nos jambes augmentées de carburant fossile nos bras fossoyeurs du vivant emmanchés de pelleteuse prête à dévorer le premier arbre pour planter sa maison enclenchant des armes de destruction massive de déforestation en toute légalité il faut bien que l’on se loge là où déjà on a scié la branche sur laquelle on était assis rien ne sert de verdir après avoir cimenté on a troqué depuis longtemps nos branchies contre le poumon asphyxié de notre suffisance et les chants d’oiseaux dont on ignore le nom contre une surdité rugueuse qu’on pense acouphènes le sifflement de nos organes est une langue incomprise le germe d’une faune personnelle qui bruisse quand plus rien alentour ne vit
Larvé le cri tisse son cocon silencieux, inerte encore, privé d’ailes et de pattes, insecte froid, comme mort / le cri léthargique, son frôlement vif, sa hargne nidifiée au creux du ventre, logée dans le fond / organique le cri en quête du corps pour le porter plus haut, pour armer la force, l’énergie, pour graisser l’armure, dresser l’armature / quel organe pour bâtir le mieux, hisser le son, fluidifier le flux, la sève dans la veine du cri, bouillonnante, l’ébullition dans les nerfs, le grésillement insupportable / comment maîtriser le cri, le garder à couvert, mesurer le pour et le contre, si c’est possible, mais est-ce possible / flûter le cri, le museler, l’amoindrir, l’adoucir, le lisser, tout doux le cri, dompté / mais le cri se hérisse et gonfle ses ergots, son animalité, son agressivité, le cri jamais passif se lève, se prépare à surgir, et je ne sais comment ni pourquoi le contenir / c’est affaire d’estomac et de bouche, le cri déchiré, bientôt arraché aux tripes, comment le contenir, comment l’écraser en soi, le taire / une fois deux fois le cri impatient, le cri impossible à pousser fore au cœur, à cran, cru le cri / foulé aux pieds pour le faire disparaître et pourtant, d’abord fluet, s’enflera, le cri bref qui va bientôt s’extraire sans qu’on puisse le retenir.
Le vent me pousse. Il ne cesse de me pousser, le vent du nord vers le sud, celui du sud vers le nord. Le vent épuise. Il étreint mais ne retient pas. Le vent est par nature volage. North by north-west ne te dit rien qui vaille, s’il faut s’envoler au septième ciel. Je me fais pétale fripé avant l’heure. Reflux du fond de la mémoire, la boussole tourne dans le vide et ce qui souffle n’est pas repérable. Les vents qui s’enroulent me tournent autour. Me tournent au ventre. Au milieu je suis une spirale qui flotte entre les deux hémisphères du cerveau. Le corps a perdu son nord, s’affole, affronte encore ses vents intérieurs, cette seule intensité quand il se laisse emporter. C’est le vent du rêve qui souffle le plus fort.
Tenir tête au ciel irascible aux tempêtes aux grands froids — Tenir tête aux pluies qui déferlent en torrents — Tenir tête la première et résister — Tenir tête aux dévastatrices — Tenir tête aux diluviennes qui lessivent et qui noient — Tête la première tenir au premier nuage noir — Tenir tête aux orages — Tenir tête haute du haut des tiges — Tenir tête au vent — Tenir tête coûte que coûte ponant-brisant bon an mal an tenir bon — Tenir tête à qui plie et couche — Tenir tête bravement — Tenir tête aux instabilités du sol — Tenir tête à qui dévore feuilles et racines — Tenir tête à qui ravage — Tenir tête aux dents et aux mandibules — Tenir tête aux pattes poilues — Tenir tête aux estomacs — Tenir tête aux digestats et aux lisiers — Tenir tête aux métaux lourds — Tenir tête aux talons qui enfoncent — Tenir tête aux bruits de botte et de voix — Tenir tête aux souffles mauvais qui s’avancent — Tenir tête aux ongles qui crochètent et soulèvent — Tenir tête aux mains qui déracinent — Tenir tête à herse et faucille — Tenir tête à débroussailleuse — Tenir tête à désherbant sélectif ou systémique — Tenir tête à glyphosate — Tenir tête à qui nous arrache et nous pulvérise — Tenir tête et repousser encore ailleurs — Tenir tête non baissée — Tenir tête et essaimer — Essayer de tenir tête dressée toujours droite — Tenir tête à toutes adversités — Quand bien même entêtée tenir tête — Tenir tête têtue son ciel comme toit — Tenir tête pour tenir
Les mots avancent comme une marée et je cherche un âge de pierre sur la plage j’apprends à nager entre les mensonges je bois à la fonte des glaciers un verre comme une urne renversée où les cendres dessinent une vague le temps long sur la langue comme un goût pariétal
Il est de toutes les saisons, dénudé ou fleuri, s’égraine et se disperse en rosettes étoilées.Il tapisse les prairies et sentiers, les talurs et trottoirs, d’un envahissement tel qu’il est impossible de ne pas le piétiner. Je l’enjambe dans le jardin et je me penche vers lui, hissé sur ses longues tiges dressées en touffe autour du pied, sa racine épaisse solidement ancrée. En dormance hivernale, il persiste dans son vert, ses feuilles ciselées, lancéolées, au pourtour hérissé, ses « dents de lion » qui ne mordent pas. J’imagine la sève qui remonte, puissante en de début de printemps, dans le pédoncule creux, duveteux, vers son capitule fécond, ses rangées de fleurs jaunes que viendront bientôt butiner les pollinisateurs des environs.
Quand les fleurs laissent place aux fruits, le pissenlit s’auréole d’akènes prolongées de soies. Volatiles et légères, ses aigrettes se détachent et se dispersent au moindre coup de vent. Sa tête joufflue et blanche, fragile,me fascine, comme lorsque j’étais enfant. J’aime toujours souffler dessus, par jeu. Je lui entame une joue pour ne garder qu’un demi visage, avant de faire disparaître l’autre. En deux bouffées, j’essaime totalement sa chevelure folle qui s’envole d’une bourrasque, un peu comme la mienne, et qui vient coller ses mèches aériennes dans mes propres cheveux.
Perle Vallens
(écrit en cours de Master création littéraire écopoétique)
Le vent emporte quelque chose de non visible emprunte à la vue sa vitesse de perception grand emballement ou pâmoison épanchement humide sous le pas rien ne se dérobe sous la botte le sol adhère et même colle agglomération glaiseuse de quoi gloser un peu sur le temps qu’il fait d’un réchauffement planétaire la semelle s’inquiète si peu se contente d’acquiescer à la terre ferme sa garantie de stabilité obéit aux gémissements souterrains et internes vascularisés sous la ligne de flottaison des pensées
à quoi mieux réfléchir qu’au reflet que nous laissons en surface mal essuyée notre éponge comme petite cuisine insalubre d’effleurement en frottement assidu s’évertue dévoile vile dépôt et crasse méritocratie dans les pans larges des avènements des floraisons de nos dissidences de nos révolutions je me berce de visions de merveilles d’illusions par les yeux l’horizon seulement s’élargit jusqu’à s’avaler le sol défraîchi lisse isolé de son substrat désertique harassé reste seul fantôme de nos existences passées
Comme les plantes migrent, Les Insignifiantes voyagent…
Elles se sont posées pour une année dans l’espace Imago du Naturoptère, musée consacré à la biodiversité situé à Sérignan-du-Comtat, village natal de Jean-Henri Fabre. Le village vauclusien abrite aussi l’Harmas qui est consacré à l’entomologiste, c’est le musée « frère » du Naturoptère, situé au même endroit.
L’exposition sera principalement visible lors des grands rendez-vous du Naturoptère, notamment durant les Journées Plantes rares et jardin naturel (12 et 13 avril 2025), le Festival de la Biodiversité en mai 2925 ou encore la Fête de la science en octobre 2025. J’en reparlerai…
NB les Insignifiantes sont le volet photographique d’un essai poétique, projet du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille.
ESA Le Naturoptère Université Populaire Ventoux 33 cours Jean-Henri Fabre 84830 Sérignan-du-Comtat Tél : 04 90 30 33 20
Tous les soirs, il la regarde se coiffer. Elle se laisse regarder. C’est comme s’il la touchait. Elle se laisse tomber dans son regard, sans filet. Elle effiloche son visage et lui laisse une ficelle pour qu’il puisse la suivre dans son sommeil.
Tous les soirs, elle se déshabille devant lui en espérant que quelque chose se passe. Qu’un mot soit lancé. A la volée, le rattraper, le garder au chaud, effacer les silences. Mais elle disparaît dans les non-dits. Sa nudité n’offre rien de plus que sa nudité.
Tous les soirs elle espère. Elle essaie de susciter mais ne sait pas bien comment s’y prendre. Elle a l’impression de s’estomper au bout de ses yeux. Elle espère être là le lendemain, elle espère qu’il la voit toujours. Au moins ça.
Tous les soirs, elle a peur. Elle a peur du noir qui embue la chambre. Elle a peur que le monstre sous le lit se réveille avant elle, avant lui. Elle a peur qu’il la surprenne dans ses rêves. Elle se demande si lui ou le monstre, ce n’est pas la même chose.
Tous les soirs, elle a peur de ne pas se réveiller.