photo n&b·poésie

Naine blanche

quelle voie intersidérale
idéale régulation des idées fixes
si l’on faisait tournoyer la tête
comme essoreuse à salade
comme piste aux étoiles
comme toupie vaine
elle naine blanche
sans plus de compagnon stellaire
que de souffle de chaleur de lumière
en perte d’équilibre son cœur mis à nu
en perte de son point de gravité
tomberait à pic son corps noir
rayonnera encore pourtant
©Perle Vallens

corps·Erotisme·photo n&b

La plume et la peau (fable)

Sur un lit de fer douillettement molletonné, s’étalait une ode à la sensualité…
Courbes rondes, opulence d’albâtre, cheveux de jais et front bombé,
La belle alanguie bercée par une comptine coquine, rêvassait.
La peau fine sur le poignet, translucide, appelait la bouche
et la fesse moelleuse, divers ustensiles prompts à allunir et aptes à l’attendrir.
Longue, droite, la penne entra en scène dans une main de vilain.
Flatteuse, elle promena sur la peau lisse, ses douceurs et caresses, avec tendresse.
La peau frissonna de plaisir, se chair-de-poula et s’offrit davantage.
Mouvante sur le muscle qui ondulait, elle faisait des vagues pour aller à la rencontre de la plume, sa nouvelle amie.
Or la plume ne l’entendait pas de cette oreille, elle fit volte face, et glissa cul pointu sur l’épiderme, fortement désireuse de marquer territoire et d’apposer sceau. Mais gare à la signature, qu’une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus.
Quelques traces dessinèrent, fendues, sur la soie d’un lobe laiteux, puis la plume disparut dans le sillon, parcourant les méandres liquides dont elle se barbouilla copieusement. Plongeant dans cet encrier improvisé, elle émergea, barbes ébouriffées et hampe humide, sourire large, pour venir graver quelques signes sur la peau marquée. Traînée fluide et rosée imprimant à la peau frétillante quelques lettres en forme de devinette, la plume allait bon train au creux de ces reins. Quand elle eut couvert toute la peau de lignes et de cyprine, la plume resta interdite, dans la main du vilain, dont elle vint alors taquiner le vit… Et la peau se retrouva toute chose, un peu perdue sans son amie.
Mieux vaut une main à plume, qu’un manque de peau.
©Perle Vallens

Cette fable est une vieillerie écrite en 2016, exhumée à l’occasion de cette édition de l’agenda ironique, avec le thème de la fable proposé par Max-Louis.

Editions Jacques Flament·photo n&b·poésie·vidéo·You Tube

Que jeunesse se passe, premier livre personnel

Ce premier livre est en fait un livre de photographies sur l’enfance empreint de poésie et annoncé hier sur mon autre blog. J’en reprends ici la présentation.

Les choses de l’enfance ne meurent jamais totalement.
Chaque jeu, chaque découverte nous nourrit, nous construit dans
notre vie d’adulte. Nous grandissons avec elle.
Nous passons les épreuves de la vie, nous passons les âges mais
l’enfance nous accompagne, enfouie. C’est un paysage intime qui
s’élabore et se regarde pas strates et qui fait de nous notre propre
archéologue…


Ainsi débute ce petit livre de photographies sur l’enfance, dont le format s’accorde si bien avec la thématique. 130×130 et 64 photos en noir et blanc pour rythmer l’enfance, 64 carrés d’embellie pour la faire rimer avec la joie qui perdure, bien au-delà. Puissent-elles être le conducteur vers vos propres souvenirs, vers votre propre joie.

Le livre est édité aux éditions Jacques Flament et disponible ici. Il peut aussi se commander chez votre libraire.

En voici un aperçu, feuilleté…

corps·photo n&b·poésie

Le vide du corps

Le corps est à particules
à énoncé fixe dès sa naissance
on ne le choisit pas
On bute on tombe dedans d’emblée
on se met en place dans son bassin
on glisse ses yeux dans ses orbites

Il reste toujours des ajustements
Il y a des flottements entre les circulations
et beaucoup d’espace
5 milliards de milliards de milliards d’atomes
et beaucoup de vide quantique

L’inexacte métrique du corps
sa mystique de composite
de mécanique complexe (et sa burette d’huile)
un sacré coup porté à sa vérité
à ses rouages mystérieusement
pleins de vide
©Perle Vallens

Poème tiré d’un recueil en cours, Carcasse

photo n&b·poésie·prose

Un goût de trèfle

La mort a un drôle de goût. Un goût de viande froide. Un truc fade qui s’accroche au palais.

Elle colle, elle se cuisine mal. Il faut d’abord déloger les poils. Il faut déployer un peu ses ailes, replier sa tête. Sa vilaine tête de mort. Il faut lui parler franc. Elle sait très bien qu’elle est difficile à digérer. A peine mangeable.

On peut trouver d’autres ingrédients pour rehausser un moment final. Trois fois rien pour faire passer. Trois fois pour un rien définitif.

Le trèfle à quatre feuilles par exemple, est un bon exempe. La mort s’en tatoue la poitrine et ça lui fait un trou sur la peau.

Ça fait un peu peur aux enfants. Pourtant on avait confiance dans les trèfles à quatre feuilles. Et on avait confiance dans sa bonne étoile.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

L’ennui

La fureur éteinte est un fauve tapi qu’il serait temps d’éveiller. Mais il dort non stop. Ni agir ni fuir, aucune échappatoire. 
On cherche la première consolation venue sur écran. On ouvre et on referme ses mains avec l’espoir d’y trouver quelque chose. Quelque chose à faire. Mais rien. 

L’ennui ne sommeille pas, il tenaille, tient la tête entre ses doigts serrés, il la presse, en extrait tout le jus, épuise toute l’énergie en vaine projection. On fait quoi ? On faiblit d’ennui crasse, de feu refroidi. 
L’ennui nous berce contre les murs, tisse sa toile gluante, colle nos yeux au vide, cogne les crânes de son trop creux, nous remplit de rien. 
L’ennui réfrène et anéantit. Il pèse et nous brise, il nous morcelle, affalés, avachis. Il nous maintient plaqués au canapé, nous empêche, nous amollit. Il nous dessèche, nous réduit au néant. 
Cet ennui qui menace reste, s’ancre, s’incruste, persiste et signe notre arrêt de vie.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Bouche ouverte

Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens