atelier Laura Vazquez·photo n&b·poésie·prose

Séquences ciel

Au bord du chemin roule quelque chose qui ressemble à une pierre.
Elle pourrait s’envoler si on soufflait dessus. Alors je souffle dessus.
Le vent m’aide dans mon entreprise.
Rafale ou saccade, la chamade du cœur de la pierre, à brides rabattues.
Blanc, le ciel bat son unisson.

Regarder le mont gardien de ses neiges jadis.
Leur fonte en rigoles, en rivières.
Une berceuse à tremper entre deux rochers avant l’heure de la sieste.
S’approcher des cimes, troisième à gauche derrière l’écran total des sapins.
Ici, étang à poissons, ciel à rapaces, le pressentiment d’un orage à venir dans la zèbrure du jour.

C’était au bord du lac, bientôt la nuit, bientôt le soleil fondu au fond.
Gesticulent les lézards, leur dernier soubresaut.
Tout se cache, chassé par l’unique coup de balai de l’obscurité.
La poussière sous le tapis d’herbes.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo n&b·poésie·prose

Sortilèges

contre l’oeil qui fait face
pupille terreuse de désert
rance de cirage noir
oeil cerné de ses vides
ne voit que d’un et pourtant aveugle

contre la peau qui s’écarte
percutée du sang froid
tannée raidie de sa nuit
se parsème poussière
tombée avant l’heure

contre les corps ruinés
dépecés percés à vif
sectionnés au premier nerf
tant de mutilations d’avant-scène
temps de rapines et de violences

contre l’invective des mots
n’ayant de cesse répétés
sans ivresse fausses
vérités répercutées
dans le haut des crânes

contre les silences qu’assiègent
des visages réduits à rien
tous sens inversés tenus entre
tenailles d’absence d’incertitude
d’absolue tristesse

magie des mains jointes
je jure par l’image
par la chambre noire
je conjure le mauvais sort
je lance mes propres chants
mes sortilèges
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie·prose

Il y a quelque chose

Il y a quelque chose qui ne va pas
Il y a quelque chose qui n’est pas à sa place et qui va dans tous les sens
Quelque chose remplit et se déplace
Quelque chose mûrit sans rien dire de lui
Quelque chose porte ses fruits pourris
comme une impatience

Quelqu’un se dit il y a trop de gens qui me détestent
Quelqu’un se dit il y a trop de gens qui m’aiment
Quelqu’un pense à tout sauf ça, essaie de faire le vide
dans la tête du corps
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Bon baiser du soleil

Le soleil dessine des ailes équilatérales s’ouvrant en V vers moi comme bras tendus, écartés pour embrassade. Il force un peu sur ses rayons, tire des droites nettes à travers les arbres et les maisons. Midi est son heure. Le soleil applique des lignes cassantes et aveuglantes, des perpendiculaires à mon corps, des obliques au regard.
Je m’en protège. Les baisers du soleil sont plus dangereux que les tiens.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Des ombres

A une certaine heure du jour 
où les ombres ont grandi trop vite
où le ciel s’est aminci jusqu’à la maigreur 
le risque est de renoncer 
d’abandonner sa patience
à même le sol
et délaisser le souffle

L’ombre, cette étreinte de la lumière
qui n’en finit pas de finir 
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Flaque

Miroir au pied, l’eau stagne, glacée
Petit lac à la pointure exacte, à la pointe du cuir, une flaque
La tentation de sauter, d’y mettre les deux pieds
D’un coup

Le parcours de la tâche d’eau, un trou, liquide en creux qui se résorbe à la fin de la journée
Ne reste qu’une ombre d’eau
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·Erotisme·photo n&b

Tombée

Il suffirait que tu dises les mots, prononcés dans le creux de l’oreille, dispersés le long de mon corps, de la nuque au creux des reins, tes mots en replis, en caresses, en cours sinueux, en rivières et en tumultes.
Il suffirait de t’entendre murmurer ce qui a été oublié, ce qui a été tu depuis si longtemps, les secrets, les étreintes, tous nos interdits.
Il suffirait de laisser glisser ta voix sur mes épaules, si lentement, ta voix devenue rauque, profonde, cette voix qui creuse mes entrailles, qui fait gonfler ma gorge, qui la remplit de toi par capillarité.
Il suffirait de lisser mes cheveux de ton souffle, revenu par saccades, à peine, une suspension, une attente.
Il suffirait d’un seul silence entre tes mots en errance sur ma peau.
Il suffirait que je te reconnaisse à ces mots, à ta voix, à ton souffle, à tes silences, que je te reconnaisse au sourire des mots, à leur lumière, à leurs sens cachés, au tressaillement de ces mots, à leurs modulations, à leurs injonctions, à leurs prières, aux percussions de ces mots, à leurs séismes, à leur urgence, à leur désir.
Il suffirait de si peu et de beaucoup à la fois, tu vois, pour que je flanche, que je sois submergée, que je tombe d’un coup.
Et pour que tu me relèves, à la force de tes bras, à la force de tes mots.
©Perle Vallens