
Quelque part dans le corps
brûle grand bruit de sabot
comme un cheval rendu
fou par la flamme
Le feu marche en elle
Le brasier court bleu
gros bouillon l’animal
qu’on étrille
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Quelque part dans le corps
brûle grand bruit de sabot
comme un cheval rendu
fou par la flamme
Le feu marche en elle
Le brasier court bleu
gros bouillon l’animal
qu’on étrille
©Perle Vallens

Oeil fermé se devine
grésillante d’entre les noirs
la proie rêvée des ombres
la pupille persiste
et signe son arrêt
de sens à ce qui est
vu ou non vu
ce qui semble
ce qui fait trembler
au plus loin la ligne
d’horizon
©Perle Vallens

J’ai cassé mes lunettes
Un manque de solidité du présent sans doute
Un défaut de fabrication du fil qui retient
les ombres des vivants
J’ai cassé mes lunettes
comme on se casse les dents
sur les heures qui passent
comme on se casse la tête
à imaginer ailleurs
comme on se casse la gueule
contre les vitres vierges du jour
J’ai cassé mes lunettes
Du coup je n’y vois plus
Aveugle par essence
j’ai besoin d’un troisième oeil
ou d’une langue plus longue
une langueur d’avance pour
mieux voir les dents du poème
dévorée volontaire des mots
qu’on avoue sans torture
©Perle Vallens
Montage photo-vidéo associé au son diffusé sur souncloud, Sur la plage.

On a beau dire, les oiseaux aussi ont faim. Les oiseaux manquent parfois leur proie. Eux aussi piquent du bec dans leur assiette ou dans celle du voisin. Il paraît qu’il y a des oiseaux cannibales et d’autres infanticides. C’est dire s’ils ont faim.
On a beau dire, les oiseaux aussi ont peur. Il n’y a pas seulement la peur du vent ou des ouragans. Eux aussi ont peur des prédateurs qui tuent dans le nid les prochains migrateurs. Il se dit qu’ils ont peur des chasseurs et aussi des photographes. C’est dire s’ils ont peur.
On a beau dire, les oiseaux aussi se font la guerre. Les oiseaux se prennent le bec pour un oui ou pour un nid. Eux aussi se disent des noms d’oiseaux. Croyez-le ou non, certains ont même des crocs pour mordre l’air et parfois la poussière. C’est dire s’ils se font la guerre.
On a beau dire, les oiseaux aussi se perdent en chemin. L’oiseau erre dans le ciel qui est un paysage sans paysage. Eux aussi sont désorientés par leur propre élan. On raconte que l’oiseau rapetisse pour retrouver ses repères. C’est dire si parfois il se perd.
©Perle Vallens

Qui a l’âge d’hier
la faim, la flamme
le juste héritage
des grands champs
Qui est sa propre terre
aucun damné
mais la pioche
pour creuser loin
©Perle Vallens

Brûler plus loin que sa maison
les feux flanchent de la pointe
bleue vivante du ciel
comme la peur bêlante
refoulée sous les pieds
fragile fléau des perditions
la flamme toujours renaît
le relief jamais ne se fane
©Perle Vallens

Si l’eau ruisselle dans la terre grasse l’épaisseur de nos peaux
Si l’eau charrie avec elle la grâce des corps-à-corps
Si l’eau lave nos rêves de la beauté des impuretés
Si l’eau rince avec la suie tous les souvenirs
Si l’eau assourdit les mots que l’on se criait
Si l’eau ressuie les larmes depuis longtemps tombées
Si l’eau amincit l’âme qu’on avait protégée
Si l’eau morcelle la place aimée des visages
Si l’eau efface les traces de pas au ciel
Que reste-t-il de l’essentiel ?
Que reste-t-il de l’ascension ?
©Perle Vallens

la poésie est amnésique, elle est le poids de non mémoire, de non identification.
Les mots ne disent rien de compréhensible. Les mots se cherchent juste un chemin à travers la peau. Ils vibrent en percussion que nous percevons de loin, à l’intérieur.
La rage aide à rassembler les mots perdus. Tous les mots en meute regroupés sur le-dessus se mettent parfois à hurler.
Les paroles noyées dans la nuit ne veulent rien dire, juste qu’elles se noient dans la nuit.
©Perle Vallens