Emotion·photo n&b·poésie·prose

Retour à la vie sauvage

chant sauvage©Perle Vallens

Les mots remuent en nous, montrent patte blanche, veulent sortir, voudraient bien. Bête noire, bêlant mou au son du cor. La chasse ouverte aux mots courants, hors d’haleine. C’était couru, à corps perdu, à tort et à travers.
A bout portant, les mots se rebellent parfois de tant de flots qu’ils surnagent à peine, leur sens coule à pic entre deux borborygmes.
Lâcher la bride aux mots sauvages. Les laisser courir dans le vent et appeler ça un chant.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Ombre portée

ombre portée©Perle Vallens

Les souvenirs flous s’ajoutent aux souvenirs flous, la perte de réalité s’engouffre dans les silences. On les boit d’un trait, sans ajouter un seul mot. Derrière le soleil, s’ombrent encore les chevelures innocentes, elles s’étalent dans l’opale clarté, se portent si longs dans la brève lueur de fin des heures.
Elle, c’est le repli d’un souffle d’avance, d’une vie inversée. Tombée de naissance, elle ne peut s’éteindre même à terre, allongée au bord du jour.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Parasitique

lierre©Perle Vallens

Celui qui n’a pas la conscience tranquille, qui voit bouger d’infimes regrets au bout de ses doigts, une culpabilité tentacules qui se répand. Celui-là ne dort pas la nuit, vit à peine le jour. Intranquille et fébrile dans le mythe des vies sereines.
L’ombre s’emprisonne à la racine, le lierre gagne les entrailles par toutes les porosités de l’âme. Détrempée et molle comme une éponge, elle tressaille, animal pas encore mort.
L’assaillant jamais ne renonce. Le terrain se gagne à coup de dés et de soleil, fertile de tous les instants mal dégrossis, enchevêtrés, triste paresse de ce qui a été vécu et qui subsiste dans l’indolence. L’ombre retient l’être prisonnier, pris dans des stères qui de cabanes sont devenues cages.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Ceinte au front

jeune fille sous les fleurs©Perle Vallens

Une échappée, joue collée à la grêle du mur, la veine du papier sous presse gonfle du vent de demain. La brève apparition de l’horizon dans un coup de vent, une bourrasque de bleu qui balaie le visage, l’arborescence venue en vagues frôler le front, le ressac d’une brise de printemps. L’heure chavire alors le long de l’ornière, le lit herbacé qui la couche, le feu qui couve aux poignets.
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo n&b·prose·Short Edition

Le souffle du printemps

l'enfant et l'arbre©Perle Vallens

(…) Le temps s’écoulait lentement dans cette enfance méditative. Le garçon ne se lassait jamais, il ne quittait rarement son poste de guet agenouillé dans la verdure que pour la hune d’une haute branche de cerisier. D’en haut, tout lui paraissait à la fois plus simple et plus lointain. Il faisait corps avec ce promontoire de bois et de chair qui le faisait sembler plus sylvestre qu’humain (…)
©Perle Vallens

Un texte court à lire sur Short-Edition. Un peu de légèreté poétique par là-bas…

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Mur porteur

main©Perle Vallens

Abattre les murs élevés dans la nuit. Sans pioche, je tente d’utiliser le vent, les sens contraires, les mains s’il le faut. Ce qui gouverne le silence hésite entre deux moitiés de monde et la paupière tombe entre les parois. Gratter l’ombre reviendrait à éteindre le regard.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Signaux de phare

signaux de phare©Perle Vallens

L’air que tu respires est chargé de solitude, l’impression palpable qu’il n’y a plus qu’une seule paire de poumon au monde. L’oxygène est amer, tu déglutis entre deux goulées. Tu ressens le besoin de tousser, tu ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être par solidarité. Tu éructes de travers, deux-trois mots que tu ne destines à personnes en particulier, si ce n’est à toi-même.
Pourtant tu sais qu’il y a de la vie autour, tes voisins qui poussent la voix pour se sentir exister. Les fenêtres d’en face font comme des lampions, des lumières de fête. Des balises humaines flottent dans le noir, les sémaphores signalent une certaine persistance, la limite du cataclysme.
Tu te consoles comme tu peux, donner l’apparence d’un reste de lueur, de vérité au fond des vitres, quelque part au-delà du trottoir. Il y a autour de toi âmes qui vivent. Il y a là-bas des souffles qui perdurent, gonflés de tout l’air du monde où tu n’es plus. Partout, il y a encore quelque chose qui fait penser aux flots qui font les fleuves, aux jours qui font les saisons.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

A la fenêtre

à la fenêtre©Perle Vallens

Ressort grippé de la planète, l’humain ronge son frein, l’immortalité à deux pas. Place nette tout autour, on entendrait voler un chat. Les oiseaux seuls saluent encore le soleil dès l’aube. Nous autres, les yeux collés aux fenêtres, baillons et crachons notre ennui sur les écrans fleuves du vide. La volière est ailleurs, cancane tout le jour, ne dort jamais que d’un œil. Qui honnit qui, l’homme en creux de lui-même. Qui applaudit qui, personne ne se dit meilleur ou pire pourtant l’ombre plane au-dessus. Le goéland de toutes nos peurs sans cri, sans heurt. Il reste juste là, menace ce qui nous reste d’humanité derrière nos yeux de mouette, le regard tendu vers demain comme une main. Quémander les miettes d’un soleil promis chaque jour. Respirer un air qui circule encore dans nos poumons. Sourire aride et édenté juste ce qu’il faut d’avoir mordu trop fort les affres âpres de la vie.
Derrière la vitre travaille l’or du jour, en grand. Le cinémascope dolby surround et technicolor fleurit la vision aveuglée, pixellise la lumière en paillettes qui pique l’oeil. Personne ne nous prendra cette part que l’on attrape prudemment, volets ouverts.
Alors, on sourit au soleil qui nous regarde.
©Perle Vallens