Emotion·photo n&b·poésie·prose

Bradycardie

bradycardie©Perle Vallens

De ce côté-ci de l’image, il n’y a rien à voir. Quelque chose est caché dans le paysage.
La page se trouble d’une impression immobile, quelque chose de tapi que l’on sent bouger.
Il y a quelque chose que le vent fait glisser à la lisière des nuages.
Il y a quelque chose de couché qui respire dans l’ombre des arbres.
Juste un souffle, qui te prend par surprise. Respirer la lente pulsation de la forêt, au plus secret de l’image. Prendre le pouls lent de la vie.
©Perle Vallens

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Savoir faire silence

faire silence©Perle Vallens

Le silence est une force motrice venue d’en deçà.
Il nous incite à dire et à entendre. Il nous pousse à plus d’attention. Faire face et s’abandonner à ce qui est suspendu, en tension de nous-même.
Les lèvres sont faites pour inspirer et expirer le silence autant que les mots.
Un mot n’est jamais aussi bien entendu que dans le silence.
Faire silence, une façon de survie.
©Perle Vallens

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Toujours ou jamais

fouiller la terre©Perle Vallens

Jamais ne dit le commencement, jamais ne dit la fin.
Toujours proclame l’existence, toujours lance les fanions du jour, ensemencés d’hier.
Toujours cherche au sol le pas en devenir. Toujours foule et fouille la terre qui accueille.
Toujours laisse inexpliqué, se laisse assaillir et submerger
Toujours fait briller ce qui coule dans les mains. Toujours dévie des voies faciles.
A jamais fait dérailler les trains.
©Perle Vallens

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Fumée sans feu

fumée sans feu©Perle Vallens.jpg

Tu dis, il n’y a pas de fumée sans feu, la folie couve sous l’incendie.
L’arbre bien ancré dans la terre ne craint pas les accidents, ne feint pas de crier entre ses branches.
L’usinage du vent garantit un air qui continue de souffler, qui pousse ses traces blanches en parallèle des nuages, en contrepoint des neiges fondues depuis lontemps déjà. L’équipe de contrôle grave chaque sillon sur chaque octave de vapeur qui s’échappe, chaque trace aux murs percés.
Tu vois, l’espoir est une toupie qui tourne, tourne et dessine les contours d’une fumée sans feu.
©Perle Vallens

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Maux d’orage

maux d'orage©Perle Vallens.jpg

Parler ou se taire, au fond cela revient au même. Quand on sait d’avance. Quand les mots tournent depuis longtemps dans les corps inertes. Les mots bougent, se heurtent, se rompent en éclat de lettres. Un envol de voyelle esseulées, en suspens dans les ventres. Plus les mots se disloquent et plus le corps reste immobile, plus le visage se fige.

La pupille ne pétille plus en son nuage vierge jusqu’à ce qu’un mot s’échappe et remonte à la surface de l’oeil. Cèdent les digues qui ne tenaient plus qu’à l’espace du ciel. Le mot quitte sa berge et noie tout de ses eaux d’orage.
©Perle Vallens

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Carambolage

penchée©Perle Vallens

Heurté de plein fouet. L’onde de choc répercutée dans la carcasse. Une caisse de résonance répète en boucle, en travers du corps, de la gorge, de la bouche la chanson de non retour.
Tu te regardes tomber comme si ce n’était pas toi. Tu regardes ton double, tête-bêche de ton ombre, choir la tête la première.
La belle dégringolade. En débord des rives, la dispersion totale, la vie en débandade.
©Perle Vallens

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Art du rien

escargot ou rien©Perle Vallens

Je sais le plaisir du peu, du petit, du perdu. Le premier est aussi le dernier, celui qui ne sait pas, celui qui ne voit que d’un œil, celui qui parle pour ne rien dire. Le plus transparent, celui qui s’efface derrière l’arbre, sur la piste de course, sur le bord de la route. Celui qui roule tout seul, sans aide, celui qui se pousse à peine mais qui avance quand même, à petits pas. Celui qui a des jambes courtes, des cheveux ras, une peau qui tremble un peu à chaque passage, celui qui a le souffle court, celui qui se laisse traverser par le silence, par le sillage du rien. Celui qui survit au vide.
©Perle Vallens

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Instants de grâce

danseuse©Perle Vallens

Respire l’odeur sombre de ta scène
Gagne l’espace dense de ton corps
jusqu’au plafond ensoleillé
brûlé à la lumière des choses secrètes

Ecoute la petite musique de l’organza
et le souffle froissé du tulle
Apprends la syntaxe syncopée de l’air
et le murmure des couronnes
Elles frôlent le ciel
dans la course aux étoiles
L’écho s’affole
du bruissement de la soie
nouée en symbole
le cygne de ta vraie nature
la biche sortie des bois
en fragments d’elle-même

On survit tous à l’envol détaché de la chair
Jeté l’adage des anges dans l’ombre des pierres
alliage de matériaux plus anciens que nous
piégés dans la vie comme des animaux
Viens et marche à pas de chat
à la recherche du meilleur passage possible
sans jamais quitter cette grâce
d’une danseuse sur la pointe des pieds
©Perle Vallens