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Pequeñita

Petite ©Perle Vallens.jpg

Ce soir, je suis redevenue toute petite. Minuscule. Presque rien. Une toute petite de rien du tout. Je traîne dans ma nuit si longue. Une peur ancienne, une peur du noir qui efface tout, une nuit sans lendemain. C’est une peur de rien du tout. Une peur plus noire que la douleur, plus forte que le chagrin, un chagrin de rien du tout. Une petite peur, un petit chagrin, ça vous étreint, ça vous écrase le coeur. Un tout petit peu. Un tout petit rien.
©Perle Vallens

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Cantate nocturne

Envol ©Perle Vallens
Photo ©Perle Vallens

Et que ça piaille, que ça piaille. Mais ça ne bouge pas une oreille.
Ça se planque dans les grandes ombres noires avant l’orage, ça se recroqueville. Unique cri pour mille pattes. Ça gratte dans les feuillages.
Ça écrit l’histoire sur les troncs, ça patiente, ça feinte des jours durant dans les peupliers, dans les platanes, dans le creuset des longs départs. Puis ça s’envole dans les couleurs délavées du ciel, la nasse rincée des nuages. La trace désordonnée de leur voyage.
©Perle Vallens

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Mise au poing

Mise au poing ©Perle Vallens

Mise au poing à la source
l’arcade sourcilière s’ébranle
poursuit l’oeil de son cuivre
La trouée ne dure qu’un temps
Les petites tortures, les travers
les entraves personnelles
tout revient en force
l’armée des rêves tourne au cauchemar
L’ouverture crève l’écran
mais personne ne la voit
Il reste dans le crâne
la puissance d’un aria
qui résonne en douce
©Perle Vallens

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Un monde nouveau

quitter l'enfance ©Perle Vallens.jpg

L’armée des derniers jouets, la clameur du ciel, l’ombrageux dans les pas de l’âge qui se quitte. Un dernier hoquet, l’écho de l’enfance résonne comme un refus, un craquement intérieur avant l’acceptation d’une frontière à passer, d’une ville trop grande à habiter, d’un pays trop vaste à parcourir pour de si petits pieds.
Se cacher encore un peu avant d’ouvrir les yeux.
Tout éclat est un débordement, un trop plein de lumière dans ce paysage tout neuf.
©Perle Vallens

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Blanc d’oeil

blanc d'oeil ©Perle Vallens

Qui de ma bouche ou de mes yeux parle le mieux ? Qui se tait, qui ne ment jamais, qui voit en songe toutes les vérités ? Qui salue, d’un battement de cils, tous les avènements, les épiphanies et les perditions ?
Mes yeux baillent pour mieux te laisser entrevoir, s’entrouvrent pour mieux te laisser pénétrer. Ils brillent et brûlent dans ton regard, ils prient tes mains et prêchent le blanc pour mieux voir le noir.
Mes yeux grands ouverts, c’est une double vue de vies multiples où lire l’essentiel. En aveugle.
©Perle Vallens

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Abortion

cailloux ©Perle Vallens

Des mots roulent
des cailloux dans la bouche
des galets échappés de la vague
empochés sous la langue
le verbe collé au palais

Se retenir de parler
taire les paroles trop sucrées
ce qui luit au bord des lèvres
ce qui gâte la dent trop dure
ce qui pourrait bien la casser

Pourtant il suffit de cracher le flot
pour expulser la lumière
Ouvrir grand la mâchoire et
avorter le dernier mot
©Perle Vallens

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Ricochet

Des ronds dans l'eau©Perle Vallens

Les pierres que tu as jetées résonnent encore à mes oreilles. Les sourires tracent des ronds dans l’eau. Ils s’étendent à ma surface en souffles, en fissures, ils m’assaillent dans mes plaines. Je les essuie, je les efface mais sans cesse ils reviennent et pénètrent mes rêves à mon insu. Jamais le silence, juste le clapotis de ta voix en sillons sur ma peau, juste le son de tes jetés sur mes os.
©Perle Vallens