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Meilleur aperçu

Nous avons élargi tant d’épaules et tant de cœurs
et tout ça sans les mains

Nous avons uni des langues foisonnées
sans amalgame ni fusion
sans même un doigt sur les lèvres pour ne rien taire des mots à venir

Nous avons levé les yeux depuis l’écart entre la ligne de fuite et l’espace qu’occupent les pieds
leur ancrage dans le sol

Nous avons ouvert des voies des clameurs
de nouveaux cycles
l’éclaircie comme éclairage d’un réel possible
des accalmies attendues

Nous avons soulevé le vent
pour un meilleur aperçu de la vie

Perle Vallens


(poème minute, Le parvis, esplanade de Beaubourg, Paris, écrit le 1er janvier 2024)

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Absence

Rien ne frotte
Aucune étincelle d’aucun silex
aucune flamme ne naît des braises déjà soufflées
Le feu est là quelque part mais ne se réveille pas pour faire brûler
et ce qui ne brûle pas s’éteint

Rien ne murmure rien ne chante
la voix a disparu
la bouche de la voix a disparu
le visage de la bouche de la voix a disparu
Il n’y a plus de vent assez fort pour la porter

Il n’y a plus de marée pour me nourrir
plus de lumière pour me guider
dans l’horizon plus de montagnes à escalader
tout est plat à perte de vue

Il n’y a plus de chemin où poser mes pas
la route prévue a été coupée
chercher revient à ne pas trouver
se pencher dans le vide revient à tomber

Perle Vallens

photo n&b·poésie

je, l’étranger

sur un horizon bas de gamme
nous défleurissons
précocement tombés dans l’âge adulte
des joues débordées par le désir
la langueur et la mélancolie
la morsure du dimanche soir
promotion sur les lendemains qui déchantent
deux jours pour le prix d’un qui vaille la peine
c’est comme dire un tiens vaut mieux que deux tu l’auras
nous cumulons les mauvais choix par crainte
de ce qui crépite au fond d’un lit
c’est le caractère d’urgence
irréversible
ce qui démange nous jouera des tours
ce qui se digère mal au fond c’est le prix à payer
d’une sueur inconnue
cet autre je qui nous est étranger
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

La terre tremble

Ecoutez
C’est la terre
qui tremble et craque
C’est l’écorce terrestre
qui rompt se morcelle se détache
C’est la carcasse décentrée folle
qui s’ébranle et s’engouffre
C’est la masse considérable
qui s’éventre brusquement arrachée à elle-même
par on ne sait quelle force centrifuge
C’est l’effondrement de falaises infranchissables
qui se brisent sous leur propre poids
C’est la partie centrale des glaciers
qui se fracture leur fonte progressive
où le sérac s’écroule
C’est le fracas des corps solides
qui s’entrechoquent
corps devenus mous sans forme
devenus flottement dans l’onde disloquée du monde
C’est l’abîme insalubre d’ombres instables
qui dévore et avale toute chose
C’est l’éclat rauque et métallique
qui foudroie la peau grasse et douce et souple de la terre ensanglantée
C’est la chair vive défaite ravalée au rang de cadavre
qui nourrit la terre et s’en nourrit
C’est la trace des blessures la couche crevassée
qui découpe cicatrices le long des fissures
tant de membres amputés qui finissent par repousser
au rythme d’une course comme une prière
que rien ne parvient à terrasser
Perle Vallens

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Lucioles

j’avais des lucioles dans mes os
luisants
des ouvertures sans charnières
dans les jambes
des mains me poussaient partout
puis d’épuisement
mes yeux sont tombés blancs
de mon visage dépressurisé
d’habitude je les ramasse
je les recouds comme le sourire
rembobiné
pour mieux enregistrer les messages
à lire sur les lèvres à l’aveugle
à l’ouverture le cil n‘avait toujours pas
de réponse à donner
Perle Vallens