Il faut en premier et avant toute chose
avant toute autre précaution
se chausser
Et on se lave d’abord les pieds
on récure bien entre les orteils c’est important
On en profite pour vérifier la taille nette des ongles
limés au besoin
On lisse le tendon pour le décoller un peu
réactiver la circulation sanguine
et le désir
On frotte sous la plante
on le fait franchement sans égard pour les peaux mortes
du talon grenu et rêche
On le fait plus délicatement pour l’articulation
de la cheville droite
là où la malléole gonfle
molle et indécise
qui se pose toujours un peu la question de la marche
Tu comprends depuis qu’elle a été cassée
elle garde une fragilité un genre de timidité
On la flatte comme un animal indocile
qu’on veut calmer
On masse avec douceur la bursite
à gauche
toute fraîchement arrivée sans permission
par inflammation subite comme pour te faire regretter
les plaisirs pris
On la traite avec déférence cette punition
qui fait ralentir le pas
Il lui faut de l’huile essentielle d’eucalyptus citronné et du froid
pour décongestionner
Dite achiléenne calcanéenne sous-cutanée
cheville demi-divine de semi héros grec mort
de trahison du corps
d’ordinaire interdit le tendon qui s’érode
le protège des échauffements le chouchoute
lubrifie que ça coulisse que ça ne ripe pas
Bourse séreuse hypertrophiée baudruche enflée
fat-fat-fat et pfuit dégonfle
son outre qu’on dirait percée
petite boule synoviale œdème
endémique
mi ventre-phoque mi bouée-de-sauvetage
de pleine noyade
Dimension et apparition aléatoires
va et vient rien que pour embêter
propriétaire de la jambe
et pression des nocicepteurs tu douilles
La douleur
paraît que ça nous fait paraître plus vivant
Je douille donc je vis
Il reste à trouver meilleures chaussures
(pas de rando)
les chaussettes qui rasent le mal
et partir en boitillant
à l’assaut de la ville en se rappelant
à sa généalogie de pieds-bots
Perle Vallens