100 jours·photo n&b·photo-poème·poésie

Cet air de reproche

Turbide nappe de canicule
acculé une chaleur de chaux vive
excès notables de nos turpitudes
les arbres ont cet air de reproche et d’avoir
abandonné la partie d’une lutte contre l’inertie
quel réquisitoire ces feuilles jaunies fripées
tombées prématurément comme un signe
de découragement à ramasser
cet humus à venir pour faire germer quoi du monde
ces changements qu’on espère

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 51

atelier Laura Vazquez·écriture·photo-poème·poésie

Marcher ou ne pas marcher, telle est la question

Il faut en premier et avant toute chose
avant toute autre précaution
se chausser

Et on se lave d’abord les pieds
on récure bien entre les orteils c’est important
On en profite pour vérifier la taille nette des ongles
limés au besoin

On lisse le tendon pour le décoller un peu
réactiver la circulation sanguine
et le désir

On frotte sous la plante
on le fait franchement sans égard pour les peaux mortes
du talon grenu et rêche

On le fait plus délicatement pour l’articulation
de la cheville droite
là où la malléole gonfle
molle et indécise
qui se pose toujours un peu la question de la marche
Tu comprends depuis qu’elle a été cassée
elle garde une fragilité un genre de timidité
On la flatte comme un animal indocile
qu’on veut calmer

On masse avec douceur la bursite
à gauche
toute fraîchement arrivée sans permission
par inflammation subite comme pour te faire regretter
les plaisirs pris
On la traite avec déférence cette punition
qui fait ralentir le pas
Il lui faut de l’huile essentielle d’eucalyptus citronné et du froid
pour décongestionner

Dite achiléenne calcanéenne sous-cutanée
cheville demi-divine de semi héros grec mort
de trahison du corps
d’ordinaire interdit le tendon qui s’érode
le protège des échauffements le chouchoute
lubrifie que ça coulisse que ça ne ripe pas

Bourse séreuse hypertrophiée baudruche enflée
fat-fat-fat et pfuit dégonfle
son outre qu’on dirait percée
petite boule synoviale œdème
endémique
mi ventre-phoque mi bouée-de-sauvetage
de pleine noyade

Dimension et apparition aléatoires
va et vient rien que pour embêter
propriétaire de la jambe
et pression des nocicepteurs tu douilles
La douleur
paraît que ça nous fait paraître plus vivant
Je douille donc je vis

Il reste à trouver meilleures chaussures
(pas de rando)
les chaussettes qui rasent le mal
et partir en boitillant
à l’assaut de la ville en se rappelant
à sa généalogie de pieds-bots

Perle Vallens

photo-poème·poésie

Rituel

on ritualise l’aventure du cac 40
en scrollant nos avances sur capital 
plus value et à valoir sont dans un bateau
celui qui tombe à l’eau se noie sous un flux
de liquidités factices
ceux qui réinventent la valeur quotidienne
de l’argent dévaluent nos vies 
trouvent dans l’inflation un facteur bénéfique 
tressaillement premium du sourcil gauche
sous la paupière 

Perle Vallens

photo n&b·photo-poème·poésie

Main de nuit blanche

Main de nuit
blanche

nuit de saison
déraisonnée ouverte
bruits blancs ses pulsations
paume renversée recto-verso pâle
d’une blancheur de lune nuit écourtée
manche relevée jusqu’au coude creux d’épaule
plus clair que partout ailleurs sur le drap tendu la peau
d’un toucher moins rêche la douceur blanche de la main qui caresse
le soupir dans la lenteur du visage qui s’approche pour le baiser de mi-nuit
la moitié de ton corps sur la moitié du mien sa pesanteur d’avant matin
nos jambes dénudées apparues blanc sur blanc se confondent
et cette manière de les entremêler au réveil est un appel
dans le bruissement de chair froissée qui émerge
du sommeil cette manière qu’a la main de
suivre la ligne cohabitée des corps
comme pour appeler
une nouvelle fois
nuit blanche

Perle Vallens



atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·photo-poème·prose

Etat d’épuisement

L’épuisement est une opacité. C’est une grisaille qui pèse, une brume qui blanchit, qui ensorcelle jusqu’à disparition. Cest un voile tombé sur tout le corps. Je me sens anesthésiée. Ça commence comme une lourdeur sur les épaules, qui monte dans les cervicales jusqu’au cerveau. Là, l’épuisement creuse jusqu’aux yeux qui peinent à rester ouverts. Les cils battent pour s’envoler mais quelque chose les retient, les accroche, les pousse dans la verticale, appuie dessus et sur les paupières pour les fermer. Je force, je bats des ailes, je m’oblige au mouvement, je grimace, j’active tous les muscles du visage pour me maintenir en suspension au-dessus de la chape. C’est une résistance, c’est un combat entre moi er la grande fatigue qui étend son ombre.

Perle Vallens