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Décoquille-moi

A la pointe du couteau, la carapace s’étrangle et suffoque la vivace bestiole, dans l’ouverture scintillante d’un lent déshabillage, une percée suintante d’où s’écoulent l’attente, l’alarme, l’instant affolé.
Soulève la robe et dévoile la volupté d’une nacre qu’un jus suave enduit de ses sucs, les larmes salées d’un souffle d’iode, une folie douce, un délice marin.
Les gouttes tombent comme des perles entre les lèvres, explosent sur la langue toute leur humeur d’océan, l’afflux charnel d’un ressac dense.
Mâcher les chairs quand l’animal se rétracte, se craquelle sous la dent, se morcelle en frissons, glisse et s’abandonne dans la bouche désirée. Mouvant encore du sanglot des vagues, sinueuse ligne voguant, les eaux dans les eaux mêlées, il lâche toutes ses voiles d’un dernier soupir.
©Perle Vallens

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Nécrophage

Faut-il craindre la nuit, ses ombres denses, son opacité ? Faut-il redouter ses propres incertitudes, ses mauvais rêves lorsqu’ils s’étalent en herpès sur son sommeil ? Surtout, ne pas dormir sans les avoir bâlafrés, sans avoir éclairé pleins phares l’obscurité.

Se réveiller au pied du mur, blanchi de la pâle heure du crépuscule, porté par l’opâle lueur d’un réverbère. Le ciment s’effrite et se craquelle au regard cerné de cadavres.
C’est un crépi fissuré où s’égratignent les souvenirs, les blessures mal refermées.
C’est un miroir de craie où se reflètent les peurs, les os brisés et les ailes perdues.
C’est une pierre poreuse qui charrie l’amer et déborde de faux sentiments, comme un fossoyeur déterre les crânes et les fleurs.
S’y voir borgne et muet au chagrin, le corps absent et les mains vides, transparent à soi-même.
Que reste-t-il encore de l’enfance ?
©Perle Vallens

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Sweet home

Ma maison boit la nuit, broie du noir, craque l’opaque en éclat blanc. Ma maison est ivre, livrée à l’intime, danse avec les ombres. Ma maison charrie les corps, cherche les noms, recrache les chants en poussière d’argent. Ma maison bascule dans les songes, salue les arbres et sombre sous les étoiles.
Parle-lui des branches qui frôlent les fenêtres en arches floues, en panaches effleurés. Elles soufflent leur hâle nocturne à la face de craie en lustres indécents, étoffent le crépis desséché de langueurs obscures . Elles so’ffrent au silence, assassinent les soies lentes du crépuscule, Elles essuient les cernes des souvenirs, flottent et suintent l’encre, c’est leur caresse, leur étreinte sur les murs, leurs mots murmurés.
©Perle Vallens

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Haut les murs !

montage bras PV

Le mur de la pièce comme rideau ou muraille
Un mur blanchi de ta lumière où brille ma peau
Un mur de fusillée sous la mitraille de ton œil
Un mur de sel où flottent nues mes failles
Un mur désert comme miroir sans reflet
Un mur incertain, un terrain fragile
Un mur féroce aux blessures qui m’essouffle
Un mur vide qui m’éclabousse de ton absence

L’angle brisé du bras si lourd armé de tant de poids, les os dansent jusqu’à l’usure
Comment desserrer l’étau et lever plus haut ? Comment tendre l’arc immobile ?
Comment réduire l’espace et agrandir l’ardeur ?
©Perle Vallens

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Berceuse

Ce serait une musique douce, un embarquement soyeux sur une rive de drap blanc, un chemin pavé de lumineuses incertitudes, un voyage immobile, un aller avec retour entre deux vibrations. Peut-être en serais-je le guide. Je prendrais ton esprit comme on prend par la main, pour t’emmener ailleurs, plus loin, là où tu offrirais ton abandon, tes rêves, tes peurs, tous tes doutes, tes désirs. Je m’en emparerais pour m’en draper, me vêtir de leur chaleur, à l’ombre de tes mots, au creux de tes silences. Je m’en inonderais le corps et m’en abreuverais. Alors, je pourrais m’échouer sur ton ventre, contre ton flanc, entre tes cuisses. J’y boirais ton odeur, celle délicate, ourlée, veloutée, celle plus sauvage, assassine, douce-amère. Les yeux fermés, bercés sous la paupière, crevés par la lumière de ce chant muet, ton souffle.
©Perle Vallens

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Compter les moutons

Plus esprit frappeur que rébellion. Du nombre dans les rangs. 
Compter les bêlants n’est pas une solution, l’insomnie est partie pour durer. 
Les bras armés finiront bien par retomber le long du corps meurtri. Des traces persisteront çà et là, indélébiles. Les fumigènes ne voilent jamais tout.
Les moutons ont-ils troué leurs oeillères ? L’après sera-t-il mieux que l’avant ? 
L’espoir a la vie dure.
©Perle Vallens