atelier Laura Vazquez·photo n&b·poésie·prose

Tous les soirs

Tous les soirs, il la regarde se coiffer. Elle se laisse regarder. C’est comme s’il la touchait. Elle se laisse tomber dans son regard, sans filet. Elle effiloche son visage et lui laisse une ficelle pour qu’il puisse la suivre dans son sommeil. 

Tous les soirs, elle se déshabille devant lui en espérant que quelque chose se passe. Qu’un mot soit lancé. A la volée, le rattraper, le garder au chaud, effacer les silences. Mais elle disparaît dans les non-dits. Sa nudité n’offre rien de plus que sa nudité. 

Tous les soirs elle espère. Elle essaie de susciter mais ne sait pas bien comment s’y prendre. Elle a l’impression de s’estomper au bout de ses yeux. Elle espère être là le lendemain, elle espère qu’il la voit toujours. Au moins ça. 

Tous les soirs, elle a peur.  Elle a peur du noir qui embue la chambre. Elle a peur que le monstre sous le lit se réveille avant elle, avant lui. Elle a peur qu’il la surprenne dans ses rêves. Elle se demande si lui ou le monstre, ce n’est pas la même chose. 

Tous les soirs, elle a peur de ne pas se réveiller.

Perle Vallens

photo n&b·poésie

DIY

Demain est un do it yourself comme un autre
Il suffit de mettre les doigts dans l’engrenage
et se laisser entraîner

Tu te dis ça va bien se passer
(pour l’instant tout va bien)
Tu vis au rabais pour durer
Tu te passes en heures creuses
Cet attrait du vide comme du moindre coût
te fait tenir

Tu comptes les heures qu’il te reste dans ta time-line
Tu te dis ça va bien se passer
(pour l’instant tout va bien)
Tu comptes les points contre l’adversité
pour l’instant t’en sors vainqueur

Tu caresses tes promesses dans le sens du poil
Tu t’auto-likes tous les matins au miroir
tu fais de toi une bonne affaire
c’est un encouragement de courte durée
un emprunt non remboursable à souscrire chaque fois
que tu penses au pire
ta politique du pouce levé comme antalgique
smile de travers mais smile quand même

Perle Vallens

poésie·prose

Quelles formules

L’heure se traverse seulement dans un sens
nous assemble seulement dans un sens
qui semble le seul possible
nous nous efforçons de nous assembler
dans cette heure qui passe plus vite que l’assemblage 
forcément interrompu par tout un tas de facteurs 
parfois indépendant ms de nos volontés
dans l’heure nous rassemblons de quoi réduire l’espace entre nous 
force est de constater que ce qui s’accroît dans l’heure c’est l’espace 
et l’étroitesse de ce que l’esprit dicte au détriment du cœur 
on se demande régulièrement comment inverser la tendance et remplir cette heure de formules d’assemblage imparables 
mais imparfaites à parfaitement nous assembler
nous nous rendons compte que les équations sont à variables imprécises
qu’il existe bien trop de paramètres de combinaisons trop complexes pour poser aisément les termes 
qu’il n’existe aucune formule définie pour résoudre le problème de l’assemblage entre nous

Perle Vallens