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L’ère à venir

Quelle formule d’humain sait dire la longévité des pierres
l’accalmie minérale repose dans l’âge des lichens et leur aptitude à digérer lentement la surface comme on ronge l’attente

Quelle vocalise d’oiseaux déserte nos gorges
rouges d’avoir trop crié au loup sans être entendu
d’avoir émaillé le milieu du monde de nos espoirs bien décidés
à emprunter son chant à celui son effort continu jusque dans la nuit

Quel lien retient la mousse des forêts au bord des lèvres
quels mots fomentés leurs ferments lents pour dire une ère disparue et une autre à venir
une ère flashée au radar de nos peurs pour trop grande vitesse
dans le largage des gaz pour changement d’échelle dans nos regards

l’angoisse ne dit pas son nom c’est dire sa multitude d’identités
et sa duplicité

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écopoétique·écriture·photo retouchée·poésie

déguster une pierre

(la pierre dégustée ne correspond pas à celle prise en photo)

quel secret non effrité de la pierre son silence
l’irrévélé se plisse en strates dans d’insondables replis

lessivée rongée poncée par les pluies se laisse raviner
dégringole son unicité décrochée de la roche
l’infime devenu pierre

son appel clair entonne un chant inaudible
dévoile l’invisible d’une discrétion d’une pudeur
le signe d’une existence simple

secrète effusion sa tension au creux de la paume
la blessure au poignet la veine minérale
son feuilletage cristallin

sa blancheur de craie moelleuse écrasée
sans laisser trace sur les doigts
à la main revenue au pouce préhenseur
j’agrippe mais ne la possède pas

d’infimes poussières sont brève envolée
leur olfaction tressaille palpitation des narines
ce souffle intense d’une vie passée dans ses mystères

je ne perce pour l’instant aucune révélation
du berceau de la terre de ses profondeurs
la pierre tait jusqu’à son origine

se lèche pour savoir de quelle extraction
de quel sol son origine de quelle promesse son terroir
et le vin à venir

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Résidence d’écriture Le Quinson

Aujourd’hui débute une résidence d’écriture dans la Drôme : le Quinson se trouve à Francillon-sur-Roubion au nord-est de Montélimar. Durant quinze jours, je travaillerai à l’essai poétique en cours : Les Insignifiantes. Il n’y aura peut-être pas de journal de résidence mais quelques points sur l’écriture, des images sur la nature environnante, des rencontres, des échanges, etc. A suivre…

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Les Insignifiantes, retour sur la lecture

C’était le 25 octobre à la librairie Orange bleue, lors du vernissage de l’exposition photographique Les Insignifiantes, qui est visible à la librairie, dans l’escalier, jusqu’à fin décembre. J’ai lu quelques extraits de l’essai poétique et photographique éponyme, qui est à la fois le projet du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille et auquel sera consacrée une résidence d’écriture qui démarre ce lundi. Je vous en dis plus à ce sujet demain.
Voici un court montage du quart d’heure de lecture. J’en reposterai probablement plus tard.

Et ci-dessous des photos prises lors de l’installation de l’exposition fin septembre.

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La plante du bout de la rue

La plante du bout de la rue, personne ne la nomme, personne ne la voit. Elle s’ignore et paisible, inoffensive, pousse là, presque invisible, au bout de la rue.

La plante du bout de la rue respire. Elle respire bas un air à ras de terre. Elle absorbe de l’oxygène comme moi, le même, la même atmosphère de saison, les mêmes relents, les mêmes crachats de pollution. Qu’importe, elle respire.

La plante du bout de la rue se nourrit de ce qu’elle trouve, boit l’eau de pluie qui ruisselle sur elle, mange de toutes ses racines plongées quelque part dans la terre, dans l’anfractuosité entre le mur et le trottoir, cette trouée dans laquelle elle a fait son nid. C’est là qu’elle habite. C’est là qu’elle dort la nuit. C’est depuis cet endroit bétonné, crépi qu’elle se nourrit de peu, de rien mais qui la fait vivre.

La plante du bout de la rue se vêt et se dévêt à mesure des saisons, renforce ses feuilles, carène sa tige, protège ses téguments. Elle maintient sa température corporelle, frissonne et transpire comme moi quand l’ai trop froid ou trop chaud. Elle se ménage des accalmies au milieu des tempêtes et évite les mains qui arrachent, se fait moindre, menue, minuscule pour conserver son invisibilité salutaire.

Je ne sais pas avec quelle autre plante celle du bout de la rue peut échanger. Toutes les autres sont tellement éloignées. Avec quel arbre dont les branches lui offrent un abri ombragé, avec quel animal qui pose sa truffe pour la renifler, avec quel autre qui viendra la butiner ?

Bientôt, la plante du bout de la rue essaimera et s’éparpillera. Il sera temps. Elle comptera sur le vent pour se disperser. Sa descendance se replantera plus loin, avec un peu de chance dans un pré voisin, un verger, un espace vierge, non aspergé de pesticides. Et ce sera renouvellement après renouvellement de la plante, ailleurs qu’au bout de la rue.

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Ligne vierge

Neige ininterrompue pleine gorge
dans le combiné vintage
Il n’y a pas d’abonné valide
Il n’y a pas de réponse au message envoyé
La liaison a été coupée le fil rompu
interlocuteur non joignable à l’heure du dégel
écoute attentive que rien ne perce qu’un bruit blanc
où se jeter pour mieux parler dans le vide
au fond des joues se creuse l’écho bref d’une parole
au front s’estompe le lien fragile qu’interrompt
le retour en vie réelle
et le regard fond au milieu des congères de messages
que le cerveau laisse s’empiler comme des vieux journaux
il y a pourtant largement de quoi lire
sur un visage qu’on laisse éclore

Perle Vallens