Il y a cette menace cette peur celte que le ciel nous tombe sur la tête qu’une météorite ou un astéroïde nous heurte que son unique satellite s’écrase qu’un jour la Lune puisse avoir un sérieux rendez-vous avec la Terre
On se raconte des histoires intergénérationnelles de force gravitationnelle – infra et supra – des histoires d’exoplanète d’orbites désaxées d’expériences cinétiques de poussées d’accélérations centripètes contrariées de risques d’effondrement voire d’explosion de disparition totale
On se raconte pour se faire peur et pour se rassurer en même temps puisque rien n’arrive jamais vraiment
A l’invitation de Adeline Miremont-Giustiniani, j’ai assisté à son atelier sur le thème de l’Autre, à l’occasion du Printemps des Poètes 2023 – Frontières. Elle s’est appuyée sur divers textes ainsi que sur des encres de Marc Laot, actuellement visibles à Cherbourg (jusqu’au 12 mars). NB Adeline Miermont-Giustinati a fondé une association pour promouvoir la poésie dans tout le Cotentin. La Péninsule propose des lectures, des rencontres et des ateliers d’écriture. Un soutien pour un soutien à la poésie…
Je mets ton visage dans le mien J’en fais le tour et c’est comme t’entourer entièrement comme cerner de près comme encercler ton sourire dans le mien comme me laisser bercer dans son contour Je mets ton œil dans mon œil et c’est tout ton visage qui déborde qui s’invite sur mes lèvres Ton visage me dit quelque chose de ta vie de ton pays me dit une façon différente d’être toi d’être moi Ton visage comme une caresse restreint l’espace se fait miroir où je me regarde comme je te regarde Ton visage se reflète se définit comme semblable comme fraternel comme fruit d’un souffle commun cet air qui circule entre nous que nous buvons tous deux que nous partageons Ton visage ne se refuse pas il s’offre il s’élance et n’a d’assaut que sa transparence que sa force tranquille et sa quiétude Je reçois ton visage comme un cadeau
…
L’autre : celui d’ici ou d’ailleurs, celui qui vient de loin ou de tout près, celui qui a fait un long voyage ou qui a seulement traversé la rue, celui dont je croise le pas ou le regard
L’autre : celui avec qui je partage plus que je ne saurais dire, celui qui me frôle ou qui me touche, celui qui me suit ou me précède, celui qui ne s’enfuit pas, celui que je regarde sans doute ni peur, celui que je prends dans mes bras
L’autre : celui qui ne sait pas qui je suis, dont je ne sais pas qui il est, celui que j’observe de loin, celui qui s’arrête au bord de ma route, celui qui emprunte la même voie que moi, celui qui m’accompagne une heure, un jour, un mois une vie
…
Tu as dans le regard un feu qui ne s’est pas encore éteint il reste un frémissement d’après la brûlure d’après l’intense brasier d’après les douleurs
Tu as dans le sourire la force de toutes les femmes, la patience et la sérénité, la perception de ce qui doit être et de ce qui sera
Tu as dans le menton cet air calme de monument, cette pliure d’avoir été mère et l’apparence tranquille, décidé d’une existence qui a chanté autant qu’elle a pleuré
Tu as dans l’ovale de ton visage, la sculpture de tous tes instants de vie, l’équilibre entre les racines profondes et la fleur décidée à s’ouvrir encore
Tu as l’aura et la grandeur qui dépassent les statures, qui transperce et terrasse l’adversité
Car tu as traversé tous les âges de la vie et tu es toujours là
La langue colle à la vitre
surface fallacieuse renvoie le mauvais reflet
le pire profil de nous-mêmes
celui de qui nous nous défions
la langue fait foi
mais nous faisons fi de ses allégations
de qui suis-je le vrai visage
je me suppose réelle puisque
reflétée Perle Vallens
la langue est de courte durée pour grimper la côte elle pend bien avant le reste du corps ce muscle fatigué de répéter les mêmes choses de poser les même questions aurait hâte de franchir après les obstacles la ligne d’arrivée la langue tirée au miroir pour vérifier si on est toujours là Perle Vallens
on se rencontre et d’abord soi par la chair tissés ensemble nous nous glissant nés à nouveau dans ce réseau d’ondes ondées à demi bues nous résorbant dans nos révoltes couchant dans la lie du monde ses envers nous y vautrant avant d’avoir vu d’avoir assez respiré d’avoir ouvert des plaies avant d’avoir entendu l’alarme sans savoir qui l’avait déclenchée Perle Vallens
Il s’agit cette fois d’une demande « expresse » que je me dois d’honorer : c’est sur un extrait du Seigneur des anneaux de Peter Jackson que j’ai composé ce ciné poème n°10, intitulé comme le cheval je flotte.
Tu étais cet animal libre agitant son museau sa chevelure comme une fourrure qui gagnait du terrain sur le jour à l’heure des grandes chevauchées le sommet nous attendait
Tu étais alors la première de cordée et ton propre filin d’acier du ciel qui s’agrippait à la lumière et te poussait vers l’avant c’est ce qui me tirait ta force faite mienne
Tu étais la croisée des chemins par laquelle on échange nos âges la croix tracée sur la poitrine et la bannière qui hèle sœurs et mère qui fait tenir bon sur les sentes escarpées
Tu étais la crosse des fougères qui se déroule dans le plein soleil de ta jeunesse à laquelle je m’accroche tu galopais caprine dans les prés et moi redevenue chevreau
A la lune pleine dont tu fus l’éclat tu as chanté et dansé dans l’ardeur tiède tu étais la course des constellations qui s’est arrimée à ma taille c’était toi ma ceinture d’Orion
Quand nous nous sommes assises tu as été la quiétude de mon front tu as été dans le flot noir de la nuit la lumière qui m’a épinglée papillon mon cœur à ta boutonnière Perle Vallens
Ce neuvième ciné-poème nous emmène dans l’univers onirique et poétique d’un grand réalisateur. L’extrait choisi est la scène finale du film Stalker de Andreï Tarkovski. Prochaine étape, un plongeon dans un film d’heroïc fantasy, à la demande de quelqu’une…
je manie le silence comme la langue heure raccourcie de l’identité le nom oublié par la bouche qui le dévorait
les lèvres se déshabillent et je me retrouve nue dans le ventre d’une autre celle qui n’est pas moi m’assure du contraire boit mon visage d’un trait le digère quand je remonte à ma surface je me vois disparue
d’une main qui prend ma main d’un œil qui force les serrures j’aspire un reste de terreur dans l’usage forcené du cristalin – l’art d’accoucher des images au forceps – il manque à la faute commise la caresse oculaire Perle Vallens
Fanzine créé par Julie Facquier, le Nouveau Décadent réunit textes et illustrations » érotiques, surréalistes, ésotériques.. ». Dans ce second numéro, je partage un poème sur le corps, ses explosions, dont vous pouvez lire le début ci-dessous, en vis à vis d’une oeuvre de Laurence Marie. Vous pouvez soutenir l’édition de ce livret en l’acquérant directement auprès de Julie, par mail juliefacquier@gmail.com.