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Vers le monde

Murs
Il y aurait quatre pans autour de nous, de brique ou de plâtre. Ils seraient hissés tout autour, rétrécissant l’espace, le cloisonnant. Ils pèleraient à force qu’on gratte puisque nous serions enfermés. Nous serions animaux levant la patte, le signe que les murs seraient insuffisants à délimiter notre territoire. Nous les aurions voulu plus larges. Nous aurions voulu les abattre pour laisser entrer la lumière.

Fenêtres
C’est pour ça que nous aurions percé les murs. Nous y aurions laissé entré la lumière par de petites ouvertures de la largeur de nos bras. Nous pourrions les ouvrir et les fermer. Les fenêtres feraient un pas en avant et les yeux nous précéderaient à l’extérieur. Les vitres réverbéreraient l’éclat des choses. Ce serait façon d’illuminer les murs.

Portes
Nous aurions choisi de percer de plus grandes ouvertures de la hauteur du plus grand d’entre nous. Nous aurions installé un panneau à ouverture latérale. Ce serait comme une fenêtre mais très haute qui permettrait de sortir entièrement. Les portes feraient un pas en avant et nos pieds nous précéderaient à l’extérieur. Ils seraient aussitôt suivis de notre corps entier. Et de nos yeux qui avaient parcouru tout l’horizon avant, par les fenêtres. Tout notre corps pourrait alors emboîter le pas des yeux, puis des pieds et alors, le monde serait à nous.

Monde
Ce serait une immensité. Il serait tellement vaste qu’il semblerait infini, qu’on ne pourrait jamais le parcourir en entier. Jamais nous n’en serions rassasié. Le monde serait ce que nous avions longtemps rêvé et auquel nous avions désormais accès, grâce aux fenêtres, grâce aux portes.

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Soleil d’hiver

soleil émacié hâve d’hiver
se vide dans l’ombre à vif de l’œil
diffuse rase lumière dolente tarde
à réchauffer
ma main au front se terre
comme si l’éclat d’été perdurait
faisant face
traversant ses espaces sa géométrie
dessinée son effacement
dans la déchirure des branchages
suit de la langue le chuintement
du feuillage où chante l’aube
se confond avec le crépuscule
dans le son des images
dans la couleur des mots
lancement des ferveurs l’assaut
est donné de nos écueils
dans l’extensible écart des flux
l’abordage du réel
Perle Vallens

Actualité·écoute audio·Mange tes mots·poésie·podcast·prose

De la douceur dans Mange tes mots

Aujourd’hui à 20h00, le podcast poétique de l’association Mange tes mots est « une ode au lien – intime ou collectif, passé ou futur, brûlant ou mélancolique, amoureux ou filial ». Il y sera question de douceur aux couleurs d’Ocean Vuong et de la citation ci-dessus. C’est un ancien enregistement intitulé S’enforester que vous pourrez écouter aux côtés d’une vingtaine de voix que feront entendre l’écho de leurs tendresses.
Rendez-vous donc sur les plateformes de Mange tes mots, sur spotify par exemple. Bonne écoute !

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Ciné-poème 6 : séquelles du jour

C’est avec David Lynch que nous poursuivons la série vidéo inspirée du cinéma, avec le début du film Blue Velvet et un ciné-poème n°6 intitulé séquelles du jour. Si la musique de ce film compte, le prochain épisode sera lui aussi marqué par une musique qui signe le film. Et retour au noir et blanc… En attendant, je vous souhaite bonne exploration des séquelles lynchiennes :

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Pierre

Pierres roulent tombent s’arrachent s’effritent. Pierres affleurant à la surface. Pierres empilées, enfoncées sous mon pied qui s’attarde. Pierres terrassées par les érosions. Monceau de pierres, cimetière minéral, pierres cachées dans les profondeurs, sous la glaise humide, grouillant sous les lombrics. Remue-ménage de pierres, comme vives, s’agitant au-dessous. Pierres ensevelies, sédimentées, couche successive d’âges. Pierres recouvertes par les mers, pierres surgies du passé. Pierres fossiles d’autres temps. Pierres encore là après des milliers d’années. Volcaniques, granitiques recrachées dans les laves, de basalte, pierres nées de magma, pierres métamorphes. Silex, éclats de météorite, pierres tombées d’on ne sait où, pierres venues des étoiles. Pierres survivantes, pierres nomades en longue caravane a dévalé ses pentes. Celles qui voguent, suivent le cours des fleuves, pierres voyageuses. Qui pour deviner leur route, quel trajet elles ont emprunté, qui pour voir dans leurs empreintes le sillage, qui pour y retracer un visage. La pierre, je la suce et par la salive, elle me dit ce que je ne sais pas encore d’elle. Pierre acide, crayeuse, ferrugineuse, pierre à digestion rapide de son histoire. Pierre diseuse de ses aventures. Sous la langue me parle de ses ères, de la terre. Pierre de calcaire, d’argile, de grès, silice et marne. Eboulis et poussières, pierres réduites en miettes. Pierre née des carrières, pierre creusée dans la roche, la mère, l’originelle. Pierre blanche, rose, marbrée de vert ou de bleu, pierre scintillante, brûlée au soleil, perlée d’eau de rivière, pierre plate à ricochets. Pierre enfouie dans le sable à l’heure des marée. Pierre roulée et polie, pierre à arête tranchante, pierre à angle droit, pierre à feux, à frottements, pierre douce à caresser. Pierre qui chante ses secrets.
Perle Vallens

Actualité·lecture·poésie·prose·recueil·Tarmac éditions

Lecture de ceux qui m’aiment à la librairie Orange Bleue

Vendredi prochain aura lieu une rencontre-lecture de poésie à la Librairie Orange Bleue (Orange, Vaucluse) autour des éditions Tarmac avec deux des dernières parutions de l’éditeur. Je lirai, aux côtés du poète Olivier Bastide, des extraits de ceux qui m’aiment, recueil paru en novembre dernier, ainsi que d’autres textes publiés ici, ou encore des inédits tirés d’une nouvelle série intitulée Solo.
Rendez-vous le 3 février à 19h00 donc, si vous êtes dans le coin, je serais ravie de vous y rencontrer.