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Personne. Seulement.

Un rayon par heure suffirait, une zébrure suffisante de lumière, un feu extérieur survenu qui survient encore au bout des doigts. Suffisamment pour dessiner le contour de nos vies.
Personne pour supprimer nos prisons. Personne pour supprimer l’inertie, personne pour définir mieux que nous le provisoire. Personne pour boire mieux que nous à la source. Personne pour s’élancer. Seulement le soleil.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo couleur·poésie

Respirer

Respirer quelque part le suint, la source, peut-être l’aisselle ou l’aine.
Respirer la voix, les voeux, les mots, le son viscéral scotché au ventre.
Respirer le secret, la place douce, le souffle, ce qui se confie de la bouche à la bouche.
Respirer la peau, l’impatience, l’impact de la main sur le corps.
Respirer la transe, les saccades, les traces.
Respirer les saccages, les salissures, les salaisons.
Respirer pleinement, à saturation, poumons prêts à exploser, faire le plein de tout de qui est, de tout ce qui advient.
Respirer jusqu’à l’absence même, jusqu’à la suspension.
©Perle Vallens

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Le corps ou l’ombre (2)

Le corps dur, froid, raide. Rigidité ante mortem, béton de prime abord.
Le corps, le grand vide, le grand démembrement, l’absence de tremblement.
C’est une perception dépecée. Débarrassé de sa substance, le corps est une mue triste.
Défaut d’existence, déficit de consistance réelle, l’écart chronique se creuse entre soi et soi.
Celui qui est là n’y est pas vraiment. Il simule une certaine semblance, le flou du visage, l’ombre du corps.
Il est son propre fantôme.
©Perle Vallens

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Le corps ou l’ombre

Le corps se digère mal, il ne passe pas. Il persiste dans son inconduite, il persiste dans ses erreurs.
Au jugé, le corps est coupable. Il a tous les signes du coupable. Il garde ses distances, il est bien trop immobile pour être vrai. Le corps se trahit tout seul.
Il parle pour ne rien dire. Il parle dans le vide. L’audience a quitté la salle. Il faut suivre les signes.
A l’évidence, le corps semble insensible. Il semble passif sous les apparences trompeuses d’une fébrilité mal jaugée. Il fausse compagnie. Il fait semblant. Il truque les cartes. Il terrasse le souffle suspendu à la peau. D’un geste il se condamne.
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 5 par 5 (6 – par 6)

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On pourrait se cacher que cela ne changerait rien. On pourrait fermer les yeux que l’on verrait encore à travers les paupières tous les cris du monde. On verrait à travers les autres yeux. On verrait en aveugle volontaire tout ce que l’on refusait de voir.
Et on croirait peut-être encore que le ciel existe.
©Perle Vallens

27
Le silence possède son propre son
sa mélodie inaudible entre les mots
une petite musique qui ne s’entend
que dans l’espace clos
l’écart sous la peau
©Perle Vallens

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Je laisserais flotter mes cheveux à la surface des choses, j’irai d’errances en errances, je passerai du temps sans comprendre, sans voir,
sans attendre le possible, sans savoir ce qui est souhaitable, sans prendre la mesure du temps.
©Perle Vallens

29
Il est temps de mettre des chaussures aux jours, des chaussures de marche pour randonner plus loin, pour rallonger les heures.
Sinon, nus pieds, perd son temps en errances, en instants précis qui ont perdu leur sens.
Pas de chaussures de sport, non. Les jours sont assez sportifs comme ça, ils courent déjà bien assez vite. Ils doivent réapprendre la lenteur. On pourrait leur bander les yeux, ils ralentiraient. Ils chercheraient leur chemin. Ils hésiteraient entre la droite et la gauche.
Ils avanceraient tout doucement sur la route.
©Perle Vallens

30
De mauvaise humeur, de mauvaise augure
le visage s’ombre et se dépeint
sur l’envers de la carte
Aucun indice ne laisse supposer
quand le sourire reviendra
©Perle Vallens

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Ce qui se cache sous le lit
le monstre tapi dans ce qui reste
d’enfance se montre parfois
entre les interstices du parquet
C’est là qu’il vient encore ramper
à certaines heures de la nuit
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Au ventre

Au ventre il y a la peur, il y a le cœur aussi, et l’estomac qui se contracte à chaque fois, à cause de la peur, à cause du cœur.
Au ventre il y a l’oeil le plus grand qui digère la peur, qui digère le cœur.
Au ventre il y a la bouche la plus grande qui avale tout du cœur, de peur de recracher.
La peur se détache, elle se décroche de la mâchoire, elle tombe loin du ventre, loin de la bouche. La peur se chasse, s’expulse, s’étourdit. La peur se respire à plein poumon. Elle s’applaudit à son tour. Elle s’offre un répit.
Avant il y avait un ventre tout tremblant de secousses, maintenant il y a un ventre lisse, un ventre sans valeur, sans défaut, sans haussement de sourcil.
Le ventre souffle lui aussi. La peur, ce sera pour un autre jour.
©Perle Vallens

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Immunité (1)

On travaille à l’immunité collective. On se mélange un peu, juste ce qu’il faut. On s’embrasse sans y penser. On laisse aller les faux symptômes. On y croit, on n’y croit plus. On s’en passe. Il n’y aura pas de test, de défaillance. On s’en ira plus loin, chacun à son rythme. On se reverra un jour, c’est certain. L’herbe repoussera, c’est certain, toujours plus verte, au milieu des micro-gouttelettes.
©Perle Vallens

Actualité·photo n&b·poésie·prose

Demi vie

Une demi vie de demi lune. Les ombres agrandies, démesurées mangent la demi obscurité du jardin. Sur demi pointes sentir la terre pleine, grasse dans sa demi humidité. L’humus colle aux pieds, la nuit colle au corps, drapé d’amante, toute suintante de son crépuscule. Demi extinction des feux qui brûlent encore à fond de calle.
©Perle Vallens

Texte et photo publiée dans la nuit du 24 au 25 octobre, entre 21h et 6h à l’occasion del’événement #voldenuits organisé par la revue Pourtant, première nuit de « couvre feu » (dont je n’ai pas bien saisi l’aboutissement ne voyant ni ce texte, ni l’image, ni d’autres textes lus cette nuit sur leur site).