

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…



Respirer quelque part le suint, la source, peut-être l’aisselle ou l’aine.
Respirer la voix, les voeux, les mots, le son viscéral scotché au ventre.
Respirer le secret, la place douce, le souffle, ce qui se confie de la bouche à la bouche.
Respirer la peau, l’impatience, l’impact de la main sur le corps.
Respirer la transe, les saccades, les traces.
Respirer les saccages, les salissures, les salaisons.
Respirer pleinement, à saturation, poumons prêts à exploser, faire le plein de tout de qui est, de tout ce qui advient.
Respirer jusqu’à l’absence même, jusqu’à la suspension.
©Perle Vallens

Le corps dur, froid, raide. Rigidité ante mortem, béton de prime abord.
Le corps, le grand vide, le grand démembrement, l’absence de tremblement.
C’est une perception dépecée. Débarrassé de sa substance, le corps est une mue triste.
Défaut d’existence, déficit de consistance réelle, l’écart chronique se creuse entre soi et soi.
Celui qui est là n’y est pas vraiment. Il simule une certaine semblance, le flou du visage, l’ombre du corps.
Il est son propre fantôme.
©Perle Vallens

Le corps se digère mal, il ne passe pas. Il persiste dans son inconduite, il persiste dans ses erreurs.
Au jugé, le corps est coupable. Il a tous les signes du coupable. Il garde ses distances, il est bien trop immobile pour être vrai. Le corps se trahit tout seul.
Il parle pour ne rien dire. Il parle dans le vide. L’audience a quitté la salle. Il faut suivre les signes.
A l’évidence, le corps semble insensible. Il semble passif sous les apparences trompeuses d’une fébrilité mal jaugée. Il fausse compagnie. Il fait semblant. Il truque les cartes. Il terrasse le souffle suspendu à la peau. D’un geste il se condamne.
©Perle Vallens

26
On pourrait se cacher que cela ne changerait rien. On pourrait fermer les yeux que l’on verrait encore à travers les paupières tous les cris du monde. On verrait à travers les autres yeux. On verrait en aveugle volontaire tout ce que l’on refusait de voir.
Et on croirait peut-être encore que le ciel existe.
©Perle Vallens
27
Le silence possède son propre son
sa mélodie inaudible entre les mots
une petite musique qui ne s’entend
que dans l’espace clos
l’écart sous la peau
©Perle Vallens
28
Je laisserais flotter mes cheveux à la surface des choses, j’irai d’errances en errances, je passerai du temps sans comprendre, sans voir,
sans attendre le possible, sans savoir ce qui est souhaitable, sans prendre la mesure du temps.
©Perle Vallens
29
Il est temps de mettre des chaussures aux jours, des chaussures de marche pour randonner plus loin, pour rallonger les heures.
Sinon, nus pieds, perd son temps en errances, en instants précis qui ont perdu leur sens.
Pas de chaussures de sport, non. Les jours sont assez sportifs comme ça, ils courent déjà bien assez vite. Ils doivent réapprendre la lenteur. On pourrait leur bander les yeux, ils ralentiraient. Ils chercheraient leur chemin. Ils hésiteraient entre la droite et la gauche.
Ils avanceraient tout doucement sur la route.
©Perle Vallens
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De mauvaise humeur, de mauvaise augure
le visage s’ombre et se dépeint
sur l’envers de la carte
Aucun indice ne laisse supposer
quand le sourire reviendra
©Perle Vallens
31
Ce qui se cache sous le lit
le monstre tapi dans ce qui reste
d’enfance se montre parfois
entre les interstices du parquet
C’est là qu’il vient encore ramper
à certaines heures de la nuit
©Perle Vallens

Au ventre il y a la peur, il y a le cœur aussi, et l’estomac qui se contracte à chaque fois, à cause de la peur, à cause du cœur.
Au ventre il y a l’oeil le plus grand qui digère la peur, qui digère le cœur.
Au ventre il y a la bouche la plus grande qui avale tout du cœur, de peur de recracher.
La peur se détache, elle se décroche de la mâchoire, elle tombe loin du ventre, loin de la bouche. La peur se chasse, s’expulse, s’étourdit. La peur se respire à plein poumon. Elle s’applaudit à son tour. Elle s’offre un répit.
Avant il y avait un ventre tout tremblant de secousses, maintenant il y a un ventre lisse, un ventre sans valeur, sans défaut, sans haussement de sourcil.
Le ventre souffle lui aussi. La peur, ce sera pour un autre jour.
©Perle Vallens

L’air se compose de mini gouttelettes d’eau. Certaines à courte distance de mon visage proviennent de ma bouche. Certaines à courte distance de ton visage proviennent de ta bouche. Nos salives se rencontrent à distance respectable. Un baiser sans contact, intersidéral. Il est interdit de baver.
©Perle Vallens

On travaille à l’immunité collective. On se mélange un peu, juste ce qu’il faut. On s’embrasse sans y penser. On laisse aller les faux symptômes. On y croit, on n’y croit plus. On s’en passe. Il n’y aura pas de test, de défaillance. On s’en ira plus loin, chacun à son rythme. On se reverra un jour, c’est certain. L’herbe repoussera, c’est certain, toujours plus verte, au milieu des micro-gouttelettes.
©Perle Vallens

Une demi vie de demi lune. Les ombres agrandies, démesurées mangent la demi obscurité du jardin. Sur demi pointes sentir la terre pleine, grasse dans sa demi humidité. L’humus colle aux pieds, la nuit colle au corps, drapé d’amante, toute suintante de son crépuscule. Demi extinction des feux qui brûlent encore à fond de calle.
©Perle Vallens
Texte et photo publiée dans la nuit du 24 au 25 octobre, entre 21h et 6h à l’occasion del’événement #voldenuits organisé par la revue Pourtant, première nuit de « couvre feu » (dont je n’ai pas bien saisi l’aboutissement ne voyant ni ce texte, ni l’image, ni d’autres textes lus cette nuit sur leur site).

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Il aurait pu rester là entre les murs.
Il aurait pu se taire et dormir.
Au lieu de ça, il est sorti et n’est jamais revenu.
©Perle Vallens
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Il y a un chef cuisinier, un qui mange sa cuisine, un qui la partage, un qui joue du piano debout, un qui ne craint ni le froid ni le chaud, un qui a mal aux genoux, un qui nous offre autant de sourires que de truffes, autant de gentillesse que de lièvre à la royale. Il y a un chef cuisinier. Et il y a de l’amour.
©Perle Vallens
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On a voulu, on a pensé, on a longtemps réfléchi à tout ça. Puis on s’est mis à déchirer de grands pans de monde comme on arrache un papier peint qui a fait son temps. Maintenant on cherche à repeindre ce qui peut l’être, avec toutes les couleurs connues et inconnues. Maintenant on cherche à redessiner les contours et les personnages. Maintenant on fait de l’art vivant au bout de nos doigts.
©Perle Vallens
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Il avait dit il faut creuser. Toujours creuser plus loin. On ne creuse jamais assez. La terre noire, la terre rouge, la terre grise, les graviers qui dévalent, les cailloux qui s’entassent, la roche-mère, la plus dure sous le pied, la plus ancienne sur les épaules. Il faut continuer de creuser jusqu’à trouver le moindre indice, le plus petit sens à tout ça. Il faut creuser pour savoir pourquoi l’on creuse.
©Perle Vallens
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Copain comme cochon, comme des doigts qui fouillent la chair pour trouver du neuf, comme le groin planté là, au milieu, et le gland à ramasser par jour de grand vent. Décoiffée par le souffle qui grogne, qui traîne dans le monde sale, dans les pensées sales, qui rapporte de sa saleté et en tapisse le pelage. Copine comme lapine qui se fend et couine toutes incisives dehors, une rangée bien dressée à la morsure. Dents contre groin, la paille a blêmi, le ciel a pâli, pleins phares entre les peaux.
©Perle Vallens