Actualité·poésie·Revue littéraire & fanzine

Un court poème dans Courrier indésirable

Courrier indésirable est une micro-revue ou un micro-fanzine qui se présente replié en tout petit format.
Une nouvelle version de revues pliées parmi lesquelles Radical(e), dans laquelle je figurais avec photos et poèmes l’an passé, ou Vinaigrette, également revue amie.

NB le poème partagé est issu de Solo, dont j’espère qu’il sera bien publié aux éditions Tarmac

Actualité·atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine·revue Miroir

Disparition (d’après vidéo) dans Miroir

Le dernier numéro de la revue Miroir est paru dimanche 8 juin avec Disparition, un texte écrit d’après conseigne d’écriture de Laure Vazquez. Merci à Benjamin Milazzo pour cette nouvelle sélection.

Il s’agissait cette fois d’écrire sur les traces de Suzanne Doppelt et Fernando Pessoa d’après photo, ici capture d’une vidéo de Terry Adkins, Untitled (Leather Wall Piece), 2013, vue à la Bourse de commerce.
Pour lire in extenso, c’est ici.

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Ces moments-là

Moment mal défini, un peu trop flou pour dire quelque chose d’affirmatif. Moment qu’on n’ose se remémorer de peur de.

Moment de je d’avant, de vie larvée, moment qui se défile entre les mains, qu’on ne peut rattraper.

Moment de flottement, d’effondrement. Moment qui succombe comme un animal atteint, qu’on ne peut soigner parce qu’on n’y connaît rien en chimie, qu’il n’existe pas d’antidote. Moment mal soigné de carie dentaire, moment de mal de chien.

Moment éreinté, souffreteux. Moment de tréfonds, de feu qui dévore, de peau brûlée. Moment malformé de fœtus malade. Un moment malingre, mal habité de paysage éteint.

Défaut de moment, déficience, absence de moment, singularité du moment qui s’échappe, moment déficitaire comme mot manquant dans la bouche.

Moment ineffaçable quand bien même on voudrait, moment qu’on vomit, la salive et les glaires, et peut-être même l’estomac entier, moment biliaire de dégoût et de colère.

Moment de délivrance, d’arrachement de nos chaînes et de nos frustrations. Moment de marche longue et ancestrale à la recherche d’une pseudo liberté qu’on gagne par instant. Moment conquis de haute lutte contre nous-même.

Moment qui se défait à mesure qu’on y pense, qui se délite et se froisse, moment qu’on roule en boule dans un coin de mémoire, moment qui reviendra sans crier gare.

Moment de fond de poche et de cachette, de nuit à la belle et de pleine lune, de présence animale dans nos épidermes, de sang mêlés au couteau, de respirations lentes et de serments.

Moment chargé de sens cachés. Moment de secrets imprononcés, de silence qui nous tient captif.

Moment à étirer comme un fil de sucre de barbapapa, un moment dont on se lèche les doigts. Moment éthéré et pourtant sa consistance de plaisir en bouche, sa mâche et son goût de reviens-y.

Moment de retour en terre promise, de fils ou fille prodigue, moment de sacerdoce, de déclaration, moment de promesse qu’on se fait et qu’on fait aux autres sans forcément la tenir.

Moment farci de fête et de dinde même pas de Thanksgiving, pour autant moment de grâce. Moment de bougies d’anniversaire qui se soufflent trop vite, moment de gratitude qui gratte l’encolure et le sourire, qui frotte le rebord du visage. Moment de nez et d’oreilles qui happent le moment, moment de feu plus que d’artifices, moment de vérité et de joie, ce serait si simple pareil moment.

Moment qu’on souffle en vapeur sur la vitre, pour y dessiner prochain moment d’enfance retrouvée.

Moment de plein vent. Moment de pleine mer. Moment où la voile du corps se gonfle, moment à ne pas se noyer.

Moment de calme et de volupté qu’on étreint vraiment trop mal pour qu’il signifie quelque chose.

Moment chevalin à galoper plus fort, à mordre et être mordu, à fracasser de ses sabots tous les sentiers.

Perle Vallens

photo couleur·poésie

Aller simple pour le rêve

projection vidéo au sol devant le Forum des images (Paris)

Au guichet tu achètes un billet simple pour
ce trajet vers l’inconnu qu’offre le rêve
des lieux abandonnés que tu ne sais nommer
font paysage unique et irréversible
ce passage à gué des limites sont infranchies depuis si longtemps
à ton œil versatile fleurit une sensation de déjà vu
dans le jamais dit du langage
l’oscillation persiste entre toujours et l’échafaudage d’un peut-être
qui expire le peu de véracité de l’image

Perle Vallens

(écrit le 20 mai dans le train ou la gare, je ne sais plus trop)

photo-poème·poésie

Rituel

on ritualise l’aventure du cac 40
en scrollant nos avances sur capital 
plus value et à valoir sont dans un bateau
celui qui tombe à l’eau se noie sous un flux
de liquidités factices
ceux qui réinventent la valeur quotidienne
de l’argent dévaluent nos vies 
trouvent dans l’inflation un facteur bénéfique 
tressaillement premium du sourcil gauche
sous la paupière 

Perle Vallens

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Aller (texte & vidéo-poème)

Sur la base d’un texte écrit sur consigne boost avec le Tiers Livre de François Bon, voici aller, vidéo-poème (images de fin d’hiver/début de printemps dans la Drôme).

Aller. Aller à son rythme, de ruisseau avant rivière, de rieu fin, grossi des pluies de printemps, son flux a forci et frétille d’écailles, de caresses nouvelles, de course haletée à nos peaux humides. Aller au lavage des corps d’après saison et cellules mortes, aller à raviver.

Aller à revers, prendre la vie par ses manches, les extrémités de ce qui nous couvre l’hiver, finir par se dévêtir, exercer la peau à son exercice de printemps, exhiber l’orteil et les soies vibratiles, ouvrir la paupière et hausser le sourcil, regarder en l’air et le nez vers l’avant. Aller musarder à l’oreille, les bruissements sous la terre, l’éveil progressif, plantules
Aller à l’avant du navire, prendre les jaillissements comme embruns, les forces et les douleurs, les chants et les gémissements, aller au bain d’écume de tout ce qui surgit de bon et de mauvais, sans faire le tri, aller aux émotions comme une pêche miraculeuse et sacrée, se laisser submerger, se laisser aller à la noyade, boire la tasse et remonter à la surface, non intact mais renouvelé.
Aller au geste ultime et merveilleux, aller aux profondeurs et à l’intime, aller à l’autre et devenir autre. Aller loin et revenir.

Perle Vallens