écriture·Emotion·photo n&b·poésie

Miroir d’eau

Miroir d'eau©Perle Vallens

Dans un désert de coquillages, des étoiles mortes glissent entre les doigts. Un plomb en fusion s’écoule du soleil, le poids d’un feu sur nos épaules lourdes de lumière.
Amarres d’un jour qui se quitte grillagé d’airain, les eaux basses laissées par la marée, flottement sans bruit, l’abandon du ciel.
Celui qui se penche sans peur voit une fosse noire, une trouée intarissable, un miroir des regrets, des faux reflets, le cri du calcaire ensaché dans le sable.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Cicatrice

cicatrice ©Perle Vallens

Les cicatrices se déposent en traces invisibles depuis l’enfance.
Des griffes s’enfoncent chaque jour dans nos béances, élargissent les plaies jusqu’à l’os,
jusqu’à l’immensité de l’âme.
Le sang ne coule pas, les fluides se figent avec le temps. La glace prend toute la place à l’intérieur et la peau, au-dessus.
Il nous reste à nous couper les ailes avant de les rapiécer. Qui sait si un jour nous pourrons nous envoler.
©Perle Vallens

écriture·nature·photo n&b·poésie

Pétrichor

coquelicot minéral ©Perle Vallens

Les mots sclérosés restent accrochés aux rocs quand l’écho s’est tu, quand le silence s’étend.
Des mots respirés à s’en gonfler les poumons qui expirent du manque d’air.
Des mots fossiles qui sentent la poussière, encore humides de leur vie sur terre.
Des mots froissés comme les pétales fragiles des fleurs déjà fanées.
Des mots qui flottent entre deux eaux et gagnent les profondeurs.
Des mots qui exhalent l’odeur des nuages en soupirs murmurés.
Des mots qui restent en suspens à la fin du voyage.
©Perle Vallens

écriture·photo n&b·poésie

Beauté plastique

plastique ©Perle Vallens

Il y avait dans l’air une effervescence printanière, comme une évanescence, un air de déjà vu, ailleurs. Un souffle court égratigné d’hiver. Une balancelle entre les branches, un fuseau d’échappée blanche.  Une poésie d’altitude, d’incorrecte mélodie. L’impolitesse d’un envol.
Voir l’aile dans l’arbre entrelacée, la danse du vent, la chimère d’une transparence.
Voir les pampilles éparpillées, dans le pourpre de l’oeil, le pillage des saisons.
Voir la guirlande enneigée carbonique, la glace du coeur enfumée des givres absents.
Voir la peau bitumée, une caresse polyéthylène, la soie froide sur l’écorce.
Voir l’haleine grisée du bois, la brise pour l’ivresse, le tronc droit en son axe.
Voir l’âcre beauté plastique, la trace incertaine dans l’accroche du temps, une forme d’immanence ou une métamorphose.
©Perle Vallens

Clin d’oeil au petit homme au sac plastique de Vincent Es-Sadeq

écriture·Emotion·photo n&b·poésie

Peau de taupe

Carnet ©Perle Vallens

Il y avait l’idée d’un carnet de voyage. Un cahier de moleskine qui se noircirait autant que les doigts. Des pages blanches pour recueillir mes doléances et mes désordres, mes efforts de long cours, mes arrachages de dents et mes raclements de veine, mes débordements et mes vides, mes traits et mes déliés.
Il y avait l’idée d’une encre qui grave en longue traînée, en a-plats claqués, en stries-coutelas, une encre qui coule baveuse, vivante, sur les feuilles assoiffées, buveuses à lentes goulées.
Il y avait l’idée d’écrire. De lents griffonnages paresseux, des tatouages indolents, des fumées de sioux. Et des mots très courts, incisifs comme des coups de canif dans le papier.
©Perle Vallens

écriture·nature·poésie

Décours dans Lichen

décours ©Perle Vallens

La revue poétique Lichen enrichit son sommaire de mots moches et de mots oubliés, rares, régionaux ou trop lointains.
Je participe de temps à autre avec des poèmes et dans le Lichen de Mai 2019, je proposai le mot « décours » pour la rubrique « espèce en voie de disparition », où vous découvrirez aussi l’expression « courir la prétentaine ».
Dans le numéro de Juin qui vient de paraître, vous trouverez encore le poème Voyeuse.

Décours (n., m.) : décroissement de la lune  ; le temps qui s’écoule de la pleine lune à la nouvelle. « C’est un préjugé dans les campagnes qu’il y a des plantes qu’il faut semer ou cueillir, les unes pendant le croissant, les autres pendant le décours de la lune. »
« Il y a de petits dieux qui font descendre la lune dans le décours. » (Voltaire, Dial. XV, 4).
Le mot s’emploie également pour désigner le déclin d’une maladie. On utilise encore en science le concept de décours temporel : laps de temps entre une cause et son effet.
En voici une interprétation poétique, toute personnelle :

Je décompte le long fleuve
le lent décours de mes heures
creuses du vide de la nuit
perdues jusqu’à l’aube
au premier point du jour
©Perle Vallens

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Avaler

Avaler ©Perle Vallens

Avaler les prémisses des histoires, celles par qui tout commence et tout finit.
Avaler toutes les vérités du monde, avaler le ventre tendu et les mains jointes.
Avaler les peurs, les froidures d’hiver, les brisures d’écorce au gel pris de l’absence.
Avaler le suint et la sueur, le grain de la peau comme un saint suaire.
Avaler la bouche, la langue et toutes les dents, avaler un sperme en ressac sur mes plages, en longue vagues dans la gorge.
Avaler tout, sans regret, comme entonnoir de bonheur.
©Perle Vallens