atelier Tiers Livre·photo couleur·prose

Printanières


surgit aussi dans l’angle de l’éclairage de la rue à vif comme pelée par l’ombre, l’aveuglement trop blanc surprend dès qu’on emprunte l’avenue large qui semble sans fin jusqu’à la bifurcation, le pont hérissé d’aboiements, le chien jaune et le noir aux yeux dorés, sans dévier le tracé jusque dans les branchages, la sauvagerie faite bois et feuilles qui frôlent les visages en retombées alors on slalome dans le venteux et le pluvieux même parfois, un jalon puis l’autre dans la pierraille on avance et on atteint presque au but, la croisée des chemins, la triple ouverture vers les champs à perte de vue à l’endroit précis où trois cours d’eau se rejoignent dans la multitude crépitante et les bourdonnements, les élancements ligneux et les hautes herbes, leur balancement dans le mistral qui souffle à l’oreille la rudesse des plaines et les froidure des ruisseaux, que faire d’autre sinon resserrer l’écharpe autour des jours et du nez qu’on sait rougis, les épaules arrondies, les pieds crochètent le sol dans de grosses chaussures de randonnée qui pourtant laissent passer l’air glacé, mais avancer quand même pour la respiration et pour l’émerveillement qu’on imagine au fond d’un fossé ou dans les hauteurs d’un arbre, sinon dans le ciel nuées d’oiseaux qu’on dit murmurations, leur retour piaillant dans les nuages qui font vibrer une impression de printemps et qui plus loin se poseront dans les buissons épineux de garrigue, dans des bosquets d’olivier, alors j’avance, je continue d’avancer avec la perception vivace et invisible que quelque chose est là, qui attend son heure, qui survit à l’hiver, qui demande à émerger dans le jaillissement prochain des bourgeons, des premières fleurs d’amandier quand déjà le mimosa ses premiers ors, son embardée d’embellie, quand déjà les violettes ont percé partout les talus hauts, les bordures des chemins et les sous-bois, quand déjà je me penche sur elles, défroissées-fraîches couvertes de gouttelette d’eau d’après l’averse, je vois rien de renfrogné dans leur port de tête à ras de terre, frottées et glaiseuses dans les remugles d’humus et les remontées des nappes, leurs débords pollués, leur vomissure, l’instant de crue maigre qui séchera dans l’instant au retour du soleil qu’on voit déjà poindre, un soupir juste là

Perle Vallens

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Les nuits de la lecture : Avignon et Sainte-Cécile (Vaucluse)

C’est l’événement national des Nuits de la lecture cette semaine et ça commence aujourd’hui. Je me joins à deux événements locaux, l’un demain, jeudi soir à l’université d’Avignon avec un open mic à 23h00 pour les couche-tard, l’autre vendredi à 20h00 à Sainte-Cécile les vignes, dans la librairie Feuilles-des-Vignes.

Pour le premier, je lirai un extrait des Insignifiantes, le texte que j’écris actuellement dans le cadre du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille. Il y aura des noms de plantes en patois, de différentes régions de France et en provençal, pour faire écho à la thématique choisie pour cette soirée à la BU d’Avignon : Jargon, patois et autres parlers populaires.

Pour le second, j’ai sélectionné deux poèmes sur la ville, un texte écrit pour le projet collectif des belles Editions du bunker et l’arbre dans la ville, la version longue du poème publié par la revue foehn lors de cette exposition collective.

Si vous êtes dans le coin, je serai heureuse de vous y croiser.

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Lancement de Solo à la librairie l’Orange bleue : atelier d’écriture & lecture

Le jeudi 15 janvier 2026 aura lieu à la librairie l’Orange bleue le lancement de Solo, recueil de poésie narrative paru fin novembre aux éditions Tarmac, avec une double proposition :
– Atelier d’écriture 16h30-18h30
– Présentation et lecture de Solo, restitution de l’atelier 19h00

A 16h30 je vous invite à un atelier d’écriture autour de Solo : dire les gens autour de nous, leur vie au-delà de leur rôle assigné par la société, en abordant des sujets sociaux aussi divers que le travail, la famille, la maladie, l’addiction ou le handicap ; écrire une prose ou une poésie sociale depuis des extraits de Solo (éditions Tarmac), Chronique judiciaire de Séverine Chevalier (éditions Dynastes), Chômage monstre d’Antoine Mouton (éditions la Contre-allée), L’homme qui penche de Thierry Metz (Editions Unes), À la ligne de Joseph Ponthus (éditions La Table ronde).

18h30 Apéritif sucré salé offert par Perle Vallens et les libraires.

19h Lecture : présentation de Solo, recueil de poésie narrative, lecture d’extraits par Perle Vallens, restitution des textes écrits en atelier.

Entrée libre et gratuite.
Inscription à l’atelier d’écriture auprès de la librairie : contact@orangebleue-librairie.com ou 04 90 51 78 59
Adresse de la librairie : 23, rue Caristie – 84100 Orange, Vaucluse

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Pas encore l’aube

La colline se cache dans l’obscurité, nue et vide, s’éveillera plus tard.
L’aube, pas encore.
La froidure pèle la roche à vif, qu’un lampadaire réchauffe de son halo jaune.
Un arbre étend des branches griffues et inquiètes au-dessus de nos têtes, branlant comme des grelots leur acquiescement. Ce qui sonne surtout, c’est le vent.
Un parfum de sciure et d’humus envahit l’air brun de moisissure.
Nous attendons la percée à venir. Nous attendons la chaleur.
Sous capuche, son visage disparu que l’ombre mange, la lumière éboulée la traverse ou la fuit, comme un œil animal.
On ne voit qu’un faux profil, l’absence de regard, juste un nez qui dépasse d’un vêtement sombre. Les jambes s’allongent. Elles s’allongent démesurément et on ne voit pas leur fin. Les chaussures se dissimulent dans la terre couchée, pieds enterrés à deux pas du cimetière. Aucune prière ne retentit dans le silence mouillé.
Une main semble danser en ombre chinoise sur un rocher. Elle semble creuser d’invisibles cavités à même la couche granuleuse d’argile. On la verrait presque s’émietter.
La route se diffracte sous faisceaux, un tremblement du vent la fait vaciller. C’est le souffle de la nuit. C’est le son humide du matin qui advient. Un flottement diurne dans le noir liquide de la nuit.
Ce n’est pas encore l’heure alors nous attendons encore.
Au loin le ciel s’éclaircit, des nuages rampent, ce sont de serpents menaçants qui crèveront bientôt leur poche d’eau sur nos épaules basses, l’arrondi de notre dos.
Au loin un chien, un enfant, deux jappements mêlés.
Au loin, les phares d’une voiture qui se rapproche sur la route déchirée.

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écopoétique·poésie·prose

Sur le béton

Là, il y la graine tombée sur le béton
la graine est quelque chose de vivant sur le béton mort
Quelque chose de frêle trouve son chemin, s’ancre, s’implante
Quelque chose cherche sa nourriture dans le béton, creuse profond, s’épuise
Quelque chose a des racines qui se sont glissées dessous
Là, a trouvé une couche sous une couche sous une couche
loin sous le béton mort pour trouver substrat de vie
loin sous le béton mort toute une étendue de terre cachée
et loin au-dessus, le ciel, le soleil, de quoi pousser
Là, a jailli d’un seul coup sur la nappe de béton
Là, le gris est devenu vert

Perle Vallens