Dernier ciné-poème de l’année et 66ème de la série, voici fertiliser l’avenir sur un extrait du film Soleil vert de Richard Fleischer à voir ici plutôt que sur la chaîne YouTube Perle Vallens.
Catégorie : prose
Lancement de Solo à la librairie l’Orange bleue : atelier d’écriture & lecture


Le jeudi 15 janvier 2026 aura lieu à la librairie l’Orange bleue le lancement de Solo, recueil de poésie narrative paru fin novembre aux éditions Tarmac, avec une double proposition :
– Atelier d’écriture 16h30-18h30
– Présentation et lecture de Solo, restitution de l’atelier 19h00
A 16h30 je vous invite à un atelier d’écriture autour de Solo : dire les gens autour de nous, leur vie au-delà de leur rôle assigné par la société, en abordant des sujets sociaux aussi divers que le travail, la famille, la maladie, l’addiction ou le handicap ; écrire une prose ou une poésie sociale depuis des extraits de Solo (éditions Tarmac), Chronique judiciaire de Séverine Chevalier (éditions Dynastes), Chômage monstre d’Antoine Mouton (éditions la Contre-allée), L’homme qui penche de Thierry Metz (Editions Unes), À la ligne de Joseph Ponthus (éditions La Table ronde).
18h30 Apéritif sucré salé offert par Perle Vallens et les libraires.
19h Lecture : présentation de Solo, recueil de poésie narrative, lecture d’extraits par Perle Vallens, restitution des textes écrits en atelier.
Entrée libre et gratuite.
Inscription à l’atelier d’écriture auprès de la librairie : contact@orangebleue-librairie.com ou 04 90 51 78 59
Adresse de la librairie : 23, rue Caristie – 84100 Orange, Vaucluse
Un poème dans la revue Miroir
Merci à Benjamin Milazzo pour avoir sélectionné ce poème qui résonne bien sûr avec Les Insignifiantes. Il est paru le 8 décembre dans la revue Miroir qui regroupe comme vous le savez des textes écrits sur propositions de Laura Vazquez.


Pas encore l’aube

La colline se cache dans l’obscurité, nue et vide, s’éveillera plus tard.
L’aube, pas encore.
La froidure pèle la roche à vif, qu’un lampadaire réchauffe de son halo jaune.
Un arbre étend des branches griffues et inquiètes au-dessus de nos têtes, branlant comme des grelots leur acquiescement. Ce qui sonne surtout, c’est le vent.
Un parfum de sciure et d’humus envahit l’air brun de moisissure.
Nous attendons la percée à venir. Nous attendons la chaleur.
Sous capuche, son visage disparu que l’ombre mange, la lumière éboulée la traverse ou la fuit, comme un œil animal.
On ne voit qu’un faux profil, l’absence de regard, juste un nez qui dépasse d’un vêtement sombre. Les jambes s’allongent. Elles s’allongent démesurément et on ne voit pas leur fin. Les chaussures se dissimulent dans la terre couchée, pieds enterrés à deux pas du cimetière. Aucune prière ne retentit dans le silence mouillé.
Une main semble danser en ombre chinoise sur un rocher. Elle semble creuser d’invisibles cavités à même la couche granuleuse d’argile. On la verrait presque s’émietter.
La route se diffracte sous faisceaux, un tremblement du vent la fait vaciller. C’est le souffle de la nuit. C’est le son humide du matin qui advient. Un flottement diurne dans le noir liquide de la nuit.
Ce n’est pas encore l’heure alors nous attendons encore.
Au loin le ciel s’éclaircit, des nuages rampent, ce sont de serpents menaçants qui crèveront bientôt leur poche d’eau sur nos épaules basses, l’arrondi de notre dos.
Au loin un chien, un enfant, deux jappements mêlés.
Au loin, les phares d’une voiture qui se rapproche sur la route déchirée.
Perle Vallens
Sur le béton



Là, il y la graine tombée sur le béton
la graine est quelque chose de vivant sur le béton mort
Quelque chose de frêle trouve son chemin, s’ancre, s’implante
Quelque chose cherche sa nourriture dans le béton, creuse profond, s’épuise
Quelque chose a des racines qui se sont glissées dessous
Là, a trouvé une couche sous une couche sous une couche
loin sous le béton mort pour trouver substrat de vie
loin sous le béton mort toute une étendue de terre cachée
et loin au-dessus, le ciel, le soleil, de quoi pousser
Là, a jailli d’un seul coup sur la nappe de béton
Là, le gris est devenu vert
Perle Vallens
Ciné-poème 67 : hurler
Retour aux ciné-poèmes avec pour ce n°67, un court extrait du film Le Territoire des Loups de Joe Carnahan, qui s’intitule donc : hurler.
Bon visionnage !
La source, récit dans le recueil AMU « A la source »
Chaque année l’université Aix-Marseille (AMU) organise un concours de nouvelles, le prix Robert Fouchet avec le festival Oh les beaux jours ! L’an dernier le thème était A la source. Mon récit La source a été sélectionné et figure donc , en finaliste, dans le recueil édité. Des exemplaires seront disponibles dans les BU et on peut le lire ici.




fin de saison

Frotte l’air, aigrette comme élytre, froissée sa force de fin de saison, pétales grippés, secs, écrasés de vent, une craie bercée ou un fusain, un bruissement de fanaison.
Perle Vallens
Illustration :John Singer Sargent, Dans les oliviers à Capri, détail (exposition actuellement au musée d’Orsay)
Nouvelle parution dans la revue Miroir
Après la revue papier, c’est dans la version numérique de la revue Miroir qu’est paru un texte, le 8 octobre.


Le pire

Je pars des faits.
1. Il y a eu un orage.
2. Il y a eu des inondations.
3. Il y a eu pire.
Plusieurs énonciations possibles renvoient au réel et à son travestissement, comme en témoignent ensuite les annonces au JT, les titres des journaux, les effets de superpositions d’un post numérique, les interviews, les images qu’on imagine fake tellement improbables. Une illusion non choisie, un trompe l’œil qui prend l’eau.
La réalité instagrammée charrie des boues. On voit des véhicules dispersés, des quatre-roues flottant, des personnes perchées sur le toit des voitures. Peut-être hilares pour tromper l’effroi. L’effet serait comique si la catastrophe n’était pas perceptible, en transparence. Ce que l’image ne montre pas, ce que le hors champ, la voix off sont impuissants à crier, c’est la perte de repères. La perte de ses biens, et dans la finitude extrême, la perte de la vie. Parce que certains êtres sont morts, emportés par les courants, ensevelis par des trombes d’eau, écrasés sous des arbres déracinés.
Les pluies diluviennes, une fois l’orage passé, que sont-elles devenues ? Que deviennent les m3 stagnant ? Disparus le lendemain, asséchés si vite que le désastre semble n’être jamais advenu. Hormis les sacs poubelles, les déchets divers, les étoffes éparses prises dans les branchages. Le jour d’après, tout est comme avant, le niveau de l’eau après la montée revenu à celui du jour précédent comme si de rien n’était. Les visages ruisselants essuyés, les vêtements essorés, il faut vider, éponger, balayer, nettoyer, remblayer, reconstruire. Ce qu’on ne peut pas c’est ressusciter.
La déchirure du ciel si vive, si brève, s’est déjà refermée. Sa membrane fine s’est déjà reformée, bleuie, après grisaille informe, après lueur blême. Ce bleu parfait et sans nuages, ce bleu si pur et si cruel. Tout le monde le sait, le bleu du ciel ignore les morts. Et les oiseaux piaillent l’oubli.
Perle Vallens
(poème écrit il y a un moment, réminiscence d’une vague d’inondations)