
Une anthologie intitulée Je dis Désirs proposée par l’association Jeudi des Mots vient de paraître aux Editions Pourquoi viens-tu si tard, sur le thème, donc, du désir en général. J’y signe deux poèmes, Physionomie du désir et Nouaison.



Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Une anthologie intitulée Je dis Désirs proposée par l’association Jeudi des Mots vient de paraître aux Editions Pourquoi viens-tu si tard, sur le thème, donc, du désir en général. J’y signe deux poèmes, Physionomie du désir et Nouaison.




contre l’oeil qui fait face
pupille terreuse de désert
rance de cirage noir
oeil cerné de ses vides
ne voit que d’un et pourtant aveugle
contre la peau qui s’écarte
percutée du sang froid
tannée raidie de sa nuit
se parsème poussière
tombée avant l’heure
contre les corps ruinés
dépecés percés à vif
sectionnés au premier nerf
tant de mutilations d’avant-scène
temps de rapines et de violences
contre l’invective des mots
n’ayant de cesse répétés
sans ivresse fausses
vérités répercutées
dans le haut des crânes
contre les silences qu’assiègent
des visages réduits à rien
tous sens inversés tenus entre
tenailles d’absence d’incertitude
d’absolue tristesse
magie des mains jointes
je jure par l’image
par la chambre noire
je conjure le mauvais sort
je lance mes propres chants
mes sortilèges
©Perle Vallens


Chasseur-cueilleur cherche
chaque heure du jour
l’ébauche d’une nourriture possible
La soif le cueille
chaussures au pied
le quittent pour
l’herbe fraîche
Rien ne vaut la marche
les pieds nus
©Perle Vallens


Il y a quelque chose qui ne va pas
Il y a quelque chose qui n’est pas à sa place et qui va dans tous les sens
Quelque chose remplit et se déplace
Quelque chose mûrit sans rien dire de lui
Quelque chose porte ses fruits pourris
comme une impatience
Quelqu’un se dit il y a trop de gens qui me détestent
Quelqu’un se dit il y a trop de gens qui m’aiment
Quelqu’un pense à tout sauf ça, essaie de faire le vide
dans la tête du corps
©Perle Vallens
Zoodiac est un projet d’écriture lié au Festival Extra qui fait suite à un atelier d’écriture proposé par Vinciane Despret et Pierre Vinclair sur le thème de la disparition d’espèces animales, intitulé Tombeaux de bêtes. L’objet est d’écrire un adieu, un journal, un testament…


J’y participe avec un poème sur un insecte très symbolique et fortement perturbé par l’activité humaine qui se raréfient depuis plusieurs années. Je remercie Pierre Vinclair pour ses relectures, ses conseils…
(pour lire in extenso, cliquer sur le titre « Extinction des feux » pour accéder au pdf du poème)


Franchement, cela devient n’importe quoi. Aucun sens à tout ça. Aucune raison, aucune substance. On a beau dire, on n’y croit plus. On se persuade, on se laisse bercer par cette espèce de béatitude mièvre, de bienveillance mollassonne, d’indolence. Ce truc sans pattes avec un cœur qui déborde, qui dégouline. Franchement, qui a besoin de ça ?
Alors je sais ce qu’elle dirait. Elle se persuaderait elle aussi « aie confiance, tu sais bien comment ça se passe, c’est toujours comme ça ». Cela retentirait comme un ongle qui crisse au tableau noir « toujours comme ça », tu parles ! « aie confiance » et là on entendrait le chuintement, le sifflement du serpent dans le dessin animé de Disney, celui qui t’endort, qui t’hypnotise.
« Qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? » Ils sont partout, ces serpents ! Ils nous entourent, ils nous espionnent, ils nous inspirent nos pires actions, ils nous dépassent, ils nous débordent. On passe et repasse devant leur langue effilée et on ne peut s’empêcher de les suivre. Lui, on l’entend à l’avance, on le connaît par coeur « normal », « pas mieux », c’est tout ce qu’il trouverait à redire. On les scrolle, on les follow, on les like, on se like pareil. L’autolike c’est plus sûr.

Moi, j’ai rangé mon rss et je ne le trouve plus, trop bien planqué, trop bien foutu. Trop de détails tuent les détails, trop de hashtags tuent les hashtags.
On se hashag même irl, tu vois ? On se poke, mon pote. On ne se touche plus assez à mon goût. Toi, tu n’en penses pas moins, je sais bien ce que tu dirais « asepsie, ton masque tu le gardes, ta main tu la gardes, ton corps tu le gardes, ton cœur tu le gardes. Un point c’est tout ».
Mais bon c’est pas une vie si rien ne
se partage. On ne passe pas sa vie on line, si ? On ne vit pas virtuellement, si ? OK Google, c’est quoi une asepsie ? On te donnera une définition au ras des pâquerettes qui n’explique pas le pourquoi du comment.
Google, c’est pas un assistant, c’est un rigolo programmé par des rigolos. Aujourd’hui, on met de la rigolade dans tout, ça tambouille sec, ça rissole, ça racle les fonds de casseroles, ça finit toujours plus ou moins par attacher, ça colle, tu ne le sais que trop. La brûlure est partout sur tes doigts, dans ta peau, derrière l’orbite oculaire et dans ta nourriture. Heureusement tu as la dent dure, toi aussi. Facebookiens tous jusqu’aux chicots, twitte et retwitte la couleur du ciel ou celle des armes.
On vit comme on veut, on parle à côté et personne ne se préoccupe de nous au fond, pas vrai. « Oui mais non, l’autre là, il a dit de s’aimer les uns les autres, on aurait de la considération que ce ne serait pas plus mal » et elle, elle surenchérirait sûrement « et les animaux, tu penses aux animaux, ils ne sont pas sur facebook eux, ils n’emmerdent personne eux ».
Humains trop humains, amis-ennemis, moi et mon surmoi, ma dent creuse et ma fausse modestie, mes superlatifs et mes pseudonymes, mon cul googlisé à l’occasion, la malchance comme la bourse ou la vie. Ben la vie quand même mais plutôt ailleurs que sur Internet.
©Perle Vallens


On ne sait quelle latitude atteindre, ni quelle longitude
Je n’ai pas la bonne application
Je m’en tiens aux bornes sur la route pour m’indiquer la bonne direction
celle des cimes
et le temps estimé qu’il reste à parcourir
Aucun autre fuseau horaire
que celui dans lequel on se glisse
arrivé au sommet
L’imprécision convient à la route en lacets, aux circonvolutions, aux incertitudes
Et à une vue dégagée par grand soleil
©Perle Vallens