photo couleur·poésie·prose

Borne kilométrique

On ne sait quelle latitude atteindre, ni quelle longitude
Je n’ai pas la bonne application
Je m’en tiens aux bornes sur la route pour m’indiquer la bonne direction
celle des cimes
et le temps estimé qu’il reste à parcourir

Aucun autre fuseau horaire
que celui dans lequel on se glisse
arrivé au sommet 

L’imprécision convient à la route en lacets, aux circonvolutions, aux incertitudes
Et à une vue dégagée par grand soleil
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo couleur·poésie

Où est-elle la vie ?

Où est-elle la vie
qui surgit à l’improviste
derrière toutes nos portes

Où est-elle la vie
qui sème ses graines
de désir et de force

Où est elle la vie
qui ouvre en grand
les barrières des chemins

Où est-elle la vie
qui nous aspire
et nous serre dans ses bras

Où est-elle la vie
qui nous promet
tant de ciels

Où est-elle la vie
qui nous renverse
et nous secoue

Où est-elle la vie
qui nous aspire
dans son tourbillon

Où est-elle la vie
qui a quitté ma peau
qui déserte mon corps

Où est-elle la vie
qui dit quand
elle reviendra
©Perle Vallens

photo retouchée·poésie·prose

Des poux dans la bouche

Les arracheurs de dents te cherchent des poux dans la bouche
Ta langue ne tourne pas assez à leur goût
Elle penche trop en dehors
Elle pêche des mots qui peuvent convenir
mais il n’y a que des inconvénients à parler
avec des cailloux et des molaires creuses
c’est bien trop massif, ça prend toute la place
Tu as un dentier sur mesure
pour remplacer les canines tombées
pour corser la saveur des phrases
Tu ne ménages pas ta morsure

On ment, on triche et c’est comme sucer une chair fraîche
La pastille de la peau blanche
détachée et plaquée au palais
On a les addictions qu’on peut
On a des douleurs dentaires à trop mâcher
par intérim
Il manque toujours un trou pour cacher
les déchets

Pas de préchi-précha
la bouche vaut mieux que ça
Et la peau chante mieux que les mots
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·recueil

Le cri des fleurs

Le sec cassant de la tige
sèche d’avoir tant manqué
vidée de substrat
exsangue de sa douceur
ce velours qui fait que la fleur
se balance d’avant en arrière
berçante indolence
de sentir le vent jusque
dans ses nervures
ces bulles d’air qui éclatent
et que tu ne vois pas
ces vibrations dans ses tissus
cette souffrance et ce cri
que tu n’entends pas
tu ne sais pas toi que la douleur
de la plante se classe entre
« sec, coupé, intact »
tu ne sais pas que le sol geint aussi
par empathie
au passage tu écrases une tige de plus
et sa colonie de fourmis
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écoute audio·poésie·soundcloud

Le paysage de ta peau

Gravure sur bois mi XIX éme Siècle provenant d’une parution du XIX ème Siècle
représentant la carte de tendre d’après Mademoiselle de Scudéry

la peau tiède étale
s’effleure se soulève
elle se déroule sous mes doigts
sans s’éloigner des fleurs
elle ondule sous le vent
planté de plein champs
je vois les vagues qui l’envolent
les stries de frissons
les rides et les ravins
la lente dérive
elle tremble blanche
criblée de percées à vif
une forêt se balance
sur ton bras encerclé
la tension rouge d’un sentier
brûlée à quel degré de
blessures ou de caresses
quel passage de baisers
quelles vibrations sans briser
le courant et les rives
en descente de mes dents
en dictions de mes voies
je me laisse guider
j’ai tombé les voiles
si je vogue sur ton corps
si je me perds en chemin
si je m’absorbe dans tes paysages
si je tombe dans chacun
de tes précipices
je me rattrape à tes cimes
les falaises je les gravis
à la force de mes poignets
j’établis ici mon campement
je glisse ma tête dessous
tout mon être à bouger
en même temps que
le paysage de ta peau
©Perle Vallens

Avec une version audio sur soundcloud

photo n&b·poésie·prose

Bon baiser du soleil

Le soleil dessine des ailes équilatérales s’ouvrant en V vers moi comme bras tendus, écartés pour embrassade. Il force un peu sur ses rayons, tire des droites nettes à travers les arbres et les maisons. Midi est son heure. Le soleil applique des lignes cassantes et aveuglantes, des perpendiculaires à mon corps, des obliques au regard.
Je m’en protège. Les baisers du soleil sont plus dangereux que les tiens.
©Perle Vallens