
La couleur ne dit pas le crime/la main ne dit pas le geste/le possible se lit dans les lignes/rouges de la dévoration
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

La couleur ne dit pas le crime/la main ne dit pas le geste/le possible se lit dans les lignes/rouges de la dévoration
©Perle Vallens

C’est une histoire de clés échangées. Parfois elles ouvrent une porte, parfois elles verrouillent, c’est fâcheux. Parfois, fichées dans la serrure, elles tournent à vide. C’est fichu.
Elles savent ce qu’on leur doit. Elles œuvrent à l’échange, à l’échelle de deux, une conversation pour s’ouvrir. Elles disent tout ce qu’elles savent des intérieurs. Elles volent les images, elles divulguent les paroles, elles échappent à toutes les vigilances.
Elles finissent par délaisser les portes pour les poches, faute de serrurier.
©Perle Vallens

Chacun est responsable de sa douleur. Chacun connaît les causes. Chacun se persuade du pire et du meilleur. Elle veille tard et se persuade que la nuit a une fin. Elle ne dort pas et se persuade que les insomnies naissent dans les lits, qu’il suffirait de s’allonger sous les étoiles pour gravir la pente des rêves. Elle se persuade que les rêves ont raison. Elle se persuade qu’en soulevant un rêve, on trouve quelque chose. Elle se demande ce que l’on peut voir depuis l’autre rive du rêve. L’erreur serait de ne pas rêver.
©Perle Vallens

Détacher les doigts de ses mains
dans l’ombre qui survient
gravée au mur du silence
La lampe tient parole
brûle l’opacité et rend
à toute chose sa transparence
avant disparition des lucioles
La lumière prend le large
de part et d’autre de la nuit
©Perle Vallens

Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens

J’incise les désirs
pour extraire le poison
Un baiser de sang
bat encore au poignet
baigne la blessure
de son eau tiède
J’ai au visage
un signe du ciel
un silence ou un désert
une ressemblance
peut-être un trésor
une place pour plus tard
un espace blanc
intraduisible
©Perle Vallens

A la pesée la mémoire s’alourdit, ceinturée au crâne la coquille d’escargot.
Celle-ci se frappe le front pour que s’évaporent les souvenirs vaches envoyés paître sous d’autres franges.
Celle-ci dicte les mots d’usage, les porte-bonheur, les incantations.
Celle-ci grandit avec ses rêves.
Celle-ci croît en son destin.
©Perle Vallens

L’ascension ou la scène
on ne sait jamais bien le rôle qu’on nous a assigné
la patience comme os à ronger
la sensibilité feinte la moelle à sucer
Plonger ses mains dans le seau sans savoir
ce que l’on va repêcher
quelque chose à mordre ou qui nous mordra
Cracher au visage du livre qui danse au creux du ventre
toutes ces pages déjà écrites et effacées
toutes celles qu’on peut encore lire
toutes celles qui sont reliées entre elles
liasse comptable à parcourir
liesse parfois ou lassitude
toutes celles qui laissent supposer
l’abstention et le silence
Je serai encore là au prochain chapitre
©Perle Vallens

Laisser en surface ce qui est fragile
qui surnage toujours
plus proche du corps
qu’on ne le croit
qui s’accroche au jour
comme une liane
entortillée aux apparences
à l’à-peu-près des images
que la vie donne à voir
©Perle Vallens

Un cul comme une bouche
s’ouvre et se ferme
les mots au bord des lèvres
la belle jactance
l’exigence remâchée
pour se faire entendre
Le miel culier arrondi
aspiration en O
qui dit tout le bien
qu’on en pense
Le cul parle sa propre langue
de glandes molles
Le cul se dégoupille
la grenade pressante
et la détente
l’estomac dans les talons
goinfre de toutes les substances
l’absolue saturation
©Perle Vallens