Emotion·photo n&b·poésie

Ricochet

Des ronds dans l'eau©Perle Vallens

Les pierres que tu as jetées résonnent encore à mes oreilles. Les sourires tracent des ronds dans l’eau. Ils s’étendent à ma surface en souffles, en fissures, ils m’assaillent dans mes plaines. Je les essuie, je les efface mais sans cesse ils reviennent et pénètrent mes rêves à mon insu. Jamais le silence, juste le clapotis de ta voix en sillons sur ma peau, juste le son de tes jetés sur mes os.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·photo n&b·poésie

Vol au vent

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Les mots tout imbibés de rosée du jour refusent de sécher. Ils ont trop peur de mourir. Ils veulent rester des mots vivants au bord de la bouche, sur le bout de la langue, à portée de voix. Ils veulent pouvoir sortir et s’envoler. Ils veulent qu’on les voit bouger, danser entre deux vies. Ils ont l’éternité mais ils ont trop peur qu’on les oublie. Ils aimeraient qu’on les nomme, qu’on les prononce encore une fois. Les mots craignent l’immobilité encore plus que les ratures, encore plus que la gomme.

Le vent s’est levé, les mots s’emmêlent sur le papier. Le vent a soufflé, les mots commencent à s’affoler, à se mélanger les sens. Le vent a tourné. J’ai pu étendre mon poème. 

©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Forêt noire

Forêt ©Perle Vallens

Là-bas, la poussière saupoudre chaque densité invisible nourrie au sang des saisons. L’ombre se dépose en présure, en brisure de sel sur le caillé du ciel. La forêt s’est refermée à force d’attendre la lente floraison.
Derrière les volets de feuillage, les bouches errent, lèvres à vide, cherchent des baisers noirs dans les bras des arbres.
©Perle Vallens

noir·Nouvelle

La forge

Le froid a saisi tout ce qu’il pouvait de branchages et des dernières fleurs survivantes. Cela sent l’hiver précoce jusque dans les marais environnants. Les oies sauvages les ont quittés depuis plusieurs jours, suivis par les cygnes et les canards. Le vent se lève, roucoulant et feulant en animal conquérant dont c’est désormais le fief. Il allonge les roseaux, dociles sous la caresse, les érige brutalement en éructant par rafale.
Dans le village, le vent se montre timoré, freiné dans ses atteintes par les hauts murs d’enceinte. Il affronte seul la tour dite haute, où ne sonne plus que rarement la cloche de tourmente. Ici, on a foi dans la force des tempêtes et l’on craint les éléments. (…)

La suite se lit sur Short-Editions. La forge est un texte écrit pour le prix « Court et noir », sur le thème de la « fournaise ».