Erotisme·photo n&b·prose

Rêve, plein phare

Un homme est entré dans ton rêve.
Il n’a pas prévenu avant. Il n’a pas frappé à la porte. Elle était déjà ouverte mais personne ne sait dire si c’était pour lui.

Le rêve n’est pas écrit d’avance. Il n’est pas sensé dire quelque chose. Il est libre, non formaté, ne se nivelle pas par le bas, gagnera certaines hauteurs. Il faut apprendre à léviter pour les atteindre. Il faut apprendre le langage des cimes.
Il faut savoir s’enfoncer dans l’ombre du bout de la langue. Il faut s’entendre parler pour ne pas tomber. Les mots sont tes ailes, vastes, se développent en nappes phréatiques pour t’y baigner, t’y abreuver.

Le rêve caresse un espoir dans le sens du poil, dans le sens de la vulve ouverte comme une porte. Le rêve s’avère meilleur amant que l’homme.
L’homme ne caresse rien, il se contente de regarder. Il se montre cruel dans son immobilité, dans son mutisme. A un moment ses yeux se décrochent et roulent jusqu’au sexe. On dirait deux soleils inassouvis qui luisent dans l’ombre de la toison. Ils s’y perdront.
Tu sais, l’émoi se fait dévoration, creuse les chairs comme des puits. Ils finiront dans ton cul. Les yeux plus gros que le ventre, c’est bien connu. Le rêve le sait depuis le début.
©Perle Vallens

NB le texte a été écrit avec les contraintes de mots suivants : soleil, léviter, caresser, formater, cruel, inassouvi.

atelier Laura Vazquez·écriture·dessin·prose

Au fusain

J’ai suivi la piste des premiers hommes
Je l’ai suivie d’instinct du bout de mon fusain
J’ai suivi un tracé ancien mal défini mal dessiné
J’ai suivi un certain horizon
moins lointain que ce qu’il ne paraît
J’ai suivi maints et maints visages
comme des appels par leurs noms
J’ai suivi les ossatures dans le tremblement de la main
J’ai suivi chaque profil dans le flou de l’histoire
le défilement de leurs frères
J’ai suivi ce qui fait de leurs folies figure humaine
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

L’or au toucher

mes mains sont lampe de poche
je m’éclaire au toucher
au jugé au souffle que l’air déplace
dans mes cheveux
filmée au ralenti je me vois double
sur la pellicule gesticulant
je conjure les images qui ont pris
la couleur de la nuit
ce décalage avec le jaune imaginaire
qui court certaines heures
dans une pupille lointaine il bouge
et fait trembler le vacarme du réel
chaque jour je conjugue le verbe naître
logé dans son œuf
et c’est comme écaler la coquille
pour répandre un or auquel on ne croyait plus
©Perle Vallens

Actualité·photo couleur·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Dans Le ventre et l’oreille, L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux

La revue Le Ventre et l’Oreille est une revue culturelle d’expressions musicales et culinaires. Elle réunit des articles au fil de l’eau et des numéros thématiques. Le dernier thème en date est « Beurk » et traite de dégoût gustatif, olfactif, visuel, concernant ce qui se cuisine et se mange, ou auditif s’agissant de sons, de musique…
Ici il s’agit d’une voix qui évoque un certain dégoût de la viande, crue notamment, et du sang (serait autant fascination que dégoût..) et se déroule dans l’arrière-boutique d’un boucher, là où ont été prises les photographies qui illustrent la narration et qui sont donc également de moi.
NB le titre est un clin d’oeil à Eschyle, de la citation originale : l’odeur de sang humain ne me quitte pas des yeux.

photo n&b·poésie

360°

corps devenu mur
devenu insecte rampant
sur le mur
devenu bouche taiseuse
corps fraise à main nue
son propre pivot
ancrage à vis bien serré
pour éviter les faux pas
passe ses copeaux sous silence
sa force de coupe son taux d’usage
peut rogner la matière jusqu’à l’os
puise dans l’usinage des jambes
sa stabilité son socle
pour une rotation à 360°
pour un geste qui embrasse
corps adhésif sur toute surface
s’accole s’agglomère lisse
égrène son pollen pleine peau
sa pluie de particules touche
l’horizon du monde
©Perle Vallens